Sed tonitrum fit uti post auribus accipiamus
Pulgere quam cernant oculi, quia semper ad aures Tardiua adveniunt quam visum quae moveant res... Et Meut liinc ctiam cognoscere : caedere si quem Ancipiti videas ferro procul arboris auctum, Ante fit ut cernas ictum quam plaga per aures Det sonitum : sic fulgorem quoque cernimus ante Quam tonitrum accipimus, pariter qui mittitur igni L simili causa, concursu natus eodem. (VI, KJi.)
sur la vitesse du son inférieure à celle de la lumière, il y a dans ces vers une preuve nouvelle de ce courage d'esprit peu commun dans l'antiquité, qui consiste à expliquer par des causes purement physiques des phénomènes qui étaient l'objet de l'universelle terreur.
Si, passant à un ordre de considérations différent, nous voulions constater les connaissances de Lucrèce en physiologie, nous pourrions citer des vers remarquables qui montrent que le poète n'était pas étranger à celte science. Nos physiologistes avouent ce qu'il dit de la nutrition, de la facile assimilation des substances réparatrices dans la jeunesse, « où le corps acquiert plus qu'il ne dissipe,
Plura sibi adsumunt quam de se corpora mittunt,
ce qu'il dit de la vieillesse où les pertes sont plus grandes que les acquisitions et où l'affaissement de la machine tourmentée, fatiguée par les objets du dehors ne peut plus résister à leurs chocs destrucleurs1. » De même, il sait comment dans les plantes « les sucs circulent dans des canaux invisibles2; » avec une rare finesse de langage il explique la sensation du goût qu'il rend en quelque sorte visible lorsqu'il nous apprend que la trituration exprime « comme l'eau d'une éponge le suc des aliments qui
1. Liv. II, 1122. Voy. les Études médicales sur les poètes latins, par le docteur Menière.