QUAI VOLTAIRE
PRÉFACE
La biographie de Charles Nisard est presque tout entière dans la liste de ses ouvrages, qui marquent les étapes de sa laborieuse carrière. Les modestes emplois publics qu'il a occupés ne Tout jamais détourné de ses travaux littéraires et ont même parfois fourni un nouvel aliment à l'activité de son esprit. C'est ainsi qu'il a trouvé, dans son passage à la Bibliothèque -du Ministère de l'Intérieur et à la Commission du colportage, les matériaux de deux de ses ouvrages les plus connus et les plus piquants.
H PREFACE
l'histoire des Livres populaires et celle des Chansons populaires.
Le grand événement, et Ton peut dire le grand bonheur de sa vie fut son admission, comme membre libre, à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Il s y présenta sous le patronage d'un des membres les plus éminents de cette compagnie, M. de Longpérier, qui faisait le plus grand cas de son caractère et de son talent. Il y conquit bien vite Tafféction d'un errand nombre de ses confrères et l'estime de tous. On trouverait, au besoin, le témoignage des sentiments qu'il leur inspirait dans le discours ému que M. Barbier de Meynard a prononcé (*) à l'occasion de sa mort. « La
V) Séance du 19 juillet 1889.
PREFACE. Iir
mémoire de Charles Nisard, disait le Président de l'Académie, restera parmi nous chère et vénérée. Pendant tout le cours de sa longue existence, il a soutenu vaillamment l'honneur de son nom, d'un nom qui ne réveille que de glorieux souvenirs, qui ne rappelle et n'enseigne que le culte désintéressé des lettres, Tamour du beau et du bien, la dignité dans la vie et dans le travail. »
On lira plus loin la liste que nous croyons complète, et par ordre de dates, de ses publications. Dans sa sécheresse, ce document bibliographique a son éloquence. Il est le résumé . d'un demi-siècle de travaux poursuivis sans interruption et sans défaillance, et dans des sens très divers. On y verra,
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notamment, la grande part qu'il a eue dans la traduction des auteurs latins, publiée sous la direction de Désiré Nisard, son illustre aîné, par la maison Didot. Mais ce ne fut là pour lui qu'une préparation à des travaux plus personnels. Esprit curieux et investigateur, il était surtout attiré par les points obscurs de rhistoire littéraire; il se plaisait aux recherches patientes et à la solution des problèmes inexpliqués. C'est sous l'empire de ces idées qu'il étudia et qu'il éclaira, par une critique savante et judicieuse, les œuvres ignorées, ou tout au moins fort oubliées, des grands érudits et des fougueux polémistes de la Renaissance. Le Triumvirat littéraire et les Gladiateurs de la République des lettres
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présentent le tableau vivant, animé, dramatique même de cette grande époque littéraire. Ce sont ses deux œuvres les plus fortes, et elles ont été son meilleur titre aux sujBfrages de l'Académie.
La même tournure d'esprit se fait remarquer dans ses études sur la langue française. Les Curiosités de l'ÉtymologiSy les Parisianismes, son Essai sur le Patois de Paris sont les tentatives d'un explorateur tenace, habile et heureux.
Dans le dernier de ces ouvrages, il expose et développe, avec un grand attrait et une grande abondance de preuves, une théorie qui a paru aussi ingénieuse que nouvelle. Il y montre rinfluence que les provinces environnantes ont eue sur la formation du lan-
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gage populaire parisien ; il y fait le compte des expressions, des tours de phrases, des mots pittoresques et imagés que les commerçants de la Normandie, de la Picardie, de la Bourgogne introduisaient, en même temps que leurs denrées, dans la capitale, et qui, partant des ports et des marchés, se répandaient et s'infiltraient, pour ainsi dire, peu à peu dans toute la ville. On y voit comment Paris, dans son appétit insatiable, absorbait et s'assimilait, non seulement les produits comestibles et combustibles, mais aussi les locutions de ses fournisseurs provinciaux. C'est, en somme, un chapitre aussi neuf qu'intéressant de rhistoire de la grande ville.
Il nous reste à dire quelques mots du