‹ Le poème des champsChapitre 65 sur 181 · I.IVKL; QUATRIL.ML j OU · texte numérisé non relu

I.IVKL; QUATRIL.ML j OU

Deviuiil fi;iu'i- au suc de moius rudes chemins:

Bêche ol bidents, auxquels les fouilleuses sont jointes,

Vont plonger dans le tuf l'acier clair de leurs pointes ;

Et, pour que la charrue y pénètre à son tour,

Pour (ju'elle puisse à même y mordre avec amour,

Il faut que le terrain, entaille après entaille,

Par le mineur conquis comme un champ de bataille,

Ait laissé mettre à nu sur son sein effondré

Et de vastes déblais largement encombré,

Avec les dents de roc et les fortes racines.

Des débris de tout âge et de toutes ruines.

< >r, au maître érudit qui surveille de près, S'otïre en de tels travaux plus d'un genre d'attrait Que de riches liions pour l'archéologie Ouvre un fouilleur dont rien n'émousse l'énergie! Il creuse, et sur le sol bientôt bouleversé, Surgissent les témoins imprévus du passé, Les vaincus (!<' la mort étalant leur dépouille

110 LE l'UKMK DES (JHAMl'S

Que l'oul)li couvrit d'ombre et les siècles de rouille. Débris! sombres gardiens du secret des vieux jours, Au penseur, au rêveur vous serez chers toujours, Car vous parlez encor quand l'histoire est muette ! Et voici bien les temps prédits par le poète : De plus profonds labours font surgir des sillons Qu'engraissèrent les chocs sanglants des bataillons, De grands glaives, effroi du laboureur livide ; La herse en bondissant heurte le casque vide ; Et le pâtre effaré contemple à découvert Les os des vieux Romains dans leur sépulcre ouvert.

Parfois aussi, du sein de la funèbre couche. S'éveille un souvenir moins dur et moins farouche ; Là ne résonne plus le casque du guerrier, Ni le lourd javelot, ni le trait meurtrier; Quelque épisode obscur fait d'amour et de grâce Dans l'humble monument aura laissé sa trace. Partout le cœur humain garda son droit sacré; Toujours la fibre humaine a quelque part vibré. Un seul mot qui, pour moi, vaut un nom de victoire. Parfois nous redira toute une aimable histoire. Et comment deux enfants, d'un chaste hymen épris, Dans un noble idéal se sont jadis compris....

LlVRt; QUATRIÈME 111

.... Ce jour-là, les mineurs en fouillant leur tranchée,

Sur les blocs extirpés, sur la terre bêchée,

Dans un entassement par le hasard mêlé,

Plus encor que jamais avaient accumulé

Le moellon, le plâtras et la tuile romaine,

Vestiges délabrés de la demeure humaine.

Pour protéger la fouille et modérer l'ardeur,

J'étais là, dirigeant la pioche du sondeur,

Lorsqu'à temps prévenu par le coup plus sonore,

Je vis paraître au jour un beau fragment d'amphore.

L'amphore presque entière au galbe rebondi,

Simple et sans ornements sur son col arrondi.

J'eus bientôt dénudé ma trouvaille fragile ;

Et j'aperçus alors, sur la vulgaire argile,

Des lettres, du latin que je pus lire ainsi ;

Vbi sitiehat cor meum hic hausi :

Quand mon cœur avait soif, c'est là que fai pu boire.

Du vase, sur ces mots, j'ai reconstruit l'histoire.

\\'2 LE I'ul.ml; des uevmf.s

Vous me tliirz : l'iiistoire est un conte! Bien \i';ii? Eh bien, prouvez-le-moi, messieurs, ou je ferai Comme les grands savants qui sont déjà fort aises Lorsque leurs vérités vivotent d'hypothèses.

Quoi qu'il en soit, voici (lectrices, croyez-m'en!), Très vraisemblable au moins, l'histoire ou le roman.

l'amphore antique {Ère gallo-romaine)

Le matin avait bu les pleurs de la rosée; Le soleil se penchait sur la terre embrasée, Et le royal époux, implacable vainqueur. De son baiser de feu la mordait jusqu'au cœur. A peine on entendait, en notes inégales, Retentir par instants l'aigre cri des cigales; Les zéphirs attiédis, qui semblaient s'assoupir, Pour réveiller Técho n'avaient plus un soupir:

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