Pensées, IV
16i CHAPITRE V.
ne trouve plus ni rois, ni princes, ni capitaines1, » soit en nous ouvrant les voûtes de Saint-Denis, « où les rangs sont si pressés, où la mort est si prompte à remplir les places2! » Ces sortes de pensées remontent jusqu'à Job, qui se consolait déjà en songeant « qu'il dormirait dans la poussière avec les grands de la terre3. » La sagesse antique et la piété chrétienne proposent ces réflexions pour accoutumer les âmes à la contemplation d'une loi inévitable, pour user la crainte en usant la surprise, à peu près comme en tout temps, selon le mot de Plutarque, on a placé les cimetières près des temples et aux lieux les plus fréquentés, afin que le continuel spectacle de tombeaux et de convois funèbres nous avertît de notre condition mortelle4.
C'est pour nous un regret de rompre à chaque instant par un commentaire la rapide éloquence de Lucrèce et de suspendre le torrent de ses harangues morales. Ainsi nous retardons ce bel emportement où le poêle, après avoir montré dans le lointain des âges le glorieux cortège des grands hommes marchant tranquillement à la mort, se retourne tout à coup vers ses contemporains, apostrophe le riche blasé, si fort attaché à son inutile vie, et l'accable à la fois sous son indignation et sous sa doctrine.
\. Orais. fun. de Henry de Gornay.