‹ Le poète François MainardChapitre 97 sur 375 · Cf. le début du chap. VI · texte numérisé non relu

Cf. le début du chap. VI

4. Simon du Cros, Hist. du duc de Montmorency, Paris, 1643, p. 147. — Devic et Vaissète, Hist. du Languedoc, t. XI, pp. 1014-1015.

les Etats allèrent en corps le saluer. Enfin, le soir, son beaufrère le « régala » d'un grand ballet, dont Mainard avait composé les vers «.

A tout seigneur, tout honneur. M. le Prince fit l'ouverture du spectacle, en répétant en vers 2 ce que dans l'après-midi il avait dit en prose. Ce fut ensuite le tour du duc de Montmorency de convier les seigneurs à rompre les « funestes pratiques » des ennemis de Sa Majesté et d'avertir les Huguenots qu'

Ils auront un mauvais printemps, Malgré les roses d'Angleterre 3.

Une fois les affaires sérieuses expédiées, les seigneurs remplirent leurs devoirs de parfaits cavaliers français. Son Altesse, déguisée en « mestre de camp », s'adressa à la princesse des Ursins \ femme de son beau-frère, pour lui confesser :

Qu'est-il besoin de gens de guerre A qui d'un seul traict de ses yeux Peut conquérir toute la terre 5!

1. Le 13 février 1628, le capitoul Guillaume d'Abbatia adresse à Peiresc, conseiller au Parlement d'Aix, les vers composés par le président Mainard pour le ballet de M. le Prince. Cf. Lettres inédites de Guill. d'Abbatia à Pereisc (1619-1633), publ. parTamizey de Larroque, Paris, 1885, p. 11. — Pereisc s'empressa (4 mars 1628) de transmettre à Du Puy les vers de Mainard, cf. Lettres de Peiresc aux frères Du Puy, publ. par Tamizey de Larroque, Paris, 1888, t. I, p. 550.

2. Cf. éd. Garriss., t. III, p. 3i)6. La méchanceté de la phrase suivante de Michel Le Vassor (HisU de Louis XII/, 1757, t. III ,p. 181) sur l'attitude de Condé à cette fête est donc évidente : « Rohan... apprit que le duc de Montmorency, après avoir régalé le Prince de Condé d'un ballet magnifique où son Altesse dormit presque toujours »... Le même historien reproduit aussi quelques lignes des Mémoires du duc de Rohan qui affirme que les troupes de Condé exercèrent à Pamiers, enlevé aux religionnaires, « toutes les violences qu'on peut s'imaginer sous un tel chef ». Cependant Mainard avait fait faire à Condé l'éloge de ses soldats, nullement maraudeurs (ou comme on disait à cette époque « picoreurs ») et point enclins aux rapines.

3. Cf. éd. Garriss., t. III, p. 310, « A monseigneur de Mémoranci ».

4. Marie-Félicie, de l'illustre maison des Ursins, nièce, dit Simon du Cros. de la reine-mère (o. c, p. 11). En réalité elle n'en était qu'une parente éloignée.

5. Garrisson a donné cette épigramme (A Madame de Memorenci, t. III, p. 309) d'après le ms. XLIII delà Bibl. des Barberini de Rome; MM. Lachèvre et Durand- Lapie, qui ne se sont pas aperçus qu'elle avait été publiée antérieurement, l'ont reproduite (Deux homonymes, p. 95) d'après le Recueil de Du Bray de 1630 où elle porte la mention : « Pour un maistre de camp à une princesse ». On serait porté à \ croire que c'est le comte de Carmain, mestre de camp du duc de Montmorency, qui l'a prononcée, si l'on ne savait que ce gentilhomme ne put assister à cette fête: attendu que ses chefs l'avaient envoyé, dès le mois de janvier, dans le comté de! Foix, et si cette pièce ne figurait dans le ms. 843 de la Bibl. de Toulouse, f° 1 avec la mention : « Pour monseigneur le prince faisant le maître de camp ».

MAINARD PRÉSIDENT AU PRÉSIOIAL d'aURILLAC 185

Des gentilshommes travestis en « Quinola ' », en « empyriques », en « débauchés2 » vinrent débiter des strophes et montrer la souplesse de leurs jambes et la rondeur de leurs mollets. Il y eut une entrée de fous" dont l'amour, cela va sans dire, avait brouillé le cerveau. Naturellement, ils ont gardé en cette conjoncture une once de raison, car, refusant de prendre de l'ellébore, ils chérissent une maladie qui leur procure de bien douces visions :

Combien de fois ay-je pesté Contre ceux qui me viennent dire Qu'un fou recouvre la santé A mesme temps qu'il la désire.

L'ardente fièvre qui m'assaut, Porte aujourd'hui mes vœux si haut Et fait leur route si hardie, Que j'empirerois ma raison Si je cherchois la guérison D'une si belle maladie 4 !

A l'époque de sa vie à laquelle nous voici parvenus, Mainard n'exerçait plus d'une manière effective la charge de président au présidial d'Aurillac. Un cahier, dans lequel un anonyme de cette ville a consigné, au début du xvme siècle, d'après les documents qu'il avait à sa disposition, des notes ayant trait à l'histoire locale, nous apprend que Me Henri Darches, ayant acheté la charge de président a du sieur Maynard, poète fameux, vint s'établir de la petite ville de Beaulieu sur la Dordogne, province du Limousin, vicomte de Turenne, en la ville d'Aurillac ». Or, un acte découvert dans les Archives départementales du Cantal5 par M. l'archiviste Jean Delmas, qui a eu l'extrême complaisance

1. Au jeu de reversi le valet de cœur, principale carte de ce jeu.

2. V. Durand-Lapie et Lachèvre, o. c, pp. 96 et 101, épigrammes.

3. V. les deux épigrammes pour un ballet de fous dans Durand-Lapie et Lachèvre, o. c, p. 96.

4. Ms. 8i3 de la Bibl. de Toulouse, f° 405. o. Minutes Cailar, an 1628, f° 336.

de nous en communiquer la teneur, nous apprend que le 13 mai 1628, « en la ville d'Aurillac et maison de Monsieur Me Henri Darches, conseiller du Roy, nostre sire, et président au bailliage et siège présidial du Hault-Auvergne, estably en la présente ville d'Aurillac... a vendu... à Pierre Delpuech un chaptal de maison... sciz et scitué audit Aurillac et rue appelée des ponts martis... » Gomme nous le fait remarquer M. J. Delmas, Mainard acheta le 16 octobre 1623 de Fr. de Cambolas1, pour la somme de 2500 livres tournois, a une maison seize et scituée en ladite ville d'Aurillac et rue appellée la placette del baudon... plus un chazal de maison joignant la basse court de la susdite maison, respondant sur icelle et sur la rue appellée des pontz martis » \ La confrontation de ce chazal étant exactement la môme que celle de l'immeuble qui fait l'objet de la vente du 13 mai 1628, il est permis d'en inférer, d'abord, que Mainard avait cédé à son successeur l'une des deux maisons" qu'il possédait dans le cheflieu du Cantal et, en second lieu, que, bientôt après, Henri Darches se défit d'une partie de cette propriété. Notons que dans le document mentionné du 16 octobre 1623, ainsi que dans un acte du 15 octobre 1626 où Mainard est cité comme témoin de Fr. de Cambolas, on donne à notre auteur l'appellation de président au présidial d'Aurillac. C'est dans la pièce sus-mentionnée du 13 mai 1628 que, pour la première fois, un autre personnage que Fr. Mainard porte le titre dont jusqu'à cette date ce dernier était le seul détenteur. On ne saurait conjecturer qu'il y avait àl cette date deux magistrats à la tête du tribunal suprême j de la Haute-Auvergne, car ce ne fut que par un éditj de septembre 1633 que Louis XIII créa au présidial d'Aurillac, comme dans les tribunaux similaires du royaume, un office de) second président4.

1. On se rappelle que ce conseiller à la Cour de Toulouse avait épousé Annt la nièce du poète, la fille de Jean de Mainard.

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