‹ Le poème sans nomChapitre 23 sur 35 · GO · texte numérisé non relu

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Tous tes lauriers d'amour en ces vingt ans cueillis Pourris, ne seront plus qu'une innommable pâte! Tout se corrompt ainsi, ma chère, tout se gâte : La reine en son palais, l'oiseau dans le taillis.

La pèche, qui pendait, toute d'or, au treillis. Devient blette et noircit pendant que je la tâte. . . Il faut que le hasard arrive en grande hâte Qui doit nous réunir encor! Car tu vieillis.

Dans peu ta vénusté sera toute dissoute.

Tu n'avais dôjà plus ce duvet qui velouté

Le fruit, quand il se gonfle encm sur I espalier. ..

\h! oui, que ce hasard merveilleux se dépêche i.i que l«- venl arrière active son voilier,

tu blettis, tiens, comme cette pèche!...

ce Vil

« Ce qui m'est le pins cher s'écoule à tout moment. » Je trouve dans Pascal cette ligne de prose. Or, c'est un vers plus pur que le Jys ou la rose ; Et ce vers de Pascal me va tout parfumant.

Mais d'un parfum qui me parfume amèrement, Par le mortel penser qu'il suggère et propose!... Que de fois j'ai frémi., ruminant cette chose, A l'heure merveilleuse où j'étais ton amant !

« Las! /> me disais-je, « hélas! la seconde qui pa^.se Touche, pour la détruire, un peu de cette grâce. De ce charme vivant, qui me tient enchanté!... »

tët comme je grondais d'une triste colèn .

< hiand je songeais, voyant se ternir ta beaul.

m Celle qui m'a taut plu va cesser de me plaire! •

aK* tf* aJ**»

GCVIII

Que devient Marianne, hélas! me demandai s-je. Or, voici que par cet ami de ses parents Qui me recommanda leur village, j'apprends Qu'on y verra, demain, son nuptial cortège!

Allons, cet oiselet qui donna dans mon piège En sera donc sorti, sans dommages trop grands... Elle ne manquait pas, d'ailleurs, de soupirants... Marianne d'amour, que le sort te protège!...

Mais, j'y songe, deux mois, deux à peine, ont coulé. Depuis le jour où je t'arrachai, fleur de blé!... Au mariage, ainsi, qui donc le précipite?...

Qu'est-ce que ce penser, qui grandit, m'étouflant?. . . Mon Dieu! mon Dieu! je ne serai, pauvre petite, Pas même le parrain de ton premier enfant !

LF. POÈME SANS N<>M

Au sablier laissons couler dix ans de sable. Marianne; et, si je respire, à ce moment. Un jour, tu reverras de ton premier amant Le visage, pour toi, sans doute haïssable.

Mais peut-être te sera-t-il méconnaissable.

Ce visage, à cette heure, en son vieillissement.

— Visage de celui qui fit son instrument

De ton doux corps, on ta jeunesse irresponsable!

Lorsque j'arriverai, ce sera vers le soir:

Et tu m'inviteras, poliment, à m'asseoir...

<)r, surveillant la bûche, ou bien tirant L'aiguille,

Tu me reconnaîtras, peut-être, à mon émoi

I )•■ roir ton premier fils — ou ta première tille -

Refuser, par instinct, de s'approcher de moi!...

GCX

Mais, toi-même, serrant ce premier témoignage De ta fécondité dans le nid de tes bras. Est-ce qu'à tout instant tu te rappelleras Le déjà très lointain secret de son lignage?

Crois-tu qu'à mi-chemin de ton mortel voyage, Ce secret n'aura pas sombré dans le fatras Du passé? Tes enfants, tous, lors, tu les tiendras Pour feuilles, j'en suis sûr. d'identique feuillage.

Le secret mort pour toi, lors, vivra dans moi seul. L'oubli jette sur nous linceul après linceul. Cet être que tu fus pour moi pour toi se fane

Et meurt; et le voilà sous les funèbres ils: Et tu n'y penses plus! Car sait-on. Marianne, Combien il meurt en nous <!<' vivants successifs?.

r.E POEME SANS NOM

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