Liv. IV
gramme de questions naturelles1. Enfin Claudien, le dernier venu, ayant à peindre une jeune fille, Proserpine, qui brode pour sa mère un ouvrage délicat, s'avise de lui faire représenter à l'aiguille sur la toile le débrouillement du chaos, la séparation des éléments. La pauvre enfant y met toutes les ressources de son art. Avec des paillettes d'or elle constelle le ciel, une laine d'azur empourpré figure l'Océan, des pierres précieuses les aspérités du rivage, et des fils savamment entassés en onduleux relief semblent battre ces brillants rochers de leurs flots orageux2; mignarde description qui prouve que la physique était devenue assez vulgaire pour qu'on la fît tomber aux mains des femmes. Il ne manquait plus au Poème de la Nature que d'être mis en tapisserie.
11 est dans la destinée de toutes les grandes choses qui d'abord émurent les plus nobles esprits de devenir communes, d'aller en proie à la frivolité, et de degrés en degrés de descendre quelquefois jusqu'aux confins du ridicule. Les plus belles œuvres du génie humain n'ont pas épuisé tous les honneurs, si elles n'ont reçu pour dernière consécration le triste hommage d'une vogue banale*,
Pourquoi tous ces poètes, pourquoi le public lettré à Rome a-t-il accueilli avec tant d'enthousiasme ou de faveur une physique si aride, si peu faite