‹ Le poète François MainardChapitre 236 sur 375 · Sonnet, éd. Garriss., t. III, p · texte numérisé non relu

Sonnet, éd. Garriss., t. III, p

4. Cf. Balzac, Lettres inéd., 31 juillet : Je ne sçay si M. Maynard est de Fontainebleau ou de Saint-Céré, riy si son livre a veu le jour sous les auspices de Son Eminence » ; ibid., 24 septembre 1646 « Le cber feroit mieux d'aller faire vendanges en Gascogne que de s'amuser inutilement à Fontainebleau ».

5. Balzac, Lettres inéd., 22 octobre 1646 : « Le cher président est encore mieux dans sa cabane qu'à la porte du palais... »

violentes, son chagrin d'assister au naufrage de ses dernières espérances avait été trop poignant et sa douleur de constater la stérilité de ses efforts pour se créer des protecteurs généreux trop cruelle pour ne pas briser les ressorts d'un organisme déjà affaibli par la maladie et par l'âge '.

Le 28 décembre 1646 % un cortège funèbre descendait du haut du faubourg des Cabanes à l'église paroissiale de Saint- Céré. On portait, avec les cérémonies religieuses accoutumées, « à petit bruict et le visage couvert )), dans le tombeau de famille, « devant l'autel dédié à la vierge3)), le corps de François Mainard '.

A connaître de près l'histoire de la vie de Mainard, on se sent pris pour lui d'une invincible sympathie. On oublie son penchant vraiment trop vif pour les plaisirs de la table, la sensualité un peu crue de ses priapées et l'on s'attache à certains traits de son caractère qui l'honorent et le font aimer. On se rappelle la sollicitude émue dont il fit preuve à l'égard de ses amis qui ne le payèrent pas toujours de retour ; on se souvient de son empressement à leur rendre service. On est touché de son dévouement envers ses bienfaiteurs qu'il continue à

1. « On nous dit que le chagrin qu'il rapporta du Palais-Royal le prit à la gorge sitost qu'il fust arrivé en sa maison » (Balzac, Lettres inéd., 13 févr. 1647)'. — L'épistolier écrit deux mois plus tard : « Je trouve froid et mauvais le bon mot de ceux qui disent que le cher président est mort de faim. Dans les provinces, on a du pain et du vin de reste, et c'est à la Cour où pretiosa famés... »

2. V. l'acte d'inhumation de Mainard dans Garriss., t. I, p. 3îi6. La forme ensepulchré n'existe pas dans l'original. Il faut lire ensepvely (môme observation pour l'acte d'inhumation d'Anne, fille du poète).

3. On dut certainement se conformer aux volontés exprimées par Mainard dans son testament (V. Pièces justificatives).

4. Balzac fit à l'occasion de cette mort des vers latins Francisci Mainardi, viri clarissimi, poëtse elegantissimi mémorise (Œuvres, t. II, seconde partie, p. 16)'. C'était un pieux devoir qu'il rendait à la mémoire de son ami. Pourquoi faut-il que le rhétoriciennous apprenne que, malgré la profondeur de ses regrets, l'épigramme latine qu'il avait faite, lui a tenu lieu de quelque consolation et pourquoi surtout recommande-t-il à Chapelain (comme s'il craignait de se compromettre en montrant son attachement à un homme qui n'avait pas eu la chance de réussir) de ne faire voir au monde cette pièce « que dans la foule de ses autres vers » ? {Lettres innl., 3 et 13 février 1647). — Ce fut sans doute d'un cœur plus sincère que partirent les hommages funèbres de Guillaume et de François Colletet insérés dans le Jardin d'épithaphes choisies de 1648 (cf. Lachèvre, Bibliof/r. des rec. coilec, t. II, pp. 216 et 217) et ce fut avec plus de franchise que Flotte manifesta son affection pour l'ami disparu, en publiant en 16o2 un volume de correspondance de Mainard avec une élogieuse préface.

chérir, même lorsqu'ils sont tombés en disgrâce et que la fidélité qu'on leur garde peut devenir dangereuse. A l'époque de la détention à la Bastille de Bassompierre et de Carmairi, il écrit à Flotte : a Vous scavez que mes pères ne m'ont laissé que peu de bien et que ma famille est assez nombreuse; avecque tout cela scachez que si on mestoit ces deux illustres mal-heureux à une rançon qui passast la portée de leur richesse, et qu'il fallut que leurs amis et leurs serviteurs leur aidassent de la bourse, je leur baillerois de bon cœur la meilleure partie de la dot d'une fille que je vais marier, deut-elle demeurer en perpétuel célibat1. » Ce n'est pas ainsi qu'aurait parlé son maître Malherbe qui abandonna le parti de la reine mère, sa bienfaitrice, dès que des marques d'attachement envers elle parurent devoir lui attirer la défaveur de Louis XIII. Cette constance témoignée à des protecteurs que le malheur a accablés fait penser à La Fontaine et à son affection pour Fouquet. Si Mainard montre moins de courage, si « la crainte des puissances supérieures » l'empêche de plaider ouvertement la cause de ses amis en prison, comme La Fontaine le fit pour le fameux surintendant, en revanche, la tendresse paternelle qui, comme on le sait, manqua totalement au Bonhomme, est développée à un haut degré chez notre personnage. Dépourvu de toute trace d'égoïsme, faisant à ceux qu'il chérit un don absolu de son cœur et de sa personne, notre poète possède une sensibilité profonde, une faculté de s'émouvoir et de se passionner qui donne à ses élégies un accent de sincérité pénétrante, rare dans la poésie impersonnelle du xvne siècle, et qui fait le charme de ses épîtres en vers ou en prose. Ce qui rend surtout sympathique la personne de notre écrivain, ce sont les longues et pénibles épreuves qu'il dut. subir. Commencée sous les plus riants présages, la dernière période de sa vie ne fut qu'une longue suite d'ennuis, de mécomptes et "de déceptions. Sa journée s'annonçait radieuse, elle s'assombrit cependant bien avant l'heure. On souhaiterait que le sort se fût montré plus favorable et qu'il eût été plus clément à l'égard d'un homme

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