‹ Le poète François MainardChapitre 142 sur 375 · Lettre LXII1 au même · texte numérisé non relu

Lettre LXII1 au même

■S. Lettre LV au marquis de Rouillac. — Y. cette pièce au f° 146 du ms. 843 de la Bibl. de Toulouse et à la p. 442 du ms. 2943 de la Bibl. de l'Arsenal.

Le poète débitait encore d'autres vers du môme acabit: la Sempiternelle ', 1 epigramme du bigot à petit collet, etc. Cette dernière pièce recueillait surtout les applaudissements du cercle, car Mainard y morigénait un abbé cliattemitte, confit en dévotions, marmottant à tout bout de champ des patenôtres, et, à rencontre des ecclésiastiques français et italiens, fuyant l'abord des femmes.

Certes, à l'exception de Saint-Amant, ces passe-temps n'avaient séduit aucun des écrivains français qui précédemment avaient visité la Ville Eternelle. Depuis plus d'un siècle, poètes et prosateurs venaient en foule (le mouvement commençait à se ralentir) dans la cité pleine des vestiges de ce passé classique qui faisait l'objet de leurs études les plus assidues \ Un voyage à Rome représentait pour eux l'achèvement de leur culture intellectuelle, comme jadis un voyage à Athènes était pour les jeunes Romains le couronnement de leur éducation artistique et littéraire.

Ces reliques de la magnifique civilisation latine les touchaient diversement. Certains, comme Rabelais, ne voyaient dans ces arcs, ces temples, ces colonnes, ces statues, ces amphithéâtres et ces thermes qu'une mine à d'érudites investigations, qu'une matière à des travaux d'archéologie et d'épigraphie. A Rome, l'auteur de Pantagruel effectue des fouilles, se livre

1. Cf. lettre LVIII. — Dans le Recueil de 1630 se trouve une épigramme lubrique qui mériterait la dénomination de ci-dessus, à cause du v. 8 (« Laisse ma sempiternelle »). V. dans Durand-Lapie et Lachèvre, Deux homonymes, p. 99 et Lachèvre, Bibliogr. des rec. collectifs, t. II, Pépigr. : Je te liais pis que la peste. Mais il est certain que Mainard désigne ainsi l'épigramme sur :

une femme antique

Qui conte plus de vingt printemps Après son an climatérique,

insérée tout d'abord dans ses Pièces nouvelles, Toulouse, 1638, cf. éd. Garriss., t. III, p. 82. — Cf. lettres LXVI et LXXXV. Cette dernière missive reproduit l'un des quatrains de cette priapée qui figure dans le ms., 843 f 183, de la Bibl. de Toulouse et dans le ms. 2943 de la Bibl. de l'Arsenal, p. 431.

2. Cf. J.-J. Ampère, Portraits de Borne à différents âges dans la Revue des Peux Mondes de juin et juillet 1835.

à des recherches sur la topographie souterraine de la ville1. D'autres écrivains, dans leurs promenades à travers ces édifices envahis par les ronces ou le lierre, ces éhoulements immenses, ces ruines informes, se laissent aller à de mélancoliques méditations2. En face de ces « monceaux pierreux », le doux Joachim du Bellay pense à l'inanité des efforts humains pour vaincre le temps, songe au caractère éphémère de toutes les grandeurs et puise dans ces attristantes rêveries une amère consolation. La peine qui le ronge ne sera pas éternelle. Le temps en viendra plus vite à hout que de ces monuments qui, jadis, semblaient défier l'éternité \

La plupart des voyageurs lettrés de cette époque y cherchent avec la même ferveur que Du Bellay, Home dans Home ', la Rome ancienne dans la Rome moderne, et ressentent à la vue de ces « sainctes ruines 5 », chantées par le poète des Antiquités, une émotion attendrie d'humanistes, le bonheur de revivre la vie des héros et des génies de l'antiquité latine. Presque tous ressemblent un peu à Montaigne : ils ont « eu cognoissance des affaires de Rome » longtemps avant de connaître celles de leur propre maison. Comme le moraliste, ils « savaient » le Capitole et son plan avant de « savoir » le Louvre. C'est avec piété qu'ils foulent ce sol jonché de pierres « qui ont esté les Dieux de César et de Pompée »; qu'ils errent, comme Balzac, « parmi les histoires et les fables" » dont s'est nourrie leur jeunesse; qu'ils marchent sur les pas de ceux qui ont mené les rois en triomphe 7.

1. Sur les travaux topographiques de Rabelais à Rome cf. A. Heulhard, Rabelais, ses voyages en Italie, son exil à Metz, Paris, 1891, liv. I, chap. II. — Dans son roman (liv. IV, chap. 25), Rabelais incile ses héros à se pencher sur les « vieux temples ruinés, obélisques, pyramides, monuments et sépulchres antiques avecques inscriptions et épitaphes divers ».

2. Sur le sentiment des ruines que Du Bellay a le premier traduit dans la littérature française, voir II. Chamard, Joachim du Bellay, Paris, 1900, in-8", p. 298.

3. Cf. (;. Pellissier, Ronsard et la Pléiade dans Petit de Julleville, ffist. générale (le la littér. française, 1. III, p. 197.

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