LIVRE SIXIÈME 20o
La grâce ou la grandeur, la force ou la beauté. Ailleurs, la main de l'homme a laissé son empreinte. Vieux témoins, racontant ou l'amour ou la crainte, Tout pleins de souvenirs douloureux ou bénis Et par le chroniqueur quelquefois rajeunis, Des monuments sont là, qu'un vil passant insulte, Que l'artiste applaudit, que le penseur consulte ; Des monuments sont là, penchés, déserts souvent, Confidents éternels de la plainte du vent, Aires où dans la nuit s'abat le vol des aigles, Géants dont le cimier se perdra sous les seigles Quand un siècle de plus, sur leur front aboli, Aura fait lentement neiger l'ombre et l'oubli!
Oh ! j'aime, sur ces monts où la Muse s'élance, Sur ces monts couronnés d'un éternel silence, Où quelque vieille tour, sentinelle des nuits, Semble rêver encor aux temps évanouis, J'aime à vous voir surgir, à l'heure où le jour tombe,
206 LE l'OÈME DES CHAMPS
Fantômes d'un passé que dévore la tombe ! Oui, l'antique abbaye et l'antique manoir Dominant le vallon de leur grand relief noir, Splendeur des jours éteints, majesté des vieux âges, Sont un attrait de plus aux plus beaux paysages. Qui ne s'est dit souvent, quand la ruine en deuil, De ses maîtres hautains semble expier l'orgueil, Quand le lierre fidèle au vieux mur qui raccueillc, Prête aux frontons brisés sa parure de feuille, Et, sur les pans rugueux que rongent les autans, Jette le voile ami d'un durable printemps. Qui ne s'est dit: 0 mort! ici, dans tes domaines, Nos pas font poudroyer les poussières humaines. Ici, des cœurs heureux ou tristes, tour à tour, Ont pleuré leur misère et chanté leur amour. Ici, de beaux enfants, doux anges de familles, Frais, souriants, joyeux, épars sous les charmilles, De doux et beaux enfants charmants comme les tiens, Comme lestions aimés, lecteur! comme les miens! Sontnés,sontmorts: c'est tout; longs regrets, courtes joies! Oui, là fut l'homme entier! l'homme aux rapides voies. L'homme, passant d'un jour dans un vallon de pleurs, Où le mieux partage vous connutj ô douleurs I