‹ Le poëme de Lucrèce: morale - religion - scienceChapitre 60 sur 88 · Phys., n · texte numérisé non relu

Phys., n

± Lucrèce, V, 799.

explique l'origine de nos idées, la perception extérieure et la vision. Les corps, dit -il, laissent échapper des enveloppes légères qui entrent dans nos yeux et représentent l'objet. Celle théorie, qui nous paraît aujourd'hui bien bizarre, a régné dans les écoles. Gassendi ne fait pas difficulté de l'adopter. Ce ne sont point là d'ailleurs des questions de pure physique1.

Sans insister sur cesdifficiles problèmes qui ont de tout temps déconcerté la science, bornons-nous à de plus modestes considérations et citons quelques exemples de Lucrèce où l'on saisit la mauvaise méthode de la physique ancienne. Il arrive souvent au poëte de donner de quelque phénomène naturel une explication arbitraire, qui ne repose sur rien, avec une sérénité d'esprit et une assurance qui font sourire. Ainsi, voulant indiquer les causes du sommeil, il commence par demander en vers charmants l'attention la plus docile, et annonce par la plus belle fanfare poétique la vérité que voici : « Le sommeil naît en nous, quand l'âme se décompose dans la machine et qu'une de ses parties est chassée au dehors, tandis que l'autre se rainasse davantage dans l'intérieur du corps2.» Bien des raisonnements de la physique ancienne font penser à la science médicale de certains personnages de Molière.

Page 1