‹ Le poëme de Lucrèce: morale - religion - scienceChapitre 54 sur 88 · IV · texte numérisé non relu

IV

L'effrayant tableau des misères de l'amour se termine par ces vers cléments où Lucrèce, en montrant un sentiment sans illusion et sans orages, semble avoir voulu tracer son idéal de sagesse et de bonheur.

1. Nec divinitus interdum Venerisque sagittis Détériore fit ut forma muliercula ametur : Nam facit ipsa suis interdum femina factis Morigerisque modis et mundo corpore culto, Ut facile insuescat secum vir degere vitam. Quod superest, consuetudo concinnat amorem : Nam leviter quamvis quod crebro tunditur ictu, Vincitur id longo spatio tamen, atque labascit. Nonne vides etiain guttas in saxa cadentes Ihimoris longo in spatio pertundere saxa?

Telle est dans ses traits principaux cette grande peinture de l'amour dont il ne convient pas de faire ressortir l'horrible beauté ni l'indiscrète énergie, mais où il doit être permis de remarquer un profond sen liment moral. Il n'y manque que la délicatesse, dont les anciens en général ne se mettent pas en peine. Il importe d'ailleurs à Lucrèce de déprécier l'amour, de le rabaisser, de l'avilir et non de le rendre noble ou aimable. Il l'accable, il en triomphe, comme pourrait le faire un philosophe prêchant une doctrine plus pure. Les Pères de l'Église, tout en ménageant davantage les oreilles, tout en repoussant certains préceptes de sagesse vulgaire, ne parlaient pas autrement de ces fureurs insensées. Tant de vigueur, de haine, de mépris peut d'abord étonner chez un épicurien, mais pourtant s'explique. Lucrèce défend la paix de son àme et s'irrite contre tout ce qui la menace. Qu'il s'agisse de superstition, d'ambition, d'amour, il combat toujours avec le même emportement poétique. Pour employer une de ses images, il est un assiégé qui fait des sorties1 contre des ennemis qui l'enveloppent, qui peut-être le pressent quelquefois, et il repousse avec colère les assauts qui troublent la quiétude philosophique dont il voudrait jouir dans les sereines demeures de la sagesse.

A propos d'un poète physicien qui n'a fait que toucher à la morale, il serait oiseux d'exposer toute

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