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Des prés verts aux bois noirs, des valions aux montagnes, Un calme alourdissant planait sur les campagnes; Kt tout être vivant, sous le fardeau du join% l)aus son antre ou son nid s'affaissait à son loiir.
Or, un chasseur, portant la lourde javeline, Chemine lentement au pied de la colline. C'est un fils de la Gaule, aux grands yeux azun'^s; Il est jeune, il est beau. Ses longs cheveux dorés S'épanchent ondoyants sur sa robuste épaule. Bientôt, il s'est assis cà l'ombre d'un vieux saule; Et son front ruisselant, brûlé par le soleil, S'incline sur la mousse et succombe au sommeil. Tout à coup, dans son rêve, une voix argentine Gazouille allègrement une chanson latine ; Il s'éveille, il regarde, et ses yeux enchantés, Ses yeux sur un tableau charmant sont arrêtés.
Une jeune Romaine, à la taille superbe,
Plonge ses beaux pieds nus dans le velours de l'herbe;
Kl (l'un vol plus léger que celui de l'oiseau, Poursuit le papillon d'un à l'autre roseau. L'insecte est pris, l'enfant fait grâce; elle butine Et la mûre sanglante et la pâle églantine, Glisse un furtif regard dans le nid du bouvreuil, Ou d'un doigt sans malice agace l'écureuil. Hésitant tout â coup dans sa marche incertaine, Elle revient enfin au bord de la fontaine; Mire son cou de cygne au limpide courant; Se joue avec le flot qui passe murmurant. Parle aux bois, rit aux fleurs, et recommence encore Sa chanson; et finit par remplir son amphore.
De grâce et de candeur enivrant son regard. Le Gaulois immobile admirait à l'écart.
Jeune et candide aussi, cœur riche et plein de sève, Il croit donc voir sourire enfin son plus beau rêve ; 11 croit voir se pencher, près de la source en pleurs, La blanche déité des eaux, des bois, des fleurs. « Oh! dit-il s'approchant, la soif qui me dévore, Romaine au front pudique, attendait ton amphore! » Et surprise et plus belle encor dans sa rougeur,
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Leufaut qui souriait pourtant au voyageur, Élevant jusqu'à lui sa main d'enchanteresse, Étanchait une soif et versait une ivresse.
Or il cherchait les mots qui manquaient à sa voix, Puis il reprit, tremblant pour la première fois : c Merci, fille des dieux de Rome ou de la Grèce, Chaste et fière beauté que nous ferions prêtresse; Et qui, dans les grands bois, avec le couteau d'or, irais cueillir le gui, religieux trésor. Parmi mes blondes sœurs qui me disent rebelle. Nulle à mes yeux ravis n'apparut aussi belle ; Nulle en mon cœur charmé ne jeta tant d'émoi, Car nulle chère image encor ne vit en moi. Cette eau pure, fraîcheur que ta main m'a versée, Plus même quà ma lèvre est bonne à la pensée ; Merci ! ton front est noble et ton sourire est doux ; Heureux trois fois celui qu'on nomme ton époux! »
Mais elle : << Nul encore aux dieux de la famille N'a pour l'hymen jaloux ravi la jeune fille.
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A l'occident, non loin, c'est notre humble villa Qu'entre les noirs sapins on distingue par là; .... Et chaque voyageur pour mon père est un hôte. » Elle baissa les yeux. Et lui, la voix plus haute : « Enfant! je ne sais pas les paroles d'amour, Mais j'aime ta beauté comme on aime le jour, J'aime la candeur chaste et la pudeur divine, Dons célestes qu'en toi l'instinct du cœur devine; Les étoiles des nuits sont la gloire des cieux; Mais quelle étoile au ciel vaut l'éclat de tes yeux! Voilà ce que je sais. Maintenant viens et joue Avec mes longs cheveux et frappe sur ma joue. Et retiens à genoux le chasseur triomphant. Le chasseur des grands lynx, esclave d'une enfant... »
Et comme elle écoutait, tremblante, mais charmée... « Oh ! dit-il, d'où ta crainte, et t'aurais-je alarmée? Ma parole est trop rude à ton jeune enjoùment ; Mais elle effraie à tort et mon cœur la dément. Vois-tu comme la vigne en s'enlaçant au chêne L'étreint, frêle vainqueur, et puissamment l'enchaîne. Et comme l'arbre, heureux d'être ainsi garrotté.