‹ Le poète mourantChapitre 7 sur 16 · Comparer le Mazeppa de V. Hugo · texte numérisé non relu

Comparer le Mazeppa de V. Hugo

Ainsi lorsqu'un mortel sur qui son Dieu sétale S'est vu lié vivant sur ta croupe fatale,

Génie, ardent coursier.

En vain il lutte, hélas! tu bondis, tu l'empoi'les Hors du monde réel dont tu brises les portes

Avec tes pieds d'acier!

2. Sur les causes qui ont. am^né au xix° siècle une recrudescence d'enthousiasme lyrique (la lié\olulion, l'épopée napoléonienne, la l'énovalion sociale et intellectuelle, etc.), voyez le chapitre consacré à la poésie lyrique dans le Leau livre de M. Paul Albert, la Pocsic.

18 INTftOULCTlON.

Dans la Préface des MédUalionx, Lamartine, recherchant ce que

(pourra être la poésie au six' siècle, dont il pouvait espérer de donner lui-même la formule et le modèle, écrivait : (> Elle ne sera plus épique ni dramatique : elle sera de la raison chantée. Elle sera philosophique, religieuse, pohtique, sociale, comme les ^époques que le genre humain va traverser. Elle sera intime surtout, personnelle, mcdilntive et grave; non plus un jeu de l'esprit, un caprice mélodieux de la pensée légère et superficielle, mais l'écho profond, réel, sincère, des plus hautes conceptions de l'intelligence, des plus mystérieuses impressions de l'ànie. Ce sera l'homme lui-même et non plus son image, l'homme sincère et tout entier'. »

Voilà la définition la plus large et la plus philosophique que l'on puisse donner de la poésie lyrique. Certes une telle lâche est hien faite pour exciter cet « enthousiasme » qui parail, aux critiques superficiels, l'essence même du lyrisme et qui n'est rien si on le sépare de ses sources naturelles,- certes aussi « c'est à communiquer Irs sentiments exaltés de l'amour et de la religion* » que la poésie ainsi entendue doit s'employer tout entière; mais ce qui nous fra;>;)e surtout dans cette analyse c'est que l'élément fondamenia! en est la sincérité d'âme, l'émotion profonde et souvent poignante de la conscience en présence du mystère de noire être. « Le xix" siècle, dit encore M. Paul Albert, a créé un lyrisme nouveau,fa poésie individuelle la i)!us vibrante, la plus passionnée, la plus déiicifusement caressante. Plus d'épopées artificielles, plus de poèmes didactiques ou descriptifs, vains jeux de mots, tours de force puérils,\mais le Moi humain vibrant, et la nature associée aux orages du cœur. ))y v

Nul ne pouvait mieux réaliserc^ijdéaljque celui qui a pu dire, sans prétention, de ses propres œuvres : « Voilà les pages de ma vie intérieure, inspirées tantôt par la tristesse et tantôt parla joie, par la solitude et par le monde, dans mes heures de sécheresse ou d'enlhousiasme, de piière ou d'aridité » ; que celui qui, invité à s'expliquer sur le sens du mot Harmonies, répondait^ :

1. Voyez également, sur le rôle et la destinée de la poésie au dixneuvième siècle, la Préface de Cromwll et la Préface des Contemplations de V. Hugo.

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