‹ Le poète mourant (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · C/i. (le Pomairols, ibid., p. 'Jj · texte numérisé non relu

C/i. (le Pomairols, ibid., p. 'Jj

avec les théories philosoplii(iuos qu'il exposera plus tard dans la Mo)i de Socrule et mettra en œuvre dans le Poète mourant. 11 no songe pas encore à déduire l'immortalité des plus hautes fonctions de l'esprit, de l'enthousiasme poétique et de la réflexion philosoplii(iue.

H en trouve une preuve sufllsante dans le lait même de l'amour,

sentiment immatériel et idéal tel qu'il le comprend, alllrmation

positive et infrangible de la spiritualité essentielle de notre être.

La suite des idées est facile à suivre dans ce poème qui est un

des plus achevés de l'auteur.

— La mort effraye bien des hommes, mais non le poète. Il sait • pTelle ouvre un monde plus beau; il la presse devenir le déhvrer des ses chaînes corporelles.

C'est cet espoir qui raffermit son âme, lorsqu'il pense que son amie peut lui être ravie. Lui aussi, il est prêt à mourir avec elle. « Vain <;spoir ! crient les savants tournés vers la matière. Tous les êtres de l'univers, depuis le brin d'herbe jusqu'à la planète, vieillissent et meurent. » Mais qu'importent ces apparentes évidences'? Ce poète est sûr de son éternité, parce qu'il est issu de Dieu qu'il sent présent en lui, et la ruine même des mondes ne le ferait pas douter un instant de la survivance de l'àme. Souvent, il a écliangé ces idées avec sa bieu-airnée : c'est alors, pendant ces cliastes entretiens, que le trépas aurait dû les frap[)er....

Peut-on douter de l'innnorlalité quand on aime? L'amour a soif d'éternité; c'est lui qui a raison contre la mort. —

Toute critique désarme devant ces beaux vers : à peine ose-t-on objecter que l'accent personnel, où ils puisent une si poignante (■•lo(|uence, ôte toute valeur à l'argumentation.

« J'aime, il faut que j'espère.... » l'eut-on faire ainsi dépendii' tout l'édilice de la croyance ou plutôt de la plnlos()i)hi(', d'ini sentiment aussi individuel, aussi contingent (jue l'amour? Si Lamartine n'aimait pas, n'aurait il plus ni foi ni espérance? Ou regrette de voir glisser au madrigal un iioènie d'une aussi grave beauté'. L'Immortalité en effet, quoique inachevée, comme Lamartine nous en avertit dans un de ces commentaires où il semble touj'iuis faire fi de son œuvre, peut-être pour mieux grandir l'ouvrier, l'Immortalité est un des plus purs chefs-d'œuvre de notre poésie. On a pu y relever une série d'apostrophes qui donnent à l'inspiration nue forme (jucbiue peu di'clamaloire : » (Ju'un autre à cet aspect : o — » Je te salue, ô mort.... n — y Vain eb]ioir.

s'écriera.... « — « Qu'an autre vous réponde.... » — « Souvent tu t'en souviens.... » — etc. Mais il est impossible de ne pas admirer sans réserve le mouvement harmonieux et large de ces périodes, le souffle de ces nobles alexandrins, l'enthousiasme croissant qui fait surgir d'une tristesse d'àme un hymne à l'amour, à l'éternité et à Dieu.

Le soleil de nos jours pâlit dès son aurore ' ; Sur nos fronts languissants à peine il jette euooie (Jiiolques rayons tremblants qui combattent la nuit : L'ombre croit, le jour meurt, tout s'elïace et tout luit.

Ou'un autre à cet aspect frissonne et s'attendrisse*, 5

(Ju'il recule en tremblant des bords du précipice^, (Ju'il ne puisse de loin entendre sans frémir Le triste chant des morts tout prêt à retentir, Les soupirs étouffés d'une amante ou d'un frèi-e Suspendus* sur les bords de son lit funéraire, 10

Ou l'airain gémissant, dont les sons éperdus^ Annoncent aux murlels ({u'un malheureux n'est plus!

Je te salue, ô mort! Libérateur célesteS

Tu ne m'apparais point sous cet aspect funeste

1. Nolro vie est iiresquo aussitôt aclievt'e que eniimieiirée: les qiieiqucs rayons Imnhtants sont les jours ou les aiinee.s qui vont bientôt se pcrdie dans ronibre de la mort.

2. Audi-é (^liénier l'ait dire à la Jcitiie Cnpliie, dans uu sens précisément contraire :

(lii'un sloïque aux yeux secs vole embrasser la mort! Moi je pleure et j'espère.

5. Qu'il recule loin des bords du précipice inooiiuii où la mort l'entraîne.

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