‹ Le poète François MainardChapitre 207 sur 375 · Cf. lettres CXXXI, CCX, CCXXVIII et CCLIX · texte numérisé non relu

Cf. lettres CXXXI, CCX, CCXXVIII et CCLIX

L'hommage fait à Mainard de ses réponses tardives aux attaques méchantes que le P. Goulu avait en 1627 et 1628 1 portées contre la manière d'écrire de l'unique éloquent, fut pour notre auteur un nouveau témoignage de l'amitié de Balzac. Le rhétoricien intitula Relations à Ménandre (surnom de Mainard) les quatre apologies de ses propres écrits et les fit suivre de quatre dissertations où il défendait certains passages s particulièrement visés par son adversaire. Balzac avait depuis longtemps1 communiqué à son ami les premières parties de cet ouvrage de polémique, puisque, dans son épîtrede mai 1638, il y fait allusion :

Forte suum sylvas viiidi Mainardus in umbra, Balsacium resonaredocet ; Forte optima coniux, Festa meis natique oblectant otia chartis, Mainardo recitante, et habet solatia facti Phylarchus i quod adhuc facundo vivit in ore Et superest percussus adhuc ; jamque ipse Menander Plaudis Narcisso, ac mutato nomine gaudes.

1. Lettres de Phyllarque a Arisle, Paris, première partie, 1627 ; seconde partie, 1628, in-8".

2. Les Relations à Ménandre et les Passâmes deffendus constituent les VIIIe, IXe, X', XIe, XIIe, XIIIe, XIVe et XVe Dissertations chrestiennes et morales du t. II de l'éd. in-f° de Balzac. Elles ont été publiées pour la première fois dans les Œuvres diverses de Balzac, Paris, Rocolet, 1644, in-4° (achevé d'imprimer du 30 avril). A en juger par Pavis de l'imprimeur au lecteur, Balzac ne donna pas en 1644 le texte complet de son ouvrage et négligea par la suite de mettre au jour les parties omises de cette édition. « Il reste encore, dit l'imprimeur, quatre ou cinq Discours adressez au mesme Ménandre, et de la force des précédens, à ce que disent ceux qui les ont veus. Je n'ay pu les vous donner pour cette fois : mais sur la parole de M. le comte de Glermont, qui me les doit envoyer de Languedoc, je les vous promets à une autre édition. »

3. Balzac avait, vers 1630, commencé à ébaucher ses réponses au P. Goulu. En effet, le 20 noA^embre 1642, son père, âgé de quatre-vingt-neuf ans, le prie d'envoyer au plus tôt à son imprimeur les deux livres de ses Apologies qui, à son jugement, sont deux livres admirables : « Depuis le temps, écrit-il, que je commence à A'ous solliciter de faire un présent au public des fruits de vostre travail, douze années se sont insensiblement escoulées... » V. cette missive à la fin de la lettre 28 du livre X du 12 mai 1644 à Ménage {Œuvres, éd. in-f°, t. I, pp. 695-696). D'un autre côté, le 1er décembre 1631, Balzac adresse au cardinal de la Valette une réponse aux critiques que les sophistes ont apportées à ses ouvrages (ibid., lettre 10 du liv. V). Enfin Chapelain (Lettres inéd.) parle le 18 février 1639 à Balzac du Discours contre Phyllarque qu'il lui fit voir « il y a sept ou huit ans » et de la suppression, dans la dernière rédaction de cet ouvrage, d'une « pièce exquise » : la description allégorique de l'Empire et des sujets du Prince des feuilles.

4. Le P. Goulu, général des Feuillants, avait pris le pseudonyme de Phyllarque et avait surnomma Balzac Narcisse.

Mais ce n'est qu'en novembre 1639' que Balzac lui envoya son ouvrage complet et sous sa forme définitive ou presque définitive. « Vous me demandez, débutait le rhétoricien en s'adressant à Ménandre, de la part de six provinces, la relation de mes disgrâces... Je vous accorderois, Ménandre, ce que vous me demandez, quand vous ne seriez le solliciteur de personne, et vous auriez tout seul le divertissement que vous désirez en compagnie... Vous serez toute ma Cour et tout mon sénat. J'auray perpétuellement les yeux sur vous et m'imagineray aussy que vous m'observez sans cesse de peur de mal user de la liberté de la solitude et de faiblir en vostre présence... » On s'imagine quelle fut la joie du poète de se voir « traiter comme une personne particulièrement aimée de Balzac2 », et surtout quel fut son orgueil d'apprendre que son nom, consacré par un des arbitres de la renommée, courait dans les assemblées les plus fameuses de la capitale : à l'Académie putéane, à l'Académie française, dans le salon de Mme de Rambouillet et dans celui de Mlle de Scudéry, cercles graves ou mondains, auxquels Balzac donna la primeur du manuscrit de ses Relations à Ménandre'.

Cependant comme les deux amis se servaient de l'intermédiaire de Flotte pour s'adresser leurs paquets — car, malgré ce détour, leurs missives arrivaient plus rapidement en passant par Paris que si elles étaient expédiées directement de Saint- Céré à Balzac ou vice-versa — il leur arrivait de demeurer des

1. Cf. les lettres CLX, CCLII et CCLVII de Mainard. — Le 7 avril 1639, Balzac écrivait à Gonrart (1. 35 du liv. XII) : « Il est vray, Monsieur, que le cher Ménandre a entre ses mains deux Apologies, que j'ay faites il y a longtemps et desquelles il fera tout ce qu'il lu y plaira... » V. aussi sa lettre 31 du liv. XXVII au comte de Clermont qui copie les Apologies (lettre mal datée dans l'éd. in-f- 30 juin 1635 au lieu de 1639, date qu'elle porte dans les Œuvres diverses, Paris, 1644). Ces références, à part la dernière dont il n'a pas établi la date exacte, ont échappé à M. Em. Roy, De J.-L.-G. Balzacio contra D.-J. Gulonum disputante, Paris, 1892, chap. VIL

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