‹ Le poète François MainardChapitre 237 sur 375 · Lettre CLXXIV · texte numérisé non relu

Lettre CLXXIV

de mérite, au cœur aimant et dévoué, d'une belle humeur si franche et d'un caractère si loyal. Une fois de plus, on se prend à accuser le destin d'injustice. Il est vrai que, parmi les infortunés dont se plaint le poète, il y en a qui nous inspirent une médiocre commisération. C'est ainsi que nous nous refusons à le croire malheureux du fait que son siècle n'a pas récompensé davantage son talent.

gomme Voltaire l'a fort bien dit, Mainard ignore que « le succès d'un bon ouvrage est la seule récompense digne d'un artiste ; que si les princes et les ministres veulent se faire honneur en récompensant cette espèce de mérite, il y a plus d'honneur encore d'attendre ces faveurs sans les demander ; et que si un bon écrivain ambitionne la fortune, il doit la faire soi-même1 ». — Mainard, qui avait commis la faute de vendre sa charge, aurait pu accroître son avoir en s'occupant davantage de son patrimoine, en s'adonnant tout entier à la culture de ses biens. Dans son testament, il exprime le regret « de laisser sa fortune presqu'au même état qu'il l'a trouvée » et il en jette la faute sur « ses études inutiles ». Comme à Juvénal, il arrive à Mainard, aigri par la pauvreté, de maudire son talent et les Muses2. Ce n'est pas à la poésie, consolatrice des ennuis de sa solitude, qu'il aurait dû s'en prendre de n'avoir pas réussi à augmenter ses revenus, mais à lui-même qui avait négligé ses affaires, perdu son argent et son temps à courir après les grands et à mendier leurs faveurs. Comme beaucoup d'hommes, Mainard ne se connaissait pas lui-même. Se croyant capable de fournir une brillante carrière à la Cour, il estimait que le sort le maltraitait en l'obligeant à vivre en province. Il aurait fait pourtant piètre figure dans l'entourage du roi et des ministres. Dépourvu de finesse comme de malice, son esprit pénétrait mal les intrigues et les desseins compliqués des puissants ; souvent même le poète se trompait sur les sentiments de ses amis et des personnes de sa connaissance. Il se perd dans

1. Voltaire, Siècle de Louis XIV. Catalogue de la plupart des écrivains français qui ont paru dans le siècle de Louis XIV pour servir à l'histoire littéraire de ce temps (Paris, éd. Didot, 1815, t. V, p. 2o4).

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