Lettres
i CHAPITRE I.
c'est qu'on y entrait de plain-pied, sans effort, sans pénible initiation. La doctrine n'avait ni secrets, ni mystères. Le chef de cette école commode en avait aplani l'entrée en écartant d'avance les épines de la science et la pure spéculation qui coûte de la peine et amène les disputes. Uniquement attaché à la pratique, il prétendait ne donner que des règles de conduite que le simple bon sens peut comprendre. Il rejetait les subtilités de la dialectique qui embarrasse les esprits et dont on n'a pas besoin pour définir le bonheur et déterminer les moyens qui y conduisent *. Le disciple pouvait même se passer d'une forte éducation littéraire, car Épicure avait proscrit avec les curiosités de la science les recherches du langage. Il méprisait également les grâces décevantes de la poésie et les artifices de la rhétorique. 11 y avait dans cette simplicité peutêtre cherchée un air de bonne foi qui frappait les imaginations. Le maître attaquait les opinions reçues sans songera se défendre lui-même. En dédaignant les armes vantées de la dialectique, il laissait voir la confiance qu'il avait dans son système; en renonçant au faste des paroles, il paraissait mettre son scrupule à ne pas farder la vérité. Aussi les disciples affluèrent dans une école ouverte aux moins savants et s'attachèrent à un maître qui enseignait avec une candeur intrépide, s'exposait sans défense à la fureur de ses adversaires, ne leur opposait que