CHRONIQUE DE JANVIER
Plusieurs fois, chaque année, on servait, à Pau, chez mon grand- père, des g-âteaux des Rois, gâteaux dont la face rousse était incrustée d'angélique, mais dont la base retenait, hélas! collé par la cuisson, un papier imprimé. Et ce papier était un rôle de percepteur. Vous m'entendez bien : un rôle de percepteur.
Aussi loin que remontent mes souvenirs, et jusqu'à ce que mon aïeul mourût (j'avais la trentaine), cette pâtisserie pécha par la base. Pas une couronne ne me fut alors présentée qui n'adhérât à un rôle de percepteur.
A Bordeaux, je crus que j'échapperais à cette obsession. J'envoyai acheter un g-âteau des Rois chez un spécialiste du nom de Mignard. L'angélique décorait toujours le dessus, mais, hélas! je reconnus, en des-
L'AI^ANAeiI DU POÈTE RUSTIQUE l(J3
SOUS, l'irritant et tenace rôle de percepteiir.
Je m'adressai, pour obtenir une explication, au ministère des finances, d'où il me fut répondu :
« Messieurs les percepteurs devront, € pour ne pas laisser la prescription « s'établir, réclamer sans cesse, par voie « d'afjlchage, même en dessous des cou- « ronnes dites gâteaux des Rois, l'impôt « sur l'or, l'encens et la myrrhe que les t Mages ont ojferts à Notre-Seigneur. »