‹ Le poète François MainardChapitre 229 sur 375 · Lettres IX, XLI, LXXXVII et CGXXXIX · texte numérisé non relu

Lettres IX, XLI, LXXXVII et CGXXXIX

2. Cf. éd. Garriss., t. III, p. 262. M. Livet, dans une note de son édition du Dictionnaire des précieuses de Somaize, t. II, p. 157, a eu tort d'appliquer cette épitaphe au deuxième fils de ce personnage, l'abbé de Belesbat, qui s'appelait Paul et non André et qui est mort en 1691, tandis que son père mourut en 1623.

3. Lettres de Costar, Paris 16o8, seconde partie, 1. 201 à l'évêque du Mans.

mais doué de plus de finesse et même de plus de subtilité, qu'il renchérît davantage sur les beaux sentiments, qu'il poussât la recherche de l'expression jusqu'au concetlo, qu'il prît enfin ce ton alambiqué si prisé dans les ruelles. Certes, ni la maîtresse de céans ni ses frères ne firent part au poète de ces désobligeantes constatations. En revanche, les petits-maîtres pomponnés qui fréquentaient la maison de Mme de Choisy, « l'abord général, raconte Somaize, de tout ce qu'il y a de galands et de gens de lettres dans toute la Grèce (lisez dam Paris) », ne ménagèrent pas le bonhomme qui leur semblait un revenant de l'autre siècle. A l'irritation suscitée par les critiques de ces muscadins, Mainard fit bientôt succéder le plus parfait mépris. A quoi bon s'échauffer la bile à cause des propos :

des orateurs frisez

Dont le faux sentiment règne dans les ruelles !

Ils distribuent la gloire pour le présent et non pour l'avenir. La postérité assignera son véritable rang au poète qu'ils s'efforcent de ravaler. Leurs attaques ne sauraient détruire ni même entamer le monument que son génie et son travail ont élevé pour l'éternité. Malgré les mépris des petits-maîtres, malgré les censures de ses prétentieux collègues de l'Académie, à cette heure où Mainard va mettre au jour son livre, il a pleine confiance dans la beauté impérissable de son œuvre. Comme Horace, il entonne son Exegi monumentum œre perennius :

Mon livre sera leu de tous les beaux esprits Et plus il vieillira, plus il aura de gloire.

Tant qu'on fera des vers, les miens seront vivans, Et la race future, équitable aux scavans, Dira que j'ay connu l'art qui fait bien escrire.

Elle n'aymera pas l'impertinent caquet Des éloquens fardez que notre siècle admire Et qui lui font porter le titre de coquet1.

1. Ed. Garriss., III, 190. Cf. ce sonnet avec l'ode 30 du liv. III d'Horace qu'elle imite.

Ce volume de vers annoncé en termes aussi superbes parut en juin 1646, chez le libraire Augustin Courbé1. C'est un bel in-quarto intitulé Les Œuvres de Maynard. Le privilège, signé au nom du roi par Séguier, le 15 janvier 1646, confère à « notre ami et féal conseiller en nos Conseils d'Estat et privé le sieur Maynard... dont le mérite nous est connu et les services agréables » le droit de faire imprimer « durant l'espace de dix ans entiers et accomplis a tous les vers qu'il a faits, chez le libraire ou l'imprimeur de son choix. L'achevé d'imprimer est du 15 juin 1646. Le corps proprement dit de l'ouvrage est divisé en trois parties. La première est formée de cinquante-huit sonnets, fruits des dernières veilles du poète. Puis viennent cent soixante-sept épigrammes dont presque la moitié (exactement quatre-vingt-quatre), avaient été insérées dans les anthologies de Du Bray ou dans le livret de Pièces Nouvelles de Toulouse ; les épigrammes de quatorze vers précèdent les dizains qui, euxmêmes, sont suivis d'un groupe de piécettes railleuses constituées par un, deux, trois ou plusieurs quatrains. Enfin une troisième partie comprend des odes, des chansons, des épîtres et des pièces d'inspiration satirique, parmi lesquelles se glisse une épigramme, déjà publiée dans le petit volume de 1638, et onze sonnets, poésies que l'auteur avait oublié de renfermer dans le cadre des productions similaires. Le volume s'ouvre sur une ode légère où l'auteur gourmande ironiquement ses vers de secouer la poussière de son cabinet pour affronter la férule des pédants et les mépris des raffinés du grand monde.

Le texte de l'ouvrage est précédé de quelques pièces dont la disposition ou l'ordonnance varie suivant les exemplaires de cette édition. On en verra plus loin la raison.

Un portrait du poète par Pierre Daret orne le volume 2.

i. Y. sur ce libraire une notice dans La Caille, Histoire de l'Imprimerie à Paris, Paris, 1689, pp. 240-242.

2. Ce portrait a été récemment reproduit dans les Œuvres poétiques, choisies de Mainard, éditées par M. Pierre Fons, Paris, 1909, (Sansot).

Mainard dont on ne voit que le buste est enveloppé d'une toge, retenue sur l'épaule par une fibule ; ce vêtement s'entr'ouvre sur l'un des côtés, laissant voir une tunique plissée. L'artiste a visiblement entendu mettre en harmonie le caractère du costume avec la physionomie romaine de son modèle, ce visage de Fabrice, comme disait Balzac1, digne d'une médaille antique :

Consule Fabricio dignusque numismate vuitus.

Un sourire indulgent et quelque peu ironique court sur ses lèvres sensuelles, corrige la dureté de la charpente osseuse du visage et efface l'impression de lourdeur que donnent le double menton et les joues empâtées par la trop bonne chère. Les cheveux bouclent naturellement autour d'un front large et un peu fuyant où l'âge et les soucis ont creusé de profonds sillons. Des sourcils arqués, abondamment fournis, mais assez haut plantés, ajoutent à l'expression d'étonnement des yeux qui, durant toute une vie, promenèrent sur les hommes et les choses ces regards naïfs et distraits propres à la plupart des poètes, absorbés dans la contemplation d'un rêve toujours repris mais jamais achevé. Ce mélange de sérieux et d'enjouement, d'expression à la fois rêveuse et sensuelle donne à la phy sionomie de notre personnage un caractère original qui, au dire de l'un de ses contemporains, « le fesoit connoître aux plus grossiers » \

Une bande avec l'inscription : Franciscus Maynardus Gerardi Filius /Etat, suœ LX1 III entoure ce portrait. Au bas de l'estampe, un cartouche renferme quatre hendécasyllabes latins assurant que Bilbilis, patrie de Martial, a cédé le rang à Toulouse3. C'était une politesse par laquelle Ménage répondait aux

1. Dans la pièce déjà citée Ad. Franciscum Mainardum, Invitatio.

2. Cf. les lignes relatives à la mort de Mainard, extraites des Œuvres de Berthier, prieur de Saincaise, par Lachèvre, Bibliographie des rec. collect., t. II, p. 371.

3. Garrisson a oublié de reproduire cette épigramme, parmi les pièces liminaires de l'édition de 1646. En l'insérant dans ses Miscellanœa,' Paris, 1652, in-4°, Ménage la fit précéder de cet intitulé : lmcribendum imagini Francisci Menardi Tolosatis epig ranimât ii prestantissimi. — Labouïsse-Rocbefort. o. c, pp. 162-163,

magnifiques compliments que Mainard, désireux d'acquérir les bonnes grâces » du jeune et déjà célèbre auteur de la Vita Gargilii Mamurrœ* et de la Requête des Dictionnaires, lui avait adressés plus d'une fois3.

En souvenir de leur amitié contractée à Rome % Scarron avait obligé sa « Muse camuse » à tirer une révérence burlesque au rare volume

Qui va rendre Augustin Courbé

Satisfait comme un riche abbé.

Hélas, ce n'était plus le gentil compagnon d'autrefois, bien fait au point de mériter « les respects des Bois-Robert de son temps » . Une humeur acre, prenant son cours « dans son échine » et se répandant dans tous ses membres, avait cloué sur une chaise « l'esprit et le corps en mal-aise » % le pauvre cul-de-jatte qui trouvait pourtant moyen, comme disait Balzac, de faire danser « la sarabande et les matassins dans un corps paralytique».

Boisrobert et le philologue Fr. Guyet, à qui Mainard avait aimablement dédié des vers, lui firent hommage le premier d'une épître française, le second de deux petites épigrammes latines. Le tragique Tristan l'Hermite, le savant périgourdin J. Peyrarède, qui, tout récemment, avait forcé l'admiration de Balzac en lui montrant « quatre ou cinq mille corrections » sur Horace,

cite plusieurs traductions ou imitations qu'on a données de ces vers, qui se lisaient au bas du buste en marbre de Mainard au temps où il figurait dans la Salle des Illustres au Gapitole de Toulouse.

1. Cf. Lettres inédites de Balzac, 1" août 1644, à Chapelain.

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