LE MOIS DE NOVEMBRE
ZODIAQUE
La nature est encore empourprée, et comme si le Sagittaire, à qui elle est soumise en ce mois, la criblait de flèches. Si ce n'était encore que les dryades qui fussent atteintes et teignissent de leur sang les feuillages de l'automne l Mais les cœurs des soldats continuent d'être percés par le dur combat qui est livré depuis quatre ans. Cependant le dard qui traverse une poitrine fran^'aise ne retombe pas sur le sol. Il s'élève et pique au ciel une étoile d'or.
HOROSCOPE
Beaucoup de ceux qui naîtront en novembre Seront plaintifs, casaniers. Dans leur chambre Ils aimeront, les pieds sur les chenets.
Voir rougeoyer tes braises dans la cendre
Ou lire avec des lunettes au nez.
POTAGER
Semer les mâches, les pois précoces, les carottes toupie de Hollande. Repiquer les laitues d'hiver, les choux d'York; butter les artichauts; éclaircir les épinards.
VERGER
Dès la première gelée, cueillir les nèfles pour les poser sur la paille du cellier où elles deviendront blettes. Les personnes resserrées feront bien de s'abstenir de ces fruits dont l'astring-ence est telle qu'il est impossible de jamais plus siffler, si on y a mordu, ne serait-ce qu'une fois, avant qu'ils soient ramollis.
JARDIN d'agrément
Chrysanthèmes. — Dorés ou blancs ou fauves, ils sont d'autant plus beaux que les lanières de leurs capitules présentent un
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aspect désordonné. Ces lanières, tordues dans tous les sens comme des flammes par le vent, sont bien le symbole de la douleur. Échevelés, ils répandent sur les tombes des larmes de brouillard, et l'on ne sait rien dire de leur acre parfum sinon qu'il est funèbre. Tandis que d'autres fleurs peuvent rendre tour à tour l'expression de la tristesse et de la joie, être offertes aussi bien à l'occasion d'un deuil que de fiançailles, le chrysanthème ne s'épanouit que pour le cimetière.
aiÀMPS
On sème le blé.
C'est la forme et la couleur du grain de blé, sans doute, que le boulanger a voulu donner à la miche dorée, ovale, creusée au milieu, que la petite fille rapporte à midi SOUS son bras.
Ainsi l'humble famille, rompant le paie,
se partag-e un seul grain de blé formé de beaucoup de g^rains. De même les cœurs doivent s'unir pour n'être qu'un seul cœur.
FAUNE
La bécasse. — Bel oiseau de velours, marron comme l'automne, paquet de feuilles mortes chiné, bécasse fioriturée ainsi que la reliure d'un bouquin précieux! Échassier qui a la jambe courte, le bec flexible et long-; dont on dit qu'il a les plus beaux yeux du monde! Incomparable g-ibier! Tu es toute une partie de mon adolescence, toute une partie de ma jeunesse, toute une partie de mon âge mûr. Jamais je ne me suis lassé de te poursuivre. Le chasseur à barbe blanche que je suis aujourd'hui éprouve une joie aussi éperdue que jadis, quand, sous son coup de feu, il te voit dégringoler. Qui comprendra cette volupté, dans la mélancolie immense de l'automne,
l'ALSIANACH du POàTK RUSTIQUE 979
de tirer, enire les chênes, sur la bécasse qui vole droit à rous, que vous arrêtez net et qui s'écroule à vos pieds? Ah 1 Rip I mon vieux! Toi seul... Et tu ne liras point IM/manacli du poète Hustique l
FETES
La Toussaint :' i" novembre. C'est la fête de ceux qui meurent, comme nos soldats, « dans t'eœercice héroïque d'une vertu chrétienne ».
Les Morts : 2 novembre. Les uns n'avaient pas vinsrt ans. Us étaient timides, et roses et fragiles comme des égflantines. C'est un bouquet de ces fleurs qui leur ressemblcntqu'il faudr<i déposer, en juin, sur la tranchée mouvante où ils se sont endormis. Sur la fosse anonyme des pères je jetterai l'épi de froment de juillet, en priant pour les petits et pour les veuves qui les pleurent : « DonneS'Uous aujourd'hui nO'
tre pain quotidien! » Aux braves tombés dans la vieillesse, et dont la moustache, sur la joue ridée, était comme de la neig-e, je ferai l'offrande d'une feuille morte, battue des vents et couverte de frimas.
PAYSAGE
Un sang-lot emplit mon cœur, non pas un sanglot de douleur, mais un sanglot de joie; et, dans une effusion religieuse, il me semble que ce cœur devienne sonore comme la cloche suspendue au cou d'une brebis. Si loin que je me reporte, je retrouve, en novembre, cette indicible émotion. Comme l'âme du vieux militaire, soudain saisie, se prosterne quand le clairon déchirant la brume salue ce morceau de ciel qu'est un drapeau, la mienne, bucolique et montagnarde, ne peut, sans recevoir un g-rand coup, voir déboucher à l'en-
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Irée (l'un village, vers la Toussaint, le berger, son àne et son chien.