EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR
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Tous droits r i i
Il A ETE TIRÉ DE CET OUVRAGE :
5 exemplaires numérotés sur papier de Hollande.
Tourmenteur . ô Remords, est-ce que tu m'opprimes? Non, tu n'auras de moi pas même un filament. Je me moque de qui, contre moi s'enflammant, Dira que, ces sonnets, ce sont autant de crimes.
Vainement, paladin des dames, tu t'escrimes
A crier que j'ai fait, ici, peu galamment.
Si de Laure Pétrarque avait été l'amant.
Qui sait ce qu'il eût dit de Laure dans ses Himes?
Et quant à toi, ma chère, il se peut, après tout . Que tu n'estimes pas, je le crains, de ton août Ce livre écrit xuv toi d'une plume sans feinte:
Kl. sans doute, vas lu m'en vouloiv maie mort. Bas tel un autre t'aurait peut-être plus mal peinte; Puis, ne te nommant pas. je ne le fais point tort.
J'ai désiré perpétuer tous les instants De notre chaleureuse et navrante aventure Et qu'ils puissent flotter sur la littérature. Tris des nénufars noirs sur d'éternels étangs:
Et, pour gagner ce but splendide à quoi je tends. J'ai choisi le sonnet. Dans sa matière dure J'ai gravé chaque instant de nous deux, pour qu'il dure Et h rave, s'il se peut, les outrages du temps.
.le dois, ainsi que toi, quelque jour, disparaître : Mon corps est périssable, et je n'en suis pas maître: Il ne restera rien de moi dans l'avenir:
Mais peut-être de moi qardera-t-on ce livre... Et, toi, qui m'aurais fait si volontiers mourir. \1a chère, malgré foi. tu me feras revivre!
Je ne recherche point ce renom transitoire Qui se glace aussitôt que le corps s'est glacé Et qui roule avec lui dans le fangeux fossé Qu'ouvre à nos pieds la mort, à la fin de l'histoire
Peu m'importe, vivant, de n'être pas notoire. Non! Et, devriez-vous me traiter d'insensé, Je le dis librement, puisque je l'ai pensé : J'ai rêvé pour moi-même une plus longue gloire.
Le poète, bravant toute dérision,
Se berce jusqu'au bout de cette illusion .
Jamais à sa survie il n'assigne Je 1er me.
Il se voit traversant les âges en vainqueur. Quand son livre est fini, si son livre renferme Les lambeaux à jamais palpitants de son cœur.
Je t'ai fuie, et j'habite, à cette heure, un village Eloigné de la mer et dont les habitants. Paisibles et rieurs, entourent mes instants De cette bonté fruste et saine qui soulage.
Or, quelquefois, parmi les fleurs et le feuillage Du solitaire enclos où je rêve et j'attends, Une mouette vient m'annoncer le gros temps Qui noircit l'horizon de la distante plage.
Et le \ol imprévu de cet oiseau marin Kéveille tout à coup mon tenace chagrin ; Car (mais tu vas trouver cette image risible)
Je me rappelle, alors, qu en notre intimité. Une mouette en moi s'abattait, invisible, Vf 'annonçant le retour de ta méchanceté.
I a LE POEME SANS NOM.
Oui, loin de toi, j'attends; oui, loin de toi, je rêve. A quoi puis-je rêver? Qui donc attends-je ainsi P Tu ae l'ignores pas. Et je crois voir, d'ici, Ce sourire aiguisé dont tu t'armes sans trêve,
Eh bien! oui, dans le bois, sur la lande ou la grève, La mémoire de nous me traque sans merci ; Et, soudain, durement, s'avive mon souci. Quand je pense à quel point, la vie étant si brève.
D'en gâcher tant de jours nous sommes insensés! Et je crie à l'écho : « C'est assez, c'est assez! » Et vers moi je te sais toute tendue, oui, toute!
Mais ton orgueil résiste à tes sens consentants. Et, rependant, malgré la torture du doute. C'est à toi que je rêve, et c'est toi que j'attends.
Quelques-uns de tes mots en moi vibrent encore, Tout comme dans la cible un trait, lorsqu'il l'atteint Chacun d'eux m'est présent, même le plus lointain, Et, jamais émoussé, sans cesse me perfore.
Ainsi qu'au moindre bruit résonne une mandore, Le moindre souvenir, de contour incertain. Me ressuscite un de ces mots, aussi distinct Qu'à l'heure même où tu 1 as dit, aussi sonore.
Alors, je te revois, telle un cruel archer. Tendre l'arc de ta bouche et puis me décocher Ce trait qui dans mon flanc pour l'éternité vibre.
Car l'oubli m'aurait-il versé tous ses pavots Et de toi me fussé-je à jamais rendu libre, Je rentendrais toujours quelques-uns de tes mois
il LE POEMÏ > \ > > NOM