JARDIN U' AGRÉMENT
Tulipe. — I^ tulipe est un œuf rouge, blanc, jaune ou bigarré, presque toujours
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solitaire sur une longue lige nue, droite, ronde, lisse, flexible. C'est une fleur très franche, qui ne dissimule point son goût pour les couleurs criardes. Rien n'est plaisant comme la fille d'un mandarin vêtue d'une robe violette, et qui porte sur l'épaule sa verte perruche et, dans la main, une tulipe pourpre qui semble un calumet embrasé.
FLORE SAUVAGE
Caltha palustris ou populage. — Sa corolle est un énorme bouton d'or un peu fauve. On dirait d'une ancienne pièce de cent francs. Pour la cueillir, on se met parfois dans la bouedu marais. Similitude.
Asphodèle. — La tige, longue et nue, se termine par un thyrse de petits lis allongés, pressés, blancs et jaunes, ce qui fait ressembler tout à fait cette plante à une quenouille. Je pense que, pour cette raison
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pcut-êlre, Jcs Grecs ornaient les tombes avec des asphodèles : nliusioa aux trois fujaèbres fileuscs. Je dédie cette hypothèse aux suvaiils.
Cliélidoine. — La répulalion de son suc jaune, pour faire disparaître les verrues, me semble surfaite. Une friction sèche et prolongée avec du savon de Marseille est un remède beaucoup plus efficace contre ce gcjirc de durillon.
Grand sceau- de -Salomon. — Qui n'a point observé le grand sceau-de-Saloraon ignore ce qu'est la grâce d'une courbe. On dirait qu'une brise conlinuelLe incline du même côté la lige, d'un vert glauque comme les feuilles, et les fleurs semblables à des pendants en larme, blancs à la gorge, verts à l'orifice, et disposées par trois ou cinq tout au long de la hampe. Le sceaude-Salomou, par l'agencement de ses verticilles, symbolise la sagesse et la poésie
de celui dont il porte le nom; la science aussi, par son rhizome persistant qui compte son âge en marquant d'une cicatrice chaque point d'où s'est élancée une tig-e annuelle.
FAUNE
Rossignol. — Tandis que les iris de Florence laissent perler, au bout de leurs tiges, une rosée qui scintille au clair de lune ; tandis que les cèdres opposent à ce clair de lune l'épaisse nuit de leurs pavillons, la jeune fille va s'endormir. Mais quelle est, au moment que son lit léger va fendre les flots du sommeil, la pensée qui la retient à demi éveillée? Elle-même ne saurait le dire. L'amour naissant est invisible. Cependant, la rêveuse pourrait croire qu'un aveu lui échappe, un aveu plus g-rave et plus doux que le sanglot d'une flûte. C'est une note qui se prolonge et qui semble ne
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devoir jamais finir, pareille à l'illusion de la prime adolescence. L'enfant s'est redressée, accoudée au coussin; elle comprend, à présent, que ce n'est point son cœur qui chante, mais un oiseau qui est enfermé dans ce cœur. Si pénétrante, en effet, la voix du rossignol, qu'il semble qu'il ait quitté la frêle grappe du lilas où il se balance, et soit venu faire son nid dans ce cœur de seize ans ! Trois soupirs lents, très lents, comme si la promesse devait être éternelle ; et puis, hélas ! la fugue, et presque un éclat de rire moqueur.
FETES
Les Rameaux. — C'est la plus attristante des fêtes ; clic nous montre ce que valent les lauriers, même décernés à Dieu, et quels lendemains nous préparent les apothéoses. Jésus, sur son ânon, ne fut point dupe : il savait que ces branches que
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l'on jetait à ses pieds seraient bientôt remplacées par les épines que l'on mettrait sur sa tête.
Pâques. — C'est la plus joyeuse des fêtes, car notre Dieu et tous ceux qui ressuscitent en lui ont fini de souffrir.
CHRONIQUE D'AVRUi
Je ne sais pour quelle raison on assigne au mensonge le premier de ce mois. Il est des gens qui, toute l'année, se permettent d'user de « poissons » dits d'avril. Et, rien de plus drôle, que de voir un blagueur fieffé se mettre en peine d'offrir à ses amis, ce jour-là, comme par exception, ce qu'il leur offre quotidiennement avec abondance.