Omnes qui sine dolore sint, in voluptate, et ea quidem
sumnia, esse dico. » Cicéron, de Finib., II, 5. « Duo bona ut
corpus sine dolore sit, animus sine perturbatione. » Sénèque, Lettres, CG. La prudence était la maîtresse vertu; c'était toute la pbilosopbie. Kpicure disait qu'il valait mieux être malheureux et raisonnable qu'beureuxsans avoir le bon usage de sa raison : £v).oyîgtw; àxuyetv rt à),oyt<TTa>; eùtv^eïv. Diogène L., X, 135. 11 croyait que le sage est rarement dans la dépendance de la fortune : « Haro, inquit, sapienti Fortuna intervenit. » Sénèque, de Const. sap., 15..
2. La théorie sur les passions est ingénieuse et nette. Il y a trois espèces de désirs : 1° les désirs naturels et nécessaires (la faim, la soif) qu'il faut satisfaire, mais qui se contentent de peu; 2°.les désirs naturels et non nécessaires (l'amour), qu'on peut ne pas assouvir; 3° les désirs qui ne sont ni naturels, ni nécessaires (l'ambition), qui ne sont que des besoins d'opinion et auxquels il ne faut jamais céder. Diogène L., X, liO. Voyez la savante et lucide Histoire des théories morales dans l'antiquité, par M. Denis.
éviter toutes les causes de trouble et de chagrin ; si l'on peut, ne pas s'embarrasser d'une famille l -, resserrer, cacher sa vie ; en un mot, se renfermer dans la plus stricte modération, telle est cette morne et triste volupté. C'est une morale de couvent 2 , de couvent sans religion.
Ce désir du repos, dont on peut s'étonner, n'est point particulier à répicurism'e. Après Platon et Aristote, toutes les doctrines qui parurent au temps de la décadence et sous la servitude de la Grèce ne se proposaient pas d'autre fin que la tranquillité de l'âme. Le doute de la nouvelle Académie, le scepticisme absolu de Pyrrhon avaient pour ambition dernière de procurer l'indifférence : « Celui qui pense, disait Pyrrhon, et qui affirme qu'il y a des choses bonnes et mauvaises de leur nature, est constamment troublé lorsqu'il est privé de ce qu'il regarde comme des biens, atteint par ce qu'il croit être des maux;... mais celui qui reste en suspens sur ce qui est bon ou mauvais par sa nature ne fuit, ne recherche rien avec une inquiète sollicitude 3. a Pyrrhon apportait le bienfait du sommeil à l'esprit, comme Épicure l'avait apporté au cœur.
1. « Epicurus.... raro dicit sapienti conjugia ineunda, quia multa incommoda admixta sunt nuptii?. » Saint Jérôme, contre Jovinien, I, 191.
2. Saint Jérôme (ibid., II, 8) propose Épicure en exemple aux chrétiens et dit que toutes ses œuvres « étaient remplies d'herbes, de fruits et d'abstinences. »