Lettre LXXXIII à Flotte
la « Légende dorée » ; il aimait néanmoins faire brifer et trinquer les antres. Même, un jour, comme les amateurs de bons crus s'étaient plaints du jus médiocre des vignobles italiens, ce vin
noir ou
. . . jaune, doux et fade Qui fait rechigner l'entonnoir1,
Son Eminence avait commandé en France cent cinquante poinçons d'un nectar dont le président fit ses délices2.
A l'exception de l'évêque du Mans, Messeigneurs étaient sobres, mais leurs propos n'étaient guère prudes et leurs oreilles ne s'offusquaient pas facilement. C'est à leur instigation que Mainard rapporte à Flotte les bavardages qui avaient défrayé leur peu austère conversation : anecdotes grassouillettes sur les mésaventures des courtisanes, sur les déportements des dames romaines ou sur les atours dont elles ornent le front de leurs maris3. La Muse folâtre avait sa place à ces régals. Mis en verve par la causerie et les « brindes », Mainard y laissait « échapper » ses rimes les plus gaillardes. Bien qu'il ressemblât à une antiquaille aussi ruinée que le Colisée, à un âge où Flotte, mieux râblé, se réjouissait encore avec les belles, notre auteur avait conservé le goût des plaisanteries « salaces ». Usant du privilège qu'ont les poètes d'altérer avec impunité la réalité des choses, Mainard, cassé par les chagrins et par la maladie, imputait à une trop ardente maîtresse de l'avoir piteusement
déconfit 4 :
Avant que d'estre ton amant J'estois un homme si charmant Que pour un fil de mes cheveux Les vestales rompaient leurs vœux.
Les femmes de bon jugement Me faisoyent toutes compliment Et devant moy la chasteté Trembloit au milieu de l'esté5...