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LE MOIS D'OCTOBRE

ZODIAQUE

Le Scorpion^ en ce mois, est à l'honneur. On peut se demander pourquoi cet animal venimeux et disgracié occupe dans Ir firmament une place aussi étincelante. A quelques-uns d'entre nous ce doit être d'un bel encouracrcment. Nul n'ignore la fable de Jean de La Fontaine où se trouve cette appréciation :

A ces motSy f animal pervers {C'est le serpent que Je veux dire /.7 non l'homme : on pourrait aisément s'y

[tromper)...

Mais il faut observer que ce qui différencie le scorpion de l'homme et du serpent, et ne permet point qu'on le confonde avec e"x, c*est que, seul des trois, sans doule, il porte son dard en arrière.

Je dis donc que ce doit être d'un bel encouragement pour les méchants que de

voir une horrible bête admise à prendre place dans le Ciel.

Que dire du scorpion stellaire, sinon ce qu'un vieil optimiste, naturellement un pêcheur à la ligne, pensait d'un poisson qu'il venait de tirer de l'eau et qui a nom le hotu ?

— Est-il mangeable? lui demandai-je.

— Eh bien ! monsieur, prononça-t-il avec ferveur, le hotu était mauvais : il est devenu bon.

HOROSCOPE

Si naissez au mois d'octobre Comme chameau serez sobre, A moins que ne soufjle vent Qui change un tempérament.

POTAGER

Empailler cardons et céleris, semer les derniers choux-fleurs demi-durs, blanchir la barbe de capucin, cueillir et rentrer les citrouilles.

l'auhakacii du poète nusTiQtJB a66

Citrouille. — Bernardin de Saint-Pierre affirme que c la Nature » divise le melon par côtes afin qu'il puisse ^tre facilement partag^é entre les membres d'une même famille. Raisonnement faux, car il y a onze personnes dans ma maison, et pour mon lot je prélève cinq tranches. Il est vrai que, ne voulant priver personne autour de moi de la délicieuse cucurbitacée, j'en fais ouvrir deux.

Pour un grand nombre de gens, tout comme le corbeau est le mâle de la pie, la citrouille est la femelle du melon. Elle n'est point si maniérée que son mari, ne fait pas ainsi que lui « la sucrée » ; mais bonne grosse commère, elle s'offre à tous pour la soupe, sans divisions. Combien plus logique se montre « la Nature » en l'occurrence I On peut ne prendre qu'une infime dose de citrouille... ou n'en pas prendre du tout.

366 LE POÈTE RUSTIOUE

VERGER

Rendement à peu près nul ; les travaux d'appropriation sont reportés au mois suivant. N'oubliez pas néanmoins de renfermer dans leurs résilles les boucles blondes ou bleues des muscats.

JARDIN d'aGRÉMEMT

Les poètes pompeux — comme ils sont trop à l'habitude, mais d'aucuns se plaignent que je ne le suis pas assez — prononcent que, pour mourir, la Nature et les dieux s'enveloppent d'un linceul de pourpre. Par quoi ils veulent exprimer que certains arbres, et plusieurs lianes telles que les vig-nes-vierg-es, deviennent maintenant rouges : ce qui est du plus joli effet. Les catalogues, habilement coloriés, des paysagistes nous offrent de ces harmonies rutilantes qui font rêver.

L'ALM ANACH DU PO^TK BUSTIQl.'B a&f

CHAMPS

On ramasse le maïs.

FLORE SAUVAGE

Cèpe ou bolet comestible. — Ce champignon porte un béret dont la teinte Tarie entre le marron clair et le marron foncé; le rebord inférieur dudit béret d'abord est blanc, puis jaunit. La jambe de ce campagnard est bien prise, conique, mais il n'a pas de tête, ou bien elle est toute petite et se dissimule dans la coiffe. Rien n'est plus appétissant qu'une colonie de bolets blottie dans un panier tapissé de fougères. Toute préparation autre que la bordelaise (ail, jambon, mie dorée) est un crime.

Oronge. — Elle apparaît sur la mousse quand le cèpe s'en va. Son béret est d'un or rouge. Elle naît d'une sorte d'œuf. Méfiez-vous d'elle I Si elle est vraie, rien n'est

meilleur : « c'est le manger des dieux », proclamait un empereur romain. Si elle est fausse... « Bien fol est qui s'y fie. 3>

FAUNE

Râle de genêt. — Il hante les derniers reg-ains, les chaumes de maïs, les ajoncs. Son aspect est d'un petit poulet maig-re ; son plumage, d'un marron très beau, a parfois des reflets de bronze. Son aile est courte, son pied long-, ce qui fait qu'il ne s'enlève qu'à la dernière extrémité, si le chien a son museau dessus ou si le pied du chasseur le contraint. Son vol est le plus lent que je sache, mais sa course est follement rapide. Il ne court pas, il glisse comme une eau sous les herbes, où, quand on l'aperçoit de tout près, il est déjà fort loin.

Grive. — Dans les vignes, dans les haies qu'un ruisseau borde, sur les trcncs en-

t'ALMÀNA.Cn DU POiTE RUSTIQUr. 169

lierres, à la cime des chênes et des peupliers, elle offre au chasseur tantôt son dos verdâtre, tantôt son ventre blanc, chiné de gris et de jaune, montée sur ses nerveuses et fines pattes noires, accrochée par ses ongles qui sont comme des aiguilles acéfées et courbes. Si on ne la guette, à raffut, de quelque cabane, elle semble railler en pépiant le fusil, car elle va toujours se percher hors de portée. El, si l'on veut se rapprocher d'elle, en étouffant le bruit des pas et en se dissimulant, elle vous entend et elle vous voit, et, avec ses nombreuses compagnes, elle va se poser ailleurs, toujours aussi loin, toujours aussi haut. La grive est un merle distingué, celui-ci étant un peu ridicule, vraiment par trop épris de Thabit noir. Il n'a pas « volé » ce vers de Christian Cherfils :

Le merle amoureux chante en frac.

iTO LE POETE HUSTIQUE

Palombe. — C'est un gros pig-eon sauvage, aux plumes d'ardoise claire ; celles du cou, lorsqu'il est vieux, prennent cette couTeur changeante que l'on appelle à Cayenne le « caractère de la femme ». La tête est très réduite, comprimée, et le bec de corail si mince que l'on se demande comment il peut livrer passage aux énormes glands que cet oiseau engloutit sans les diviser. J'ai décrit, au chant deuxième de mes Géorgiques Chrétiennes, les deux manières de capturer la palombe, dont la chair noire est excellente, flambée avec du lard et mangée saignante. La rôtie se prépare comme celle de la bécasse : force muscade et poivre, armagnac ou rhum.

Dans le canton de Navarrenx et dans les Landes on ajoute un peu de vin, et l'on pile quelques blancs d'aile. A la Guadeloupe on sert cet oiseau de préférence en salmis, avec un rien de quinine. Ce qu'on

l'almanach du pokrt rustique S7t

n'avait jamais relaie depuis plus d'un siècle que l'on lient dans les palombières des journaux d'observations, c'est le phénomène qui s'est produit pendant cette guerre : certains vols sur lesquels on a tiré ne se sont pas enfuis, ils semblaient accoutumés aux détonations.

FÊTES

Fermeture des grandes vacances : les enfants qui vous ont martyrisé durant deux mois se taisent, consternés. Quelle saine morphine pour eux, et pour nous, que le suc extrait des feuilles d'une grammaire ou d'une arithmétique I

PAYSAGE

Quoi de plus plaisant, au milieu de l'automne, qu'un chasseur qui rentre par la porte dérobée de son jardin d'agrément et (iui, n'ayant rien tué, embrasse sa femme

déjà mûre sous un liquidambar flamboyant ?

CHRONIQUE d'octobre

Je rencontrai, à la mi-octobre, un lièvre qui, le derrière dans la rosée, me dit avec mélancolie :

— J'attends ma nomination, elle ne me parvient toujours pas. Vraiment, il ne valait point la peine que l'on me fît cette réputation de coursier pour me voir ainsi méconnu par les Postes et Télégraphes I

— Ah ! demandai-je, vous voudriez être facteur?

Il reprit, en baissant la voix et les oreilles :

— Mais oui... Seulement, Jean de La Fontaine m'a joué un vilain tour. Depuis qu'il a écrit le Lièvre et la Tortue ^ le ministre confie tout à celle-ci.

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