Lettre GCLI à Frémin
3. Cf. lettres du 25 juillet et du 10 sept. 1639 de Balzac à M"e de Scudéry (1. 22 du liv. XV) et à Conrart (t. I de l'éd. in-f°, pp. 797-799) et lettre du 20 janvier 1610 à Chapelain (1. 2 du liv. XXI). — V. aussi Lettres inéd. de Chapelain, des 17 et 30 avril 1639 à Balzac. — Les Relations à Ménandre et les Passages de /fendus parurent pour la première fois dans les Œuvres diverses du sieur de Balzac, Paris, P. Rocolet, 16ii, in-i°.
mois entiers sans nouvelles l'un de l'autre. Ainsi, en été 1639, Flotte passa trois mois aux champs afin d'y guérir sa goutte, conséquence de ses fréquents excès. Même lorsque le « célèbre buveur » retourna à Paris, dans le centre de « la belle desbauche », il fut difficile au sobre et sage Chapelain de s'aboucher avec cet habitué des cabarets et des tavernes, endroits qui pour lui étaient « des mers où il n'avoit guères navigé (sic) et dont il ne savoit guères la route' ». Si la curiosité de Balzac était toujours en peine du sort de son ami, notre auteur n'en soupirait pas moins après les longues causeries avec l'épistolier. A cette fin, il résolut d'entreprendre de nouveau ce voyage de la Charente qu'il avait si souvent fait avant de se rendre à Rome. Car c'était à lui d'aller saluer l'ermile qui, toujours malade, ne bougeait presque plus de son désert. Balzac l'avait pourtant menacé, en octobre 1639, de « vaincre toute la Barbarie » qu'il y avait entre eux et de lui apporter dans ses montagnes, « avec les glaces et les infirmitez de sa vieillesse, la plus vive et la plus ardente passion, dont puisse estre espris un cœur de vingt-cinq ans2». Et comme, malgré sa promesse, Mainard ne se rendit pas en Charente, Vcrmile lui adressa en août 1640 ' une longue Invitatio, l'adjurant de venir le voir. Si le poète ne se sent pas obligé de respecter la parole donnée, qu'il se dise du moins que sa présence et ses chants allégeraient les souffrances de son pauvre ami :
Sed tu ope Musarum et varii dulcedine cantus Mgram animum et duros poteris lenire dolores.
1. Cf. lettre 27 du liv. XX de Balzac, (mal datée dans l'éd. in-f du 13 déc. 1639) à laquelle Chapelain répond le 21 août 1639 (éd. c., t. I, p. 483). — V. aussi lettres du 28 août et des 11 et 17 septembre 1639 de Chapelain au même : « Le bon M. Mainard, mande-t-il enfin, est toujours à Saint-Céré et toujours abattu par la fortune. »
2. Cf. lettre 1 du liv. XIII à M. le Président Mainard, mal datée dans l'éd. in-f°, o octobre 1641, attendu qu'elle est en relation avec la lettre CCLVII de Mainard à Balzac qui est de novembre 1639.
3. Cf. lettres des 18 et 19 août 1640 de Chapelain à Balzac ; lettre 24 du liv. XXI de Balzac à Chapelain et les lettres CCXIV et CCXLIII de Mainard à Flotte et à Balzac. — Voir la pièce Ad. Franciscum Mainardum, Invitatio dans le t. II des Œuvres de Balzac, Carminum hbri très. Cette pièce figure aussi dans le volume de correspondance de Mainard.
C'était aussi l'un des vœux les plus chers de Mainard. Mais des empêchements nombreux étaient venus se mettre au travers du dessein qu'il caressait depuis longtemps. La santé de sa femme dont l'état parfois paraissait désespéré, puis s'améliorait pour devenir pire que la mort contraria plus d'une fois le projet qu'avait Mainard de se rendre au lieu du monde « où il se souhaitait le plus1 ». Son procès de Toulouse2, ses ennuis domestiques, enfin en 1641 la révolte du duc de Bouillon, orage que Mainard n'aurait pas voulu voir éclater pendant son absence de la vicomte de Turenne1, apportèrent de nouveaux obstacles à l'accomplissement de ses projets. Toutes ces tribulations l'empêchèrent de trouver, avant août 1642, quelques semaines de répit pour les passer à la campagne de Balzac. A ce moment, en se séparant de son ami, il avait fait le serment de venir « tous les ans estudier un mois à Balzac et conjurer le génie qui y préside de lui donner de belles inspirations1 ». Malgré ses promesses, ce ne fut cependant qu'en juin et juillet 1644 qu'il put faire un nouveau séjour chez son ami.
Ayant complètement recouvré la santé, le président avait retrouvé sa belle humeur et son entrain de jadis. Sa venue mit en fête la maison de Balzac et fit oublier au valétudinaire les maux qui l'affligeaient sans répit : la sciatique et la gravelle ; la fièvre qui ne le quittait plus, ses rhumes interminables qui « le faisoient éternuer si souvent que toute sa conversation se passoit à dire grand mercy à ceux qui lui disoient : Dieu vous soit en aide5 ! » Le 27 juin Balzac plein d'allégresse écrivait à Chapelain : « Je viens et m'areste à la grande nouvelle de nostre village. Le cher président y est arrivé et avec luy toutes les Muses, toutes les Grâces, toutes les Vénus et