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Le « glas » mortuaire que sonnent les cloches

6. Libérateur s'applique à l'.^nge de la mort, « céleste messager »

L'nninRTAI.ITÉ. 75

Que t'a prêté longtemps l'épouvante ou l'erreur; fj

Ton bras n'est point armé d'un glaive destructeur,

Ton front n'est point cruel, ton œil n'est point perfide;

Au secours des douleurs un Dieu clément te guide;

Tu n'anéantis pas, tu délivres : ta main,

Céleste messager, porte un flambeau divin : 50

Quand mon œil fatigué se ferme à la lumière,

Tu viens d'un jour plus pur inonder ma paupière ;

1 1 l'espoii- près de toi, rêvant sur un tombeau.

Appuyé sur la foi, m'ouvre un monde plus beau'.

Mens donc, viens détacher mes cbaînes corporelles! 23

Viens, ouvre ma prison; viens, prête-moi tes ailes! (jue lardes-tu? Parais; que je m'élance enfin Vers cet être incoimu, mon principe et ma fin *!

Qui m'en a détaché? Qui suis-je, et que dois-je être"?

qui viciU lui annoncer que lo temps de partir est venu. Compare? de mèmi' à la Jeune Captive :

S'il est des jours amers, il en est de si doux! Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts? Quelle mer n'a jioint de tempête?

0 mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi!

t. A rapprocher encore des vers où Didier, au cinquième acte de Mun'on Dclormc, ul'lirme sa croyance à l'immorlalité :

li'àme lève du doigt lu couvercle de pierre Et s'envole...

2. Toute cette invocation est admirable, et rappelle les adieux de Socralc à la vie, que Lamartine a si éloqucmment traduits (voyez plus haut, Movl (le Sociale).

"). Là commence à se ];osor la « question de l'inmiortalité », que 'le poète prétend traiter didactiquement dans cette pièce. A la a tliése » exposée plus loin (v. 45 : Oui, tel est tnon espoir...] sera opposée « l'oh- Jcction » (v. 5") : l'ain espoir...), puis la « réponse » et les « argumenls » qui pai-aisscnt jnslilior en (in de compte la croyance spiritualisto.

7i LAMARTINE.

Jfi meurs, et ne sais pas ce que c'est (jue de naître. 50

Toi qu'en vain j'interroge, esprit, hôte inconnu*,

Avant de m'aninier^ quel ciel habitais-ln?

Quel pouvoir t'a jeté sur ce globe IVagile"?

Quelle main t'enferma dans ta prison d'argile ^?

!*ar quels nœuds étonnants, par quels secrets rapports 33

Le corps tient-il à toi comme tu tiens au corps'?

(Juel jour séparera l'àmc de la matière?

Pour (juel nouveau palais quitleras-tu la terre?

As-tu tout oublié? Par delà le tombeau.

Vas-tu renaître encor dans un oul)li nouveau? 10

Vas-tu recommencer une semblabK' vie'?

(Ju, dans le sein de Dieu, ta source et ta patrie,

Affranchi pour jamais de tes liens mortels,

Vas-tu jouir enfin de tes droits éternels?

Oui, tel est mon espoir, ô moilié de ma vie*! 15

C'est par lui que déjà mon àme rafl'ei'mie

A pu voir sans effroi sur tes traits enchanteurs

l. C'est son propre esprit que le poète iiiferroore. et il l'appelle hole inconnu, parce qu'il ne sait point d'où il vient ni où il va.

'2. Avant, de m'aiiinier. Il l'aiit se rendre coiniJte de cette distinction : Le poète sépare sa pensée de son ?uoi, c est-à-dire de la mihittance Kpiritaclle i\\n est le principe de sa vie. Le moi consiste dans la personne tout entière, âme et corps, et il peut s'opposer à l'esprit tjui l'anime.

3. Le poète a l'épondu Itii-inèine à cette question lians un vers connu :

L'iioiiinie est uu Dieu toMiIx'! cpii se souvient des citux.

4. lîien des théories ont été proposées par les pliilosoplics |(iiu' expli([uer l'union de l'ànie et du corps, considérés connne deux substances distinctes (selon la doctrine carlésieiniel. et aucune ne parait définitive. Les plus célèbres sont celles de Malebranclie (les causes occasionnelles), de Leibniz l'iiarmonie préétablie), de Cudwortli (médiateur plastique).

5. La « résurrection » et la « métempsycose » ]iaraissenl. eu effet, vraisemblables, si l'on admet rorif,Mne divine et la vie éternelle de l'iïme.

U. Le poète s'adresse ici à la pei-sonne aimée, que son amour

L'IMMOIITALITE. 7j

So, faner du printemps les brillantes coiiliuirs;

(l'est par lui que, percé du trait (|iii me déchire',

Jeune encore, en mourant vous me verrez sourii-e-. 50

Kt que des pleurs de joie, à nos derniers adieux,

A ton dernier regard, brilleront dans mes yeux^.

(( Vain espoir! » s'écrira le troupeau d'Kpicure S

Et celui dont la main disséquant la nature,

Dans un coin du cerveau nouvellement déciit Sj

Voit penser la matière et végéter l'esprit ■'.

mêinc l'empêche de croire nioitcllc. Tel est, en effet, le sens dernier du morceau :

J'jiimc. il faut que j'esjiére....

Vois mourir ce ([ui t'aime, Elvire, et l'éponds-moi !

1. Il s'agit ici d'une douleur morale (« J'étais alors plonfjé dans la nuit de l'àme », dit-il dans son commentaire), qui lui faisait partager le chagrin de la malade à qui il s'adressait.

2. le poète n'avait (|ue vingt-huit ans lorsque les premières Mctlita- (io)is parurent; il devait heureusement survivre cinquante ans à ce déscsiioir.

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