Ed. Garriss., t. III, p
On sent à travers les plaintes que le deuil a arrachées au poète la profondeur de son amour paternel. De tous ses sentiments, c'est le plus fort, le plus tenace, le plus profondément enraciné dans les replis de son cœur. Avec le temps, la plaie se ferma. La raison s'était aussi chargée d'amortir sa douleur. (( Un père qui pleure trop opiniâtrement les enfants qu'il a perdus, notc-t-il sur son cahier, oiïence ceux qui luy sont demeurés » \ Son affection se reporta sur ses autres enfants. Ils étaient nombreux et Mainard s'enorgueillissait, en 1634, d'avoir rempli la moitié d'une province de sa postérité2. Cinq filles et trois garçons ' ! En vérité il pouvait tirer vanité de sa descendance, si, par malheur, ses modiques revenus n'eussent été en forte disproportion avec la lourdeur de ses charges.
Une épreuve plus cruelle que la première était réservée au poète. Le 11 décembre 1634, son fils aîné, dont les dispositions naturelles faisaient présager un brillant avenir, expira après trois mois de souffrances inouïes \ Le malheureux père avait vainement imploré Lanneau, un médecin de Paris, de sauver ce jeune homme « qui a de l'esprit et de la vertu et est l'unique appui de ma vieillesse » '. Ce praticien dans la science duquel Mainard avait une foi aveugle, depuis qu'il avait quelques mois auparavant, rendu Flotte à la vie 6, ne daigna pas quitter la capitale pour guérir l'enfant d'un président honoraire de présidial. Un moine — empirique ignorant, comme il n'y en avait que trop à cette époque — soigna le malade et, sous prétexte de le saigner, lui ouvrit une veine « qu'il ne put