‹ Le poète rustiqueChapitre 5 sur 29 · JARDIN D AGREMENT · texte numérisé non relu

JARDIN D AGREMENT

Camellia. — Le camellia fleurit dès janvier. Il appartient à la famille des Ternstroemiacées, inventée sans doute par quelque savant enrhumé du cerveau ou priseur d'une poudre sternutatoire. Il s'apparente au thé, dont la corolle est aussi modeste que parfumée. La sienne, au contraire, est somptueuse, mais inodore, de la g-rosseur d'une belle rose. Mais au lieu que celle-ci a des pétales souples et tendres, le camellia les a rig-ides à tel point qu'on peut les reproduire artificiellement en cisaillant un navet roug-e et blanc. Ces pétales dérivent d'étamines indéfinies : transformation rétrograde, obtenue par les adonistes. Alexandre Dumas fils a composé une Dame auœ Camellias d'un caractère malsain.

Comment faire entrer, dans la donnée d'un tel roman, ces fleurs pures et marmoréennes?

l'alm-anach do roèrn rustique iBç

FAUNE

Vanneau. — Il a la forme d'un pijgreon qui serait une pie. Il est bas à terre, quoique échassier. Son plumajg^e est de bronze vert, de neige et d'ébène. Il porte une huppe. Il va par vols nombreux qui, dans l'air, prennent l'apparence de filets de poche entremêlés. Sa méfiance est extrême : il lient le milieu des labours dont les haies le garent de la portée du fusil. Les bandes les plus fournies que j'ai vues, c'est en Hollande où elles pondent. Leurs œufs passent pour le meilleur, mais le plus coûteux des mangers. Il y a quelque vingt-cinq ans, Jean de Tinan, qui était fort spirituel, vantait, durant une visite qu'il me rendit à Orthez, rexcellencc de ce mets. Un gendarme de mes amis, qui était présent, s'emporta :

— C'esl^ un crime, monsieur, dit-il à

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Tinan, que de pousser à ce point la gourmandise : détruire le gibier dans sa coque 1

— Je ne vois point, répliqua le charmant essayiste, en quoi le délit est plus grave : si je gobe l'œuf dans l'oiseau ou si je gobe l'oiseau dans l'œuf.

Saisi par ce sophisme, dont il n'avait point le maniement, Pandore se tut.

FETES

V Epiphanie ou les Rois : le 6 janvier.

PAYSAGE

Un plan oblique et carré, uniformément blanc. Un braconnier, dont la barbe, sous des pendeloques de glace, ressemble à un ancien lustre, troue en marchant la neige. Il est précédé de son chien dont les pas laissent des empreintes en as de pique.

l'almanach du poirt rustique i6i

Soudain, part d'une haie un lièvre que le chasseur manque et qu'il suit longtemps de l'œil. A chaque bond, quatre petites gerbes de neige fine s'élèvent sous les pieds de l'oreillard dont les traces ont la forme d'un as de trèfle. Ces traces, l'homme se met à les suivre patiemment, les perdant, les retrouvant. Il franchit des fossés, des barrières et des clôtures en fil de fer barbelé, durant près de trois kilomètres, dans l'espoir de relancer et à nouveau de fusiller son lièvre. Ne se serait-il point gîté làbas? Mais qu'est-ce que cela signifie? On dirait qu'ici, au milieu de la glèbe neigeuse, il s'est arrêté, il a dansé en rond et n'a pas continué sa course. Les empreintes cessent là. Quel est ce phénomène qui laisse rêveur l'ami de la nature? Il se creuse la cervelle. Pour être logique, il faut croire que le lièvre s'est envolé.

A vous la parole, monsieur de BufTon !

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