LE MOIS DE SEPTEMBRE
ZODIAQUE
Septembre est soumis au régime de la Balance : les jours et les nuits, à présent de m^me durée, s'équilibrent. La lune, dans son plateau noir, fait contrepoids au soleil dans son plateau bleu. Il semble donc que notre satellite soit plus dense que l'Astre qui nous éclaire, puisque, plus petit que celui-ci, il se maintient à la même hauteur.
Il y a plusieurs balances :
II y a la balance du notaire, tenue par une femme solennelle, et que représente le dessin d'une feuille de papier timbrée à soixante centimes.
Il y a la balance de l'épicier : elle n'a jamais volé quoi que ce soit à son maître.
Il y a la balance de l'apothicaire, inquiète. Oh ! comme on voit qu'elle dose un poison subtil, lorsque le praticien, coiffé d'une
toque de velours, examine l'oscillant fléau, à travers les lunettes d'or qui doublent ses yeux verdâtres.
Et il y a la balance de l'orfèvre où quelque malheureuse sans pain a parfois jeté son anneau de mariage .
Il y a la balance de Dieu qui pèse toutes les autres balances.
HOROSCOPE
L'enfant née en septembre
Aura des cheveux d'ambre
Bouclés comme raisins,
Et la pomme est son teint.
Elle fera entendre
Cette voix grave et tendre
Qui traîne à l'horizon
Quand les vendangeurs rentrent
De la vendangeaison.
POTAGER
Tomate. — Lorsque le soleil, se rapprochant de l'Automne, commence de décli-
l'almÀnach du po^e nusTiQUK a5i
ner, il laisse choir un peu partout ses braises qui sont les tomates. Pauvres et bons légumes, et généreux comme les gens qui sont bons et pauvres ! Leur feu, pareil à celui de la charité, ne s'éteint pas, et même il continue d'égayer çà et là le regard du peuple qui jette les épluchurcs aux ruisseaux des faubourgs.
Aubergine. — Cette noire solanée, aux reflets violacés, a la forme d'une grosse saucisse plus renflée à un bout qu'à l'autre. Sa peau est luisante, lisse, tendue. Il y a une espèce qui est blanche, très vénéneuse, et qui donnerait son nom au genre (que l'on fait dériver d'albus, blanc). Ne serait-il plus simple de trouver l'étymoiogie d'aiibergine dans auberge? L'aubergine sombre est, en effet, un légume incomparablement fade qu'il faut, après en avoir ôté puis rejeté la chair, emplir de Jambon, d'ail, d'épices, en un mot de toutes provisions
solides que l'on trouve à l'ordinaire dans une auberg-e. Pas plus qu'on n'absorbe l'auberge, mais seulement ce qu'elle contient, on ne mange l'aubergine elle-même. L'aubergine se distingue de l'auberg-e en ce qu'elle n'attire pas les ivrognes.
Piment. — Un piment pointu, coupé long-itudinalement pour être mangé en salade, ressemble à une minuscule paire de souliers à la poulaine. Laissé sur pied, quand il rougit il a l'air d'un nez qui a trop bu.
VERGER
Pomme. — C'est le fruit le plus simple qui existe. Il en est de plusieurs couleurs : mais le classique est la pomme rouge.
Rien n'est plaisant comme un pommier naïf au milieu d'une pelouse, et ployant sous son faix. On dirait d'un ciel d'où sortent des centaines de figures d'anges
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poupons, avec, au bas des joues, des feuilles pour ailes.
Poirier. — Je retrouve, dans mes notes horticoles, cette définition que j'ai donnée du poirier : il est comme un pèlerin vêtu d'une robe conique, appuyé sur un bâton noueux, et il assiste à ce miracle que ses gourdes puisent leur eau fraîche dans le soleil.
JAHDIN d'agrément
Lcigerstncmin indica. — Rien n'est plus beau que le lag:erstrœmia, si beau qu'il se réserve cette saison, où presque tous les autres arbres sont dépouillés de fleurs, pour y trôner, solitaire par ses teintes, comme règne le rossignol par ses chants isolés dans le désert des nuits. Ce végétal singulier, au tronc musclé et presque sans écorce, aux feuilles lisses, arbore des quenouilles d'un rose indéfinissable, ou plutôt
des torches où flamboient les derniers couchants et les dernières aurores de l'été.
CHAMPS
Les maïs donnent un aspect tropical à la plaine. Ils plaquent çà et là des carrés d'ombre. Leurs feuilles longues, fibreuses et souples, retombent ainsi que des palmes; mais que la brise y passe, et elles miroitent comme les baguettes d'un lac vert et bleu, et l'on est étonné qu'une voile blanche ne danse pas dessus.
FLORE SAUVAGE
Spiranthe automnal. — Dans la délicieuse mélancolie de la naissante automne, on aperçoit tout à coup, sur le gazon ras qui s'embrume, la petite quenouille du spiranthe. Autour de la lige d'un vert pâle, une rangée de minuscules fleurs blanches,
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à odeur de lilas, s'cnroulo comme une devise de mirliton. Celte humble orchidée, elle n'a g:uère plus de dix centimètres, à chaque fois que la saison la ramène, m'emplit du sentiment si grave qu'inspire la fin d'une belle fête.
Colchique. — On le nomme vulgairement veilleuse. En effet, son périanthe pétaloïde affecte la forme d'une coupe à tige frêle, et son mince tissu, translucide à contre-jour comme un cristal dépoli, laisse fuser une lueur mauve. On dirait donc que le colchique rayonne, et j'avais eu cette révélation avant d'avoir lu que ce paie reflet impressionne chimiquement certaines plaques. Cette fleur pousse en nombre sur les prés et dans les sous-bois.
FAUPiE
Le fjerdreau. — Quelle merveille que cette boule soyeuse où la terre, le ciel et la
mer se mêlent : rousses écailles de la gorge, où se mire la forêt d'automne, délicatesse d'un ciel gris où l'azur transparaît, perle fine montée sur les branches des pattes dont le corail s'harmonise avec le bec qui tourne court. Il y a des personnes qui ont ainsi un nez crochu inachevé. La perdrix pond sous les ronces, sous l'ajonc épineux, sur une légère éminence qui met sa couvée hors d'atteinte du ruissellement des averses, mais non pas à l'abri du renard et de la fouine. Si, ayant découvert un nid, vous observez que la mère n'y revient plus, tuée ou effarouchée, recueillez les œufs avant qu'ils soient stériles et donnez-les à chauffer à une poule.
Le perdreau va par compagnies. Il piète beaucoup, d'autant plus qu'il a été traqué par les chasseurs. Il se lève en général fort loin du chien qui, s'il n'est pas un spécialiste, s'affole ou pique en vain des arrêts
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successifs. Le rapide gallinacé circule déjà sur la crêle de la colline, et Rip pense l'avoir encore sous le nez dans le basfond.
Il faut du gfros plomb, du quatre ou du cinq, pour descendre ce gibier. On le voit parfois crouler perpendiculairement sous Je coup de fusil, on croit l'avoir tué roide. On ne le retrouve pas. Il court encore.
FÊTES
Nativité de la Sainte-Vierge, 8 septembre.
Tranquille et nu se pose au-dessus du blasphème Le pied d'une petite enfant nazaréenne.
(Clalrlèrtt dans U Ciel.) PAYSAGE
Une odeur violente me saisit. J'entends des voix sous le ciel bleu qui semble avoir
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déteint sur la petite vig-ne. Je regarde padessus la haie. Un vieillard est assis sous la tonnelle, auprès du pressoir qui est ouvert et d'où s'exhalent les fumées du vin nouveau. Là-bas il y a une haie encore, et, encore, au delà, une autre humble vigne, et ainsi de suite. Quand les voix se taisent, ronfle une guêpe. Et je relève la tête, ne sachant pas tout d'abord si ce n'est point le bourdon d'un aéroplane.