‹ Le poète Louis BouilhetChapitre 11 sur 16 · DOLORÈS · texte numérisé non relu

DOLORÈS

Sire, elle est dans mes larmes.

Mais le vrai coupable est bientôt connu : c'est le bandit soudoyé par Roxas ; Laura est en fuite, et dans sa maison on a trouvé le gant de Fernand : « Vous entendez bien tous, » s'écrie Fernand en montrant la jeune fille,

Vous entendez bien tous : je n'étais pas chez elle !

On s'empresse autour de Dolorès que sa force abandonne. Mais ce n'est pas l'émotion qui la terrasse, c'est le poison. Avant de sacrifier son honneur, elle a disposé de sa vie. Elle n'a pas voulu être la femme de celui qui l'a trahie, que son amour lui commande de sauver, mais que sa fierté ne lui permet pas d'épouser. Elle meurt, et Fernand, saisissant son épée, se tue.

Tel est ce drame de Dolorès : les belles scènes n'y sont pas rares ; l'entrevue de Fernand avec son père est magnifique ; tout le quatrième acte est d'un sombre pathétique. Les caractères principaux sont bien tracés. Dolorès est héroïque comme Chimène, gracieuse comme don a Sol. Laura et d'Avila semblent une Célimène et un petit marquis. Roxas, un Arnolphe. J'ai déjà dit un mot des rôles de don Pèdre et du roi. Enfin, don Fernand est un caractère bien vivant. C'est l'Espagnol ardent, tout d'une pièce, absolu dans sa passion du moment. C'est le soldat amoureux de ce conte de Mérimée qui, adapté à la scène, donnera le délicieux libretto de Carmen. Le simple soldat abandonne sa rustique fiancée pour la bohémienne dont le charme malsain l'enivre; l'officier provincial oublie la jeune fille qu'il aime, pour une coquette de cour. C'est le même caractère espagnol, aussi vrai, qu'il s'agisse de l'amant de doîia Laura ou de celui de Carmen.

Comment se fait-il qu'avec des caractères bien tracés et une intrigue pathétique, malgré des lenteurs, le drame ne nous plaise pas? C'est qu'il manque de cohésion; infidèle à ses scrupuleuses habitudes de savant, Bouilhet n'est pas ici sur un terrain solide ; son drame flotte entre l'opéra, la comédie et le mélodrame. Nous ne savons pas où nous sommes, nous manquons de point de repère au milieu de cette Espagne de convention, gouvernée par un roi anonyme. Tantôt nous croyons entendre les héros du Cid, puis la forte chanteuse des Mousquetaires ou le ténor de la Favorite.

Qu'on se le rappelle : sans essayer de restituer les héros de l'histoire, dans tous ses drames, Bouilhet met à la perspective quelque personnage historique, qui fixe le premier plan où la scène se passe. Les délails alors ne manquent pas, qui montrent que la pièce ne pouvait avoir lieu à une autre époque que celle où il la place. Dans Madame de Mon-

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