III, p
4. V. sur la source du Théologien, pp. 279-282 de cet ouvrage. — Voici la série d'épigrammes qui se rattache à cette ode : Tu veux passer pour un auteur (éd. Garriss., t. III, p. 114); Pour un livre de cinq cens vers {Ibid., p. 128); Ce que la plume produit (/bid., p. 139); Ces livrets que tu débiles (Lachèvre, liibl. des rec. coll., t. II) ; Nos critiques les plus célèbres (Ms. 846 de la Bibl. de Toulouse, f° 198 verso. — V. cette pièce dans notre brochure sur Les Manuscrits de Mainard, p. 28).'
5. Cf. la note finale du chap. préc. Il y a peut-être un rapprochement à établir entre la pointe de l'épigr. t. III, p. 112 de Mainard — éloge de la générosité des princes « qui nuict et jour dorment à Sainct-Denis » — et le tableau que Bonsard trace des largesses des rois « mis en sépulture » au « temple à Saint-Denis » (fin de l'ode à Catherine de Médicis, La Bocage royal, 2e partie).
et ne néglige pas les poètes du xvr siècle, depuis du Bellay jusqu'à Vauquelin de la Fresnaye ' ; il lit les sonnets de Grévin sur Rome2, s'inspire de Desportes et surtout de Bertaut ; il met à contribution ses contemporains, depuis l'illustre Régnier jusqu'aux obscurs Touvant et Nicolas Joubert, sieur d'Angoulevent1; il prend à deux mains aux Latins, depuis les classiques Horace, Ovide, Catulle, Properce, Cicéron, jusqu'aux décadents comme Ausone, en passant par les écrivains de l'Empire : Lucain, Martial, Juvénal, Sénèque et Stace ; aux latinistes modernes comme Du Bellay', Owen ' ; aux Italiens, graves et brillants comme le Tasse ; joyeux et burlesques comme TArétin, Berni, Sansovino, Ludovico Dolce ; précieux et maniérés comme le comte Fulvio Testi.
Et pourtant, malgré la multiplicité et la diversité des sources, la personnalité de notre écrivain arrive à se dégager nettement. Submergée tout d'abord sous un flot d'idées et de sentiments qui lui sont étrangers, l'individualité de Mainard a lutté victorieusement contre le courant qui menaçait de l'anéantir. Aussi, plutôt que de dresser le bilan forcément incomplet de ses emprunts, préférons-nous examiner la manière dont l'esprit de Mainard se comporte à l'égard des auteurs imités et montrer comment, après avoir subi l'influence des textes, il réagit contre eux; comment, après avoir été un esclavage, son imitation devient une adaptation méritoire, puis arrive à être une émulation heureuse avec ses modèles et enfin une transformation complète des morceaux en vers ou en
1. Cf. la petite consolation adressée par Vauquelin de la Fresnaie à Malherbe sur la mort de sa fille Jourdaine (Les diverses poésies du sieur de la Fresnaie Vauquelin, .Gaen, 1603, p. 679) avec l'épigr. : D'où vient le regret... t. III, p. 179.
2. V. ce qui est dit de l'inspiration de Grévin dans Y Ode à Alcipe, p. 250 du présent ouvrage.
3. L'idée de louer les villageoises aux dépens des grandes dames a été fournie à Mainard par une pièce fort plate de Nie. Joubert d'Angoulevent : YAmour aux chambrières, insérée dans le Cabinet satyrique (ci Zeitschriff f. rom. Philologie, 1901, p. 77. Etude sur la poésie fr. burlesque de la Renaissance par P. Toldo).
4. La « prosopopée d'un chien » (t. III, p. 86) et l'épigr. donnée comme inédite par Garrisson {ibid., p. 327) sont imitées de la célèbre épigr. latine de Du Bellay : Latralu fures excepi etc. qui elle-même est traduite de l'italien.
5. Labouïsse-llochefort a montré (o. c., p. 235) que l'épigramme : Grand Longs ma façon d'escrire (t. III, p. 130) est une imitation du latiniste anglais Owen (L. IV. épître 276).
prose dont le talent du poète a eu besoin pour prendre son essor ou pour le soutenir.
A ses débuts, Mainard imite de la manière dont avaient imité les poètes du xvi' siècle. On sait l'accusation portée contre eux par Godeau qui admirait Malherbe, sans mépriser pourtant la Pléiade : Ronsard et ses disciples, trouve-t-il, pillent leurs modèles plutôt qu'ils ne s'en inspirent'. C'est de la même façon que Mainard procède au début de sa carrière poétique. Il lit dans Ovide une prière à l'Aurore pour qu'elle retarde sa marché, afin de laisser à l'amant le loisir de s'attarder davantage auprès de sa maîtresse. En en faisant la matière d'une de ses poésies insérées dans les Délices de 1615, il garde tous les oripeaux mythologiques du chantre des Métamorphoses, rappelle la fable de Titon et de Géphale et n'apporte d'autre note personnelle dans son plagiat, que la transformation d'une élégie latine en un sonnet français".
Et quel copiste maladroit ! Mainard délaie en trois strophes les deux premiers vers de l'ode où Horace se venge de Lycé vieillie qui, jadis, avait dédaigné ses hommages, mais il néglige de rendre les endroits les plus heureux du poète latin. Les minauderies de Lycé qui, malgré ses rides et ses cheveux blancs, folâlre comme une fillette espiègle et invoque l'amour dans ses chansons ; le contraste entre cette femme décrépite et Cynare, morte à la fleur de l'âge, laissant à ses amants le souvenir de toute sa grâce, tout cela Mainard l'a omis dans sa traduction. Enfin le jargon galant de l'époque achève ce travestissement de l'ode latine : les « chaînes adorables » retiennent les soupirants dans la « prison » d'une « nom pareille beauté », Lycé n'est plus « l'object de son ennuy:' », etc.
Comparons aussi son ode à Racan ' avec les deux odes
1. Discours en tète de l'éd. de 1630 des Œuvres de Malherbe (éd. Lalanne, t. I, p. 365).
2. Cf. Ovid., Amor. 1. I, eleg. XIII.— Mainard, t. II, p. 165.