‹ Le poëme de Lucrèce: morale - religion - scienceChapitre 77 sur 88 · De raplu Proserp. I, 4i · texte numérisé non relu

De raplu Proserp. I, 4i

pour séduire? Était-ce la satisfaction d'une savante curiosité? Non, les Romains n'ont jamais montré de goût pour la pure spéculation, ni pour la science désintéressée. Mais cette explication, quelle qu'elle fût, de la nature avait du moins le mérite d'expliquer quelque chose. Elle faisait évanouir des fables insensées ou terribles, elle enlevait l'âme à des peurs confuses, elle mettait de l'ordre dans les esprits comme dans l'univers. Les lois de la nature proclamées par Lucrèce peuvent nous paraître aujourd'hui fausses ou dangereuses, mais du moins c'étaient des lois. Les Romains se contentèrent à jamais de cette physique, que peu à peu ils confondirent avec celle de l'école stoïcienne, en bien des points semblable et conforme. La poésie de Lucrèce fut pour les Romains la première aurore de la science, aurore charmante, saluée avec joie, mais qui ne devait pas amener après elle la lumière du soleil, et qui jusqu'à la fin du monde antique resta une aurore.

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