ORIGINALITÉ DU POÈTE
d'Horace Solvitur acris hiems.... et Diffugere nives.... qu'il a contaminées. Laissons de côté l'étrangeté de certaines images dont Mainard a cru bon d'agrémenter sa pièce, par exemple cet « hiver à qui la glace hérissoit les cheveux » et qui rappelle T<( hiver au chef perruque de glaçons » d'un autre poète du temps, raillé par Balzac'. Mais signalons la contradiction qu'il y a de terminer des invitations renouvelées d'Horace : « Jouissez de la vie, car elle est brève et on ne saurait jamais retrouver les plaisirs qu'elle offre » par des exhortations prises à Malherbe sur le devoir de tout sacrifier pour acquérir la gloire donnée par la poésie :
La gloire seulement Que la Muse parfume Dure éternellement \
Combien mieux inspiré se montre Racan qui, exploitant le même thème, écrit :
Qu'amour soit désormais la fin de nos désirs, Car pour eux seulement les Dieux ont fait la gloire Et pour nous les plaisirs \
Regrettons surtout que, malgré son bavardage sur « les Brontes nus » et sur l'« époux de Vénus », sur les « Titans enragez » et sur « les sœurs cruelles », sur Titye et sur Latone, l'auteur ait laissé de côté les imaginations les plus charmantes du poète latin : les Grâces qui, sentant le printemps, osent de nouveau former des rondes avec les Nymphes, Vénus qui, au lever de la lune, conduit ces danses, n'ont pas tenté la plume de Mainard. Il a paraphrasé son modèle ; il n'en a pas saisi la couleur délicate.
Mainard a traduit jusqu'à la fin de sa carrière, avec plus de
1. C'est le poète Madelenet, cf. Balzac, Œuvres, t. I, p. 864, cité p. Tamizey de Larroque, Lettres inéd. de Chapelain, t, I, pp. 725-727.
2. Cf. Malherbe, Ode à Henri sur son voyage à Sedan, str. 21 :
Par les Muses seulement L'homme est exempt de la Parque ; Et ee qui porte leur marque Demeure éternellement.
.3, Ode au comte de Bussy, t. I, p. 157
bonheur, il est vrai, que dans ces deux odes qu'il a condamnées lui-même, en ne les insérant pas dans le volume définitif de ses Œuvres. Qu'il y ait des taches môme dans ses dernières traductions poétiques, nous en conviendrons facilement. Dans son épigramme contre un amphytrion jaloux, il montre plus de bienséance que Martial, en substituant au joli échanson qui excite la convoitise des convives d'Afer, « la jeune espousée » de l'hôte ; il nous fait grâce aussi de la mythologie de Martial : de Jupiter qui laisse Mercure jouer avec Ganymède, d'Alcide qui souffrait qu'on regardât Jlylas. En revanche combien grossière est la fin de l'épigramme de Mainard :
Veux-tu qu'on se crève les yeux Pour aller manger de ta soupe,
en comparaison de celle de Martial : « N'invite chez toi, Afcr, que des Phinées et des QEdipes » ' ! Parfois il place à la fin de ses épigrammes telle pensée trop connue pour ne pas jurer avec les vers tirés de son propre fonds. C'est ainsi que tantôt il réédite la recette fameuse pour avoir de bons poètes de ce quémandeur d'esprit que fut Martial :
0 qu'un Mécène aujourd'huy Pourroit faire de Virgiles ! 2
Tantôt il s'escrime à traduire une expression de Catulle :
Je sçay que tous vos appas Belles ne vous suivront pas Jusques à l'âge qui tremble".
Surtout il a la maladresse de choisir parmi les épigrammes de Martial, celles que ce fécond versificateur, dans son jugement sur ses petites pièces : Surit bona,sunt quaedam mediocria, sunt