HyincUc, montagne de l'Allique, rononirure pour son miel
2. Thésée, héros grec, roi d'Atlièncs, dont la vie est à demi historique, à demi lalmleuse. Son principal exploit fut de délivrer les Athéniens du tribut de sept jeunes garçons cl de sept jeunes filles qirils envoyaient chaque année pour servir de pâture au Jlinotaure. Thésée tua ce monstre. « On raconte que, lors de son dépari, les Athéniens firent vœu à Apollon, si Thésée et ses compagnons échappaient à la mort, d'envoyer chaque année à Délos une ^/i<*^o;ve ou ambassade .» [Ptaton-le Phédon.)
Une partie du « Temple de Tliéséc » subsiste encore aujourd'hui : c'est un édilicc d'onlic do)irjiic qui date environ du v siècle avant J.-C.
3. Le Parthénou est le jpIus beau des moiumients à demi ruinés qu'on admire encore à Athènes. C'était un temj)le élevé par Péridés sur l'.lrropole, en l'honneur de Minerve-Pallas, la déesse vierge (en grec j'arthcnos). Ses travaux furent conduits par les architccles Ictinus et Callicrale (vers AÔS av. J.-C), sous la direction du grand sculplem' Phidias qui en scul|>ta les métopes (bas-reliefs latéraux.
4. Le Pirée est le port d'Athènes, ville située à quelques kilomètres de la mer.
5. « Une loi ordonne que la ville soit pure et défend d'exéculrr aucune sentence de mort avant que le vaisseau soit revenu de Délos à Athènes. » [Plaion-lc Phédon.)
LA MORT DE SOCItATE. l\
Ou que le malheureux, en fermant sa paupière, N'eût à pleurer deux fois la vie et la lumière! Ainsi l'homme exilé du champ de ses aïeux Part avant que l'aurore ait éclairé les cieux.
Attendant le réveil du fds de Sophronique', Quelques amis en deuil erraient sous le portique '; Et sa femme, portant son fils sur ses genoux, Tendre enfant dont la main joue avec les verrous, Accusant la lenteur des geôliers insensibles, Frappait du front l'airain des portes inflexibles. La foule, inatlentive au cri de ses douleurs. Demandait en p.issant le sujet de ses pleurs, Et, reprenant bientôt sa course suspendue, El dans les longs parvis par groupes répandue, Recueillait ces vains hruits dans le peuple semés, Parlait d'autels détruits et des dieux blasphémés. Et d'un culte nouveau corrompant la jeunesse. Et de ce Dieu sans nom, étranger dans la Grèce ^! C'était quelque insensé, quelque monstre odieux, Quehiue nouvel Oreste* aveuglé par les dieux. Qu'atteignait à la fin la tanlive justice. Et que la terre au ciel devait en sacrifice!
1. Ou philùldi^ Sopliioniaquc, car tel était le nom du père de Socrale.
2. Le l'/ie'don cite les noms de ces amis; la plupart sont peu connus, sauf Anlistliùne, le chef de l'Ecole cyni<iue, et Euclide, le clief de l'Ecole inéf^arique'. « l'ialon était malade, Aristippe Relief de l'Ecole cyrénaï(iue), absent, ainsi que Ciéondjmte. » Ce dernier, lorsqu'il lut le dialojjue, trouva dans celte phrase un reproche auquel il fut si sensible ipt'il se jeta dans la mer, par désespoir. Il n'est nidle part question d'Anaxa^^ore ([lie Lamartine a cru devoii-, un peu plus loin, introduire dans le poème.
ô. Ce sont là les priiicii)aux {griefs alléj;ués par Anytus et Mclitus, et sur lesquels Socrate avait été condamné.
4. Oreste, lils d'A|:ameumon et de Clytomnestre, vengea la mort de son père par le meurtre de sa mère, et tomba en proie à une folie furieuse (pic les Grecs attribuaient aux déesses Euménides.
Orcrtc est la plus illustre des victimes de la Fatalité antique.
Socrale! et c'était toi qui, dans les fers jeté, Mourais pour la justice et pour la vérité ! ! !
Enfin de la prison les gonds bruyants roulèrent; A pas lents, l'œil baissé, les amis s'écoulèrent. Mais Socratc, jetant un regard sur les flots, Et leur montrant du doigt la voile vers Délos' : « Regardez sur les mers cette poupe fleurie. C'est le vaisseau sacré, l'heureuse Théorie ! Saluons-la, dit-il : cette voile est la mort! Mon âme, aussitôt qu'elle, entrera dans le port! Et cependant parlez; et que ce jour suprême. Dans nos doux entretiens, s'écoule encor de même! Ne jetons point aux vents les restes du festin; Des dons sacrés des dieux usons jusqu'à la fin : L'heureux vaisseau qui touche au terme du voyage Ne suspend pas sa course à l'aspect du rivage ; Mais, couronné de fleurs, et les voiles aux vents, Dans le port qui l'appelle il entre avec des chants!
« Les poètes ont dit (ju'avant sa dernière heure En sons harmonieux le doux cygne se pleure : Amis, n'en croyez rien! l'oiseau mélodieux D'un plus sublime instinct fut doué par les dieux. Du riant Eurotas- près de (piitter la rive, L'âme, de ce beau corps à demi fugitive. S'avançant pas à pas vers un monde enchanté, Voit poindre le jour pur de l'immortalité, Et, dans la douce extase où ce regard la noie, Sur la terre en mourant elle exhale sa joie. Vous qui près du tombeau venez pour m'écouter,
•1. Ile qui fait pnriio du groupe des Cycladcs, et qui était alors Iriliutairc d'Aliiènos. Siège d'un lcnii)ie fameux dédié à Apollon.
2. Eurotas, fleuve de Laconie qui passait à Sparte. Ses bords étaient couvci'ts de lauriei-s-roscs.
Je suis un cygne aussi; je meurs, je puis chanter* ! «
Sous la voûte, à ces mots, des sanglots éclatèrent; D'un cercle plus étroit ses amis rentourèrent : « Puisque tu vas mourir, ami trop tôt quitté, Parle-nous d'espérance et d'immortalité ! — Je le veux bien, dit-il; mais éloignons les femmes; Leurs soupirs étouffés amolliraient nos âmes; Oi', il faut, dédaignant les terreurs du tombeau. Entrer d'un pas bardi dans un monde nouveau!
« Vous le savez, amis; souvent, dés ma jeunesse, Un génie- inconnu m'inspira la sagesse, Et du monde futur me découvrit les lois; Était-ce quelque dieu cacbé dans une voix? Une ombre m'embrassant d'une amitié secrète? L'écho de l'avenir? la muse du poète''? Je ne sais; mais l'esprit qui me parlait tout bas. Depuis que de ma fm je m'approche à grands pas. En sons plus élevés me parle, me console; Je reconnais plus tôt sa dixine parole, Soit qu'un cœur affranchi du tumulte des sens Avec plus de silence écoute ses accents; Soit que, comme l'oiseau, l'invisible génie Redouljle vers le soir sa touchante harmonie; Soit plutôt ({n'oubliant le jour qui va finir, Mon âme, suspendue aux bords de l'avenir. Distingue mieux le son qui part d'un autre monde, Comme le nautonier, le soir, errant sur l'onde, A mesure qu'il vogue et s'approche du bord,
1. CeUe période, admiraljleincnt coiuluite, est une des plus belles qui existent dans la poésie française.
2. Le « génie » de Socrale a été l'objet d'une curieuse étude du D' Lélut.
5. Laniarlinc, comme V. Hugo, considère le Poète comme un être supérieur animé d'une inspiration divine.
Dislingue mieux Ja voix qui s'élève du port. Cet invisible ami jamais ne m'abandonne, Toujours de son accent mon oreille résonne, Et sa voix dans ma voix parle seule aujourd'hui; Amis, écoutez donc! ce n'est plus moi, c'est lui!... »
Le front calme et serein, l'œil rayonnant d'espoii-, Socrate à ses amis fit signe de s'asseoir; A ce signe muet soudain ils obéirent.
Et sur les bords du lit en silence ils s'assirent : Simmias abaissait son manteau sur ses yeux- Criton d'un œil pensif interrogeait les cieux; Cébès penchait à terre un front mélancolique; Anaxagore, armé d'un rire sardonique, Semblait, du philosophe enviant l'heureux sort, Rire de la fortune et défier la mort!
Et, le dos appuyé sur la porte de hppuze, Les bras entielacés, le serviteur des Onze*, De doute et de pitié tour à tour combattu, Murmurait sourdement : « Que lui sert sa vertu? » Mais l'hédon, regrettant l'ami plus que le sage, Sous ses cheveux épars voilant son beau visage, l*lus près du lit funèbre aux pieds du maître assis, Sur ses genoux plies se penchait connue un fils. Levait ses yeux voilés sur l'ami qu'il adore, Rougissait de pleurer, et le pleurait encore!
Du sage cependant la terrestre douleur ÎN'osait^ point altérer les traits ni la couleur; Son regard élevé loin de nous semblait lire; Sa bouche, où reposait son gracieux sourire, Toute prête à parler, s'entr'ouvrait à demi; Son oreille écoutait son invisible ami;
1. C'était le tribunal des Uinc (\n\ avait coiulamné Socrale.
2. L'expression « oser » npiiliqiiéc à la douleur n'est pas d"nn poût irréprocliable : on voudrait qu'elle fût au moins tempérée p:ir un mot tel ipie « srnililait ne pas oser ».
Ses cheveux, effleurés du souffle de l'automne, Dessinaient sur sa têle une pâle couronne, Et, de l'air matinal par moments agités, Répandaient sur sou front des reflets argentés; Mais, à travers ce front où son âme est tracée, On voyait rayonner sa sublime pensée, Gomme, à travei's l'albâtre ou l'airain transparents, La lampe, sur l'autel jetant ses feux mourants, Par son éclat voilé se trahissant encore, D'un reflet lumineux les frappe et les colore. Comme l'œil sur les mers suit la voile qui part, Sur ce front solennel attachant leur regard, A ses yeux suspendus, ne respirant qu'à peine, Ses amis attentifs retenaient leur haleine; Leurs yeux le contemplaient pour la dernière fois-. Us allaient pour jamais emporter cette voixM Comme la vague s'ouvre au souffle errant d'Éolc, Leur âme impatiente attendait sa parole. Enfin du ciel sur eux son regard s'abaissa. Et lui, comme autrefois, sourit et commença :
« Quoi! vous pleurez, amis! vous pleurez quand mon âme. Semblable au pur encens que la prêtresse enflamme, Affranciiie à jamais du vil poids de son corps. Va s'envoler aux dieux, et, dans de saints transports. Saluant ce jour pur, qu'elle entrevit peut-être. Chercher la vérité, la voir et la connaître! Pourquoi- donc vivons-nous, si ce n'est pour mourir? Pourquoi pour la justice ai-je aimé de soullVir?
1. La pensée n'est pas claire : ses amis allaient, pour la dernière fois, recueillir celte voix et en emporter le souvenir qui ne serait plus jamais inoclilié.
2. Le mot pourquoi doit être ici pris à la lettre : quel est le but de la vie'.' c'est de nous détacher progressivement de l'empire des sens, de manière ([uc la mort n'ait qu'un clFort à (aire pour libérer délinitiveinent notre ànie. C'est dans ce sens que la vie peut être considérée coiinnc une longue préparation à la mort.
Pourquoi dans celte mort qu'on appelle la vie.
Contre ses vils penchants luttant, quoifiue asservie,
Mon âme avec mes sens a-t-elle combattu?
Sans la mort, mes amis, que serait la vertu?...
C'est le prix du combat, la céleste couronne
Qu'aux bornes de la course un saint juge nous donne;
La voix de Jupiter* qui nous rappelle à lui!
Amis, bénissons-la ! Je l'entends aujourd'hui :
Je pouvais, de mes jours disputant quelque reste, ^
Me faire répéter deux fois l'ordre céleste - :
Me préservent les dieux d'en prolonger le cours!
En esclave attentif, ils m'appellent, j'y cours!
Et vous, si vous m'aimez, comme aux plus belles fêtes,
Amis, faites couler des parfums sur vos tètes!
Suspendez une offrande aux murs de la pi'ison!
Et, le front couronné d'un verdoyant feston.
Ainsi qu'un jeune époux qu'une foule empressée.
Semant de chastes fleurs le seuil du gynécée"'.
Vers le lit nuptial conduit après le bain.
Dans les l)ras de la mort menez-moi par la main!...
« Qu'est-ce donc que mourir? Briser ce nœud infâme. Cet adultère hymen * de la terre avec l'âme, D'un vil poids, à la tombe, enfin se décharger! Mourir n'est pas niourii", mes amis, c'est changer! Tant qu'il vit, accablé sous le corps qui l'enchaine. L'homme vers le vrai bien languissamment se traîne, Et, par ses vils besoins dans sa course arrêté,
i. Jupiter représente ici Dieu lui-même, le Dieu unique qu'adorent les chrétiens cl qu'entrevoyait déjà Socrate.
2. Eu me soustrayant à la mort, soit par une défense séripuse devant le tribunal (on sait (jue Socrate dédaigna de plaider sa cause et ne fit dans son discours ((u'irriler la liaino de ses adversaires : V. l'Apologie lie Sociale de l'Iaton). soit en s'éclKipinint de pri:*on, comme ses disciples le sujiijliaient de le taire.
3. Le pynécée est le lieu de l'iiabilaliou antique où se tiennent les fennnes et les enfants, et c'est ici la chambre de l'épouse.