M . CM. XXI
Srilvc .
a Pol-NEVEUV
PÉlops, par l'épaule d'ivoire Qui tous les maux guérit,
M'arracheras- lu de l'esprit La face de la Gloire?
Chaque aube annonce une victoire Que l'autre aube flétrit.
Plus heureux celui qui n'écrit Et ne pense qu'à boire.
Il est aux bois tièdes et verts De jeunes femmes, et tes vers N'ont que loi pour les lire ;
Et le vent dans un peuplier Quand il chante fait oublier Les cordes de la lyre.
/ / roi mi Di
( î'Esi i«':\ riei Le moii de < hattet et du gii re Dans Les ténèbres. I a rei iens. Je rai rre
C'est i«>i le ne sait plus il j'ai pleuré loi
Et tous Les rossignols gazouillent sur mon toit, d'est (<»i Voici un an que tu n'ei revenue Dans cette chambre où tu ai danse tonte nue En ouvrant ton ombrelle afin de ne pai roii l'on corps souple se refléter dam !<• miroir.
Ta t'en allas. Le soir, j'alignai- des distiques
Mélancoliques. Souvenirs, \<>l de moustiqui
C'est toi. Je \cu\ chanter ton rire et février,
Et piquer un lilas sur le calendlî<
REste étendue encor sous la chaude verdure Et dors dans le parfum des hêtres et du buis ; Là-bas, l'herbe roussit dans la lumière dure, Mais sur nous, plein d'oiseaux, feuillage, tu bruis
Dors, pendant qu'au zénith le soleil rude forge Le cuivre de l'automne et lance les essaims, Tandis que je regarde incliné sur ta gorge L'escargot jaune et bleu qui glisse entre tes seins.
// POÉMl D
LA lune se répand nur lev blanchai pnririaa, mail je veut dam mai b il qoe taaomiai
et que d'un eour gonflé de jeunesse et d'amour
tu goûtai la beauté de l'ombre aprèi la .jour,
car nous remémorant l'a/ur, ù toi qui n'aiu
qae les préi attiédis et les fralcha* toonallai
dans la lueur lunaire encore nom vaiTOm
la lumière, ta chœur ivre des moucherons,
la cage de roseaux suspendue au platane et l'ombre violette où le paon \<it «'taie, rouge, bleue et dorée, une roue en émail. le bouc apprivoisé sous les branchai du mail. la neige des brebis et les genêts de soufre, les feuillages légers et l'air tendre qui souffle dans l'herbe d'émeraude et le trèfle incarnat. Angélus. Souvenirs. Cloche el pensionnat. La lune sur le toit glissait sa blanche corne, sous les tilleuls nouveaux tu sautais à la < orde en écoutant gémir de vagues pianos dans la cour où déjà se taisaient les moineaux. Tu cousais mes billets aux volants de tes robes... Les mésanges de juin s'endorment sur les roses et près de toi je songe à tous les rossignols dont la voix enivrait les jasmins espagnol^ aux jardins de jadis dans la nuit odorante où la lune roulait comme une rouge orange.
CHIMÈRES ÉTRA NGL ÉES
V UisQUEje suis assis sous ce pin vert et sombre Qui domine au soleil les tumultes marins, 0 Muse, apporte-moi les syllabes de l'ombre Pour rimer au premier de ces alexandrins.
Je sais que tout est vain ; je sais que tout est grave ; Et je sais que mes vers tu ne les entendras, Amie aux beaux cheveux qui rêves dans mes bras, Cependant que le bleu s'argente sur la rive.
Pour toi ne faudrait-il chanter comme certains Les sérénades à Grenade, les œillades Et les baignades sans noyade des naïades, L'échelle au clair de lune et l'amour au printemps?
Mais tu dors ; langoureuse et lasse tu reposes, Les cheveux caressés par le vent de la mer ; Mais tu dors et ta main laisse glisser des roses Sur le sable stérile et dans mon cœur amer.
io / / poà \n m
I i n'aimai p;i^ lai i ai i car tu es balle at di (v>u il liiui saisir la tempe sous des ongle hardis El tenaces, Le déchirer, ronge grenade, Le mâcher el jeter L'écorce raine. I n< i >de s<m ampleur magnifique efl son rythme pareil
Aux respirations des Ilots sous le soleil.
S;i splendeur, son tumulte h ses tempêtes sourd* Qu'importent, al t<»ut L'art, puisqu'il bu! que tu mordes
Ivre et pouc en jouir ht vie à pleines denl
« Les poêles, dis-tu, qui contemplent, qui dans Le secret de leur corar reconstruisent Le monde,
Peignent de vains décors sur des coques d'amande.
.le tressaille, je plonge et je m'évanouis
Aux durs baisers du fleuve, à ses cris inouïs,
L eau m'emporte, me bat, m'enivre, et quand j'émei
Poètes, je vous vois qui rêvez sur !a berg»
ÏOi, tu ris, tu te renverses Sur le divan rouge et bas ; Tu n'as gardé que tes perles, Tes fourrures et tes bas.
Cet après-midi d'automne Chauffe l'ombre de la chambre ; Le vent siffle et tourbillonne Au verger couleur de cendre.
Mais tu ris, ma belle amie, Rose sur le divan rouge, Sans redouter que la vie Fane tes seins ni ta bouche.
Tu dors. Encore une fois, Moi je bourre cette pipe, Cette vieille pipe en bois Qui fume quand je soupire,
Cette pipe que Carco Fume comme Pellerin Et qui régnera jusqu'au Sifflet de mon dernier train,
/ / poi mi /
Jusqu'à l'heure ofa loi rï«*urs
Je m'en Irai poui toujon r \Tm d'aller \<>ir aillen s'il est de LoDguei amours.
Des gaies lentes et bleuet Environnent mon exil ; Ferai-je sur tes cheveux Une romance facile?
Dois-je, injuriant le sort Et le jour qui nous éclaire, Vainement clamer encore Ce que mon cœur a souffert !J
Quand tu vas dans l'ombre noire Téveiller en un soupir, Je saurai du moins avoir La force de te sourire.
CHIMERES ÊTRA NGL ÉES
LA vie est douce encore à ceux qui savent vivre Et tirent de leurs maux de puissantes liqueurs ; Suspendez ce fracas, ce tambour et ce cuivre : Il n'est besoin de cris pour émouvoir nos cœurs.
Ne me reprochez pas de vivre solitaire ; Mais dans ce bleu jardin au feuillage léger Où la rose fleurit près de la serpentaire, Pour un songe amical, j'ai de quoi vendanger.
Je fume sagement ma vieille pipe à l'ombre
D'un arbre blanc et vert, sonore et japonais.
Eh I pourquoi penserais-je à quelque heure plus sombre,
A d'anciens printemps qui sont déjà fanés ?
Celui-ci me déchire et cet autre me loue ; Mais qu'importe? Demain, les grappes mûriront. Laissez-moi dans ces jours que le destin m'alloue De funèbres rameaux ne pas ceindre mon front.
Il / / POE Ml I
Dois je encore pleurer <jui faufl il que ] <-m\ Cette glycine <-n fleur l'enrouL noii
\mic ;ni\ beaux cheveux dont L'amom as! ou rie N'ai-je pas tes bras qui < j • j i m'en! \ renl le
Bientôt, Lec escargoti endormii lei fraises,
Un ch(rnr de rossignols charmera mon loisi] Mais déjà renversée et dans L'ombre tu baises Lefl roses du juillet en riant de plaisir.
Quelle bataille se livre Sous les constellations ?
Fatigué de mon cœur ivre Et du cri des passions,
Lassé de lutter, de mordre Et de vaincre, j'aspirais, Dans l'apaisement de l'ordre, A des songes mesurés.
Sage et pur, oubliant celle Dont la chevelure ainsi Qu'une eau vivante ruisselle Sur ma joie et mon souci,
Onde magnifique et noire Où le poète noierait Sa passion de la gloire, Son espoir et son regret,
Je voulais sous le feuillage De ce fabuleux été Ecraser sur chaque page L'ombre chaude et la clarté,
I,, /./ POÏ Mi. !
Le trèfle i i"i brûle,
L'air <|ui dorl , !<• bruil dei moi Aux rameaux « l « i crépuscule l.r tumulte dei i ilseaui
Dani i<is ténèbres fletu
La lune fruit d'un beau loir,
L'herbe humide des praii i El l'azur sonore — espoir.
S'attaquant à la nature,
Le poète la pétrit
Pour en faire l'œuvre où dore
Le triomphe de l'esprit.
Mais quoi ! langoureuse celle Dont la chevelure ainsi Qu'une eau vivante ruisselle Sur ma joie et mon souci,
Découvre sa gorge blanche Et féconde en voluptés, Sourit et vers moi se penche Dans l'ombre où je méditais.
Qu'est-ce ') Le monde chavire Comme un jeu de vains décors Elle est belle et je respire L'odeur lourde de son corps.
Vignes blanches de rosée, Peupliers jaunes et verts, Sa main sur mes yeux posée Me dérobe l'univers.
i / / roi >// m
MA fortunée tourné comme L'ombra d'un arbre
Il l'avenir, palais fleuri bassins de mari Parc sonore où <l;ms le tumulte et lei cascadt
Mes jouis devaient entrer en \< ralcadet
sniis lefl DOUqueU de blanc troène <-t l.s truirlandi
De laurier, L'avenir, la plui morne dei landV
N'est plus, parmi !<■ deuil des futures aum',
Qu'un tourbillon de cendre et de i
Noirs platanes que bat l'averse dure ; et celle Qui regarde pâlir la dernière étincelle De cette gerbe en feu qui dora rne> joui nées Et jaunir cet espoir des tempes couronnées,
Baisse son beau visage et médite, et m elle Profère enfin quelque parole essentielle, C'est touchant les chapeaux, les gants et les ombrelles. Et j'écoute gémir de rauques tourterelles, Là-bas, dans les rameaux des saisons ancienne- Branches douces, lumière, aubes qui furent miennes, Geais et merles sur les roses des matinées. Paradis qu'à travers les grilles des anm Je regarde, tandis que la pluie et l'orage Déchirent ma fortune et le sombre feuillage.
QUe m'importent l'amour et les roses, si tu
Reposes loin de moi, si mon rêve abattu,
Rameaux rouges et verts, fleurs des branches ailées,
Ce n'est plus que bois mort sous les feuilles brûlées !»
Solitude, jardin des vipères, ciel gris
Et pluvieux où glisse avec de tristes cris
Un triangle d'oiseaux sauvages. Mes pensées
N 'ont-elles pas souvent, loin des rives glacées
Où l'esprit se lamente et mire dans les eaux
Un visage de nuit, n'ont-elles pas, oiseaux,
Fui naguère battant les airs d'une aile forte
Vers l'azur? Mais ce soir que l'espérance est morte,
Qu'un lourd nuage emplit ma vie et ma maison,
Et que nul autre ciel derrière l'horizon
N'appelle plus mon cœur aux grandes aventures,
Je songe tristement à de vieilles verdures,
Feuillages dont l'orage arrache les lambeaux,
A des printemps meurtris sous les fleurs des tombeaux,
A des toits écroulés, à des sources taries,
A tes faucheurs, Destin, riant dans mes prairies,
A des lampes de jade éteintes à jamais,
A mon bonheur pareil à de beaux yeux fermés.
/ l POt \JE i
Blin que i<s iicur imour, dont Iimi tu t<- plus \ couronner mon iront, tu ne lei cueilles plus;
Bien qu'il n<'ig«\ l>i<n que I* soient t«»ni!
où mes rêves dormaienl comme d<
Et que poar moi se voile un visage immortel!
Ne pense p;is <pie daUS « «Me ehamhre d'hôtel
Que baigne ma tristesse avec l<- crépuscule, Je te consacre une harangue ridicule
Et vaine, qu'insultant les dieux et le de-lin
Et déclamant jusqu'aux lumières du matin
Je secoue à ton front la menaee et l'ortie
Tant que, les bras pendants, la tête appesantie
Et comme un vert bandeau ta couronne sur l'œil.
Tu t'endormes dans mes discours et ce fauteuil
Jaune et fané ; ni que, poète et locataire,
Les gouffres et les monts, la mer verte et lu terre
Habitée et les bois et les fruits et le foin
Et la neige et l'azur, je les prenne à témoin
De ma misère et du supplice que j'endure,
Qui passeront comme l'amour et la verdure,
D'ailleurs, ou la colère et les glaïeuls et les
Plaintes des rossignols et le jaune des blés
Et la vigne que le tison d'automne embrase
Et l'odeur des lilas : et j'achève ma phrase,
Amour, car il serait plaisant que l'univers
S'animât pour orner ma tristesse et mes vers.
Déjà j'en ai trop dit et déjà tu t'amuses A voir que ma douleur s'efface chez les Muses Qui passent en riant leur mouchoir sur mes yeux. Tu ris de voir les mots des pleurs victorieux Et que mon désespoir aux rythmes s'atténue. C'est vrai. Mais la voici rêveuse et demi-nue ; Ses cheveux sont pareils à son bracelet d'or : Lasse des voluptés, elle songe et s'endort, Une rose est moins rose et quand elle s'éveille Je sens mon cœur léger comme une aile d'abeille Et je vois frissonner sur des lauriers fleuris Dans l'aube et dans l'azur de rouges colibris, Et je... Tais-toi. Je suis triste comme une larme, Ne souris pas de mes alarmes et désarme Ton arc robuste encor depuis quatre mille ans Qu'il darde aux madrigaux des traits étincelants, Et tandis que la nuit dans mon cœur va descendre Laisse-moi remuer ma douleur et la cendre.
Il l'OlMI l)i
L \i \< w blanc mu li I Remue au veuf «lu ioii
Les milliers hnivent «lu \ m DOil Il l.i glycine bleue et fraîche de I ';iuli« r^e.
Mes beaux révei s'en sont ;i lié», Etouliers, dani i oa charrette Mon CODOT plein de larmes aecrètea Son^e à de- rosien verts que La foudre I brûlée
Pourquoi faut-il qu'à vos voix dures
Renaissent mes beaux jours Et ma jeunesse et mes amours Avec tous les oiseaux et toutes les verdures.
Alors qu'un âpre désespoir
Casse toutes les branches Et que la berge et l'eau sont blanches. Acacia, des fleurs que t'arrache le soir?
TU ne crois plus aux beaux cheveux, Aux seins qu'une rose décore, Et, le cœur morose, tu veux Cependant les chanter encore.
Un beau regard, s'il te sourit, Tu le railles, mais tu regrettes Ces printemps morts où ton esprit Etait plein d'étoiles secrètes.
Herbes chaudes, lilas mouillés, Bleus platanes sous l'azur ivre, Et l'amour, tu t'émerveillais, Tu dansais, tu riais de vivre.
Roses rouges, feuillages verts, Tumulte des gloires physiques, L'univers sonore et divers N'était que couleurs et musiques,
Et tu chantais, mais cette voix, Ténor naïf, n'était que celle Du printemps ivre dans les bois Et de la vie universelle.
//. POÈME i
Et pourtant, <<• tcnij»- rtail I Mais où .sont les vieilles i
Tu promenai 10m t<>n chapeau Des constellations brisées,
Et t( penchant sur Le d De l'ancienne frénésie,
Ta la veux respirer encor \insi qu'une rose moisic.
a Paul MARTIGISChN
A cheval sur mon bouc barbu J'ai cueilli des roses dorées Et mes chèvres noires ont bu A des rivières ignorées.
J'ai vu sur les marais fumants Le vent gonfler comme des voiles Les ailes vastes des flamants Qui s'envolaient vers les étoiles ;
J'ai vu, loin des jardins publics Où s'endorment les paons moroses, Sur les pointes des porcs-épics Au printemps éclore des roses ;
Et dans le inonde merveilleux J'ai poursuivi mes promenades, Mais aujourd'hui j'ai le cœur vieux Et fendu comme les grenades.
Je rapporte pour tout butin
Des feuilles sèches dans ma poche ;
Et j'interroge mon destin
Sur le bouc noir que je chevauche.