Hymen signilic ici l'union, le lien
Suit d'un pas chancelant, ou perd la vérité. Mais celui qui, touchant au terme qu'il implore, Voit du jour éternel él inceler l'aurore, Comme un ravon du soir remontant dans les cieux, Exilé de leur sein, remonte au sein des dieux; Et, buvant à longs traits le nectar qui l'enivre. Du jçur de son trépas il commence de vivre * !
(( — Mais momir c'est souffrir; et souffrir est un mal. ■ — Amis, qu'en savons-nous? Et quand l'instant fatal. Consacré par le sang conmic un grand sacrifice, Pour ce corps immolé serait un court supplice. N'est-ce pas par un mal que tout bien est produit? L'été sort de l'hiver, le jour sort de la nuit. Dieu lui-même a noué cette éternelle chaîne; Nous fûmes à la vie enfantés avec peine. Et cet heureux trépas, des faibles redouté, N'est qu'un enfantement à l'immortalité !
a Cependant de la mort qui peut sonder l'abîme! Les dieux ont mis leur doigt sur sa lèvre sublime : Qui sait si dans ses mains, prêtes à la saisir, L'âme, incertaine, tond)e avec peine ou plaisir? l'our moi, qui vis encor, je ne sais, mais je pense Qu'il est quelque mystère au fond de ce silence ; Que des dieux indulgents' la sévère bonté A jusque dans la mort caché la volupté. Comme, en blessant nos cœurs de ses divines armes, L'Amour cache souvent un plaisir sous des larmes! »
I. Comparer ces vers avec ceux de V. Hugo au v» acte de Marion Dclorme (se. m).
« Je disais donc qu'après Après la mort, — qu'on ait mis le cadavre en claie, Qu'on ait sur cliaque niemljrc éiarpi quelque plaie, Uu'ou ait tordu les bras, qu'on ait brisé les os, Qu'on ait souillé le corps, de ruisseaux en ruisseaux, De toule celte chair morte, sanglante, inqiure. L'âme immortelle sort sans tache et sans blessure. »
I/incrédule Cébès à ce discours sourit ;
— « Je le saurai bientôt », dit Socrate, Il reprit :
« Oui : le premier salut de l'homme à la lumière, Quand le rayon doré vient baiser sa paupière. L'accent de ce qu'on aime à la lyre mêlé. Le parfum fugitif de la coupe exhalé, La saveur du baiser, quand de sa lèvre errante L'amant cherche, la nuit, les lèvres de l'amante, Sont moins doux à nos sens que le premier transport De l'homme vertueux affranchi par la mort! Et pendant qu'ici-bas sa cendre est recueillie, Emporté par sa course, en fuyant il oublie De dire même au monde un éternel adieu : Ce monde évanoui disparaît devant Dieu!
(( — Mais quoi! suffit-il donc de mourir pour revivre?
— Non ; il faut que des sens notre âme se délivre. De ses penchants mortels triomphe avec effort; Que notre vie enfin soit une longue mort!
La vie est le combat, la mort est la victoire. Et la terre est pour nous l'autel expiatoire Où l'homme, de ses sens sur le seuil dépouillé, Doit jeter dans les feux son vêtement souillé, Avant d'aller offrir, sur un autel propice. De sa vie, au Dieu pur, l'aussi pur sacrifice ' !
« Ils iront, d'un seul trait, du tond)eau dans les cieux, Joindre, où la mort n'est plus, les héros et les dieux. Ceux qui, vainqueurs des sens pendant leur courte vie, Ont soumis à l'esprit la matière asservie, Ont marché sous le joug des rites * et des lois,
1. On trouve ici rexposilion très neUe de la Uicorie de l'imniorlalité iiu'i'itôp, que nous avons cxi)osêe : les vers suivants en contiennent le (léveloppeincnt.
2. Expression vague et mènie, au font!, inexacte : les rites sont la
Du juge intérieur interrogé la voix, Suivi les droits sentiers écartés de la foule. Prié, servi les dieux, d'où la vertu découle, Souffert pour la justice, aimé la vérité, Et des enfants du ciel conquis la liberté!
(( Mais ceux qui, chérissant la chair autant que l'âme, De l'esprit et dos sens ont resserré la trame. Et prostitué l'âme aux vils baisers du corps, Comme Léda * livrée à de honteux transports, Ceux-là, si toutefois un dieu ne les délivre. Même après leur ti'épas ne cessent pas de vivre. Et des coupables nœuds qu'eux-méme ils ont serrés Ces mânes - imparfaits ne sont pas délivrés. Comme à ses fils impurs Arachné'' suspendue. Leur âme, avec leur corps mêlée et confondue. Cherche en vain à briser ses liens flétrissants : L'amour qu'elle eut pour eux vit encor dans ses sens; De leurs bras décharnés ils la pressent encore. Lui rappellent cent fois cet hymen qu'elle abhorre. Et, comme un air pesant qui dort sur les marais. Leur vil poids, loin des dieux, la retient à jamais! Ces mânes gémissants, errant dans les ténèbres. Avec l'oiseau de nuit jettent des cris funèbres; Autour des monuments, des urnes, des tombeaux. De leur corps importun traînant d'affreux lambeaux. Honteux de vivre encore, et fuyant la lumière. A l'heure où l'innocence a fermé sa paupière,
partie extérieure et cérémoniclle du cuite ; ce n'est pas de les observer qui constitue la haute vertu idéaliste dont parle Socrate. Il faut entendre : ceux qui ont toujours lait le Dien.
1. Reine de Sparte, fameuse par l'amour monstrueux qu'elle conçut pour un cygne.
2. Les niànes sont les âmes des morts, que les anciens croyaient devoir êtie encore liées à un fantôme matériel. Lps o mânes imparfaits » sont ceux qui ne sont point encore arrivés à s'alfiancliir do ce rcsle du corps.