II
comme son enfant et dont il nous a tracé le portrait le plus attrayant : elle était belle, intelligente, instruite ; feUe jouait du luth, chantait, dansait, avec grâce ; sa vertu et sa modestie ^jj.; • surpassaient encore ses talents (O. Mais la pauvre fille n'avait pas de dot; aussi sa jeunesse se consumait sur une couche solitaire, dans un stérile abandon. C'était là pour Stace et pour sa femme un sujet de graves préoccupations.
L'âge était venu : Stace avait passé la cinquantaine ; une maladie grave avait failli l'emporter ; ses forces s'épuisaient, et il se sentait las de la vie de Rome.
Représentons-nous, en effet, l'existence à laquelle il avait été condamné.
Ce qui est le plus nécessaire à un poète, l'indépendance, la tranquillité, le recueillement, tout lui a manqué jusqu'ici. Levé avant l'aube, il court, quelque temps qu'il fasse, présenter ses hommages à ses protecteurs, prenant bien garde*de salir son unique toge dans les rues boueuses de Rome. Ses nombreuses relations lui imposent mille devoirs de politesse, mille corvées mondaines, qui souvent lui font perdre la meilleure partie de ses journées. Le soir, il rentre exténué dans son humble logis, à moins qu'il n'ait été prié à quelque interminable dîner. Goûtéra-t-il du moins un sommeil réparateur ? Non, le vacarme de Rome dure la nuit comme le jour. « Dans notre ville, » dit Juvénal(2), « il faut être riche pour dormir; » il faut habiter un vaste hôtel bien aménagé, entouré de grands jardins. D'ailleurs Stace a promis à un de ses amis une pièce de vers qu'il doit livrer demain : il veille, et quand, la tête appesantie, il va s'étendre enfin sur sa couchette, il murmure encore des hexamètres... Pendant l'été, il est vrai, il s'échappe de la bruyante et malsaine capitale, et se réfugie dans sa pauvre campagne d'Albe. Il y respirera un air plus pur, il recouvrera sa liberté et jouira de quelque fraîcheur, depuis que l'empereur a bien voulu lui accorder une concession d'eau prise à un aqueduc (c'est, à notre connaissance, la seule faveur qu'il reçue de Domitien, avec une invitation à 4mer au palais). Mais
(i) Silv.. III, 5, 63-67.
(2) Sat. III, 235.
— la
il est relancé dans sa solitude par un ami opulent qui vient de se faire bâtir une somptueuse villa et qui désirerait la voir décrite par le poète à la mode. Stace s'arrache en soupirant à sa chaumière enfumée. A peine arrivé, on s'empare de lui; on le promène de salle en salle, de galerie en galerie, de cabinet en cabinet, de point de vue en point de vue; on lui fait admirer les statues, les tableaux, les marbres, les mosaïques, les bains, les jardins, les grottes artificielles, les étangs, les cascades. Ses genoux fléchissent, ses yeux se voilent. Volontiers il demanderait grâce; mais quoi de plus impitoyable qu'un propriétaire qui vous mcmtre ses domaines? « Jour fortuné! » s'écrie . Stace (»), « jour qui vivra longtemps dans mon souvenir! » Et il prend ses tablettes, et à grand renfort d'épithètes, d'exclamations, de prosopopées, de comparaisons et d'allusions mythologiques, il chante les merveilles qui ont charmé ses regards — et lui ont causé une affreuse migraine.
L'automne touche à sa fin, Stace rentre à Rome et reprend le collier de misère. Soucis, tracas, jours partagés entre les devoirs de société et le labeur poétique, nuits de sommeil fiévreux ou d'insomnie, se succèdent avec une implacable et désolante monotonie.
Stace est donc excédé, dégoûté, malade. Il a soif d'un genre de vie plus sain et plus calme ; il souhaite ardemment de s'appartenir enfin à lui-même. Il songe à sa patrie, à sa chère Naples. « Là, l'hiver est doux et l'été tempéré par la fraîcheur ; une mer paisible caresse le rivage de ses flots languissants; une paix sans alarmes règne en ces lieux; on y goûte les loisirs d'une vie nonchalante, un repos inaltérable et un sommeil sans trouble (2). » Son parti est pris : il retournera à Naples pour y passer dans la retraite les jours qui lui restent à vivre.
Mais Claudia résiste. Depuis que Stace lui a fait part de son projet, son front est chargé de nuages, elle ne cesse de soupirer. Pourquoi? Claudia n'est pourtant pas une femme
(i) Silv., I, 3, i3 : 0 loMgum mtmoranda dits! (2) Sav.. III, 5, 83—86.
frivole et légère ; dans cette Rome si corrompue, elle a gardé intact le dépôt sacré dp la foi conjugale ; elle méprise les plaisirs vulgaires ; le cirque et le théâtre n'ont point d'attraits pour elle. C'est que probablement elle est née dans la grande ville et qu'il lui répugne de devenir une provinciale ; c'est qu'elle y a des relations qui flattent sa vanité et qu'elle y jouit de la gloire de son mari ; c'est qu'elle ne se rend pas bien compte du prix dont celui-ci a payé sa réputation; c'est surtout (car elle est bonne mère) qu'elle rêve pour sa fille un brillant parti, peut-être un avocat en renom, peut-être un fonctionnaire de l'Empire.
Patiemment, affectueusement, Stace réfute les objections de sa femme et vante les avantages de sa ville natale. Naples n'est pas au bout du monde, dans un pays barbare ; c'est une cité ornée de magnifiques monuments, admirablement située sur un golfe enchanteur, amie des arts et des plaisirs de l'esprit; le climat y est délicieux; la vie, douce et facile; la population, gaie et pacifique, a horreur des procès. Que d'excursions charmantes on peut faire aux environs : à Baïes, à Cumes, au cap Misène, au mont Gaurus, à Caprée, à Sorrente, à Ischia, à Stabies nouvellement reconstruite! " Claudia désire marier sa fille ; mais Rome n'est pas la seule ville où les flambeaux de l'hymen puissent s'allumer en son honneur : on saura bien trouver un gendre à Cumes, à Pouzzoles, à Baïes, à Capoue, à Naples même.
Et Stace termine par ces vers touchants : « Je n'ajouterai . qu'un mot : cette terre m'a fait naître pour toi ; elle a uni pour jamais ta destinée à la mienne. Elle mérite bien que nous lui donnions les titres de nourrice et de mère. En dire davantage serait te faire injure et douter de ton cœur. Tu viendras donc avec moi, chère épouse; tu me devanceras même. Sans moi, les rives du Tibre et les palais de Rome n'offriraient à tes yeux qu'un séjour sans appas (i). »
Ce petit drame intime se dénoua au gré du poète, qui nous l'a révélé dans une de ses plus jolies pièces.
Retrempé par l'air natal, Stace se mit avec ardeur à la
(i) Sav.. III, 5, io6-na.
■^ii:::.m!
V^.-.;;;-. -. .:-d\-'-'^q;:^'.^Mm
composition d'une nouvelle épopée, VAchillêide, qui est restée inachevée.
Un coup cruel vint le frapper au cœur. Il aimait les enfants, et Claudia ne lui en avait pas donné. Pour se consoler, il s'attacha à un petit esclave qui était né dans sa maison ; il s'empressa de l'affranchir, et peut-être même avait-il l'intention de l'adopter. En tout cas, il l'éleva avec une tendresse vraiment paternelle. L'enfant mourut en bas âge, et Stace exhala sa douleur en plaintes qu'on ne peut entendre sans émotion : « Que je suis malheureux!... Voilà qu'un petit enfant est arraché de mes bras, de mon sein! Il était étranger à mon sang, il ne portait ni mon nom ni mes traits, je ne lui avais pas donné le jour; mais voyez mes larmes et croyez-en mon désespoir : c'est véritablement un fils que j'ai perdu... Moi qui fermai si souvent les plaies d'un père et d'une mère éplorés, moi qui sus apaiser tant de vives douleurs, moi, le doux consolateur des affligés, aujourd'hui je succombe, je cherche des mains secourables et des remèdes efficaces à ma blessure. O mes amis, vous dont j'ai essuyé les pleurs et soulagé les peines, il en est temps, payez mes services d'un semblable retour!... Cet enfant, je ne l'avais pas acheté parmi ces esclaves d'Alexandrie qu'on dresse à répéter les injures de leur pays, qui tiennent des propos effrontés et qui amusent leur maître par leurs saillies et leurs impertinences : non, il était à moi, bien à moi. Je le recueillis au moment de sa naissance, je l'entendis pousser ses premiers vagissements et je présidai à son entrée dans la vie : qu'eussent fait de plus ses parents? Mieux encore : je te procurai, pauvre petit, une nouvelle existence en te donnant la liberté quand tu étais encore à la mamelle. Ma tendresse se hâtait... qui pourrait l'en blâmer? Elle ne voulait pas laisser se perdre un seul jour d'une liberté qui devait être si courte. N'ai-je pas le droit d'accuser les dieux et l'injuste Tartare? N'ai-je pas le droit de te pleurer, ô mon cher enfant? Tant que tu vivais, je ne regrettais point de n'avoir pas de fils. C'est moi qui formai tes premiers accents ; je comprenais tes plaintes confuses et tes obscurs bégaiements. Tu rampais sur la terre, et je me baissais jusqu'à toi, et je te relevais pour te prodiguer les baisers ; ^e t'invitais au doux sommeil ep tç
: -/ - .... — tS —
berç8*t dàùs fiïès bras. Le premier mot qui sortit de ta bouche fut mon nom; mon sourire provoquait ta gaieté, et tu étais joyeux en contemplant mon visage (O. »
Il ne paraît pas avoir survécu longtemps à cette perte.
Il n'entre pas dans mon plan d'analyser et d'apprécier les œuvres de Stace. C'est l'homme, plutôt que le poète, que je désire vous faire connaître.
Stace a été sévèrement jugé au point de vue du caractère. ' On lui a reproché ses adulations outrées pour Domitien et les flatteries qu'il prodigue à ses protecteurs. Ces choses-là choquent notre délicatesse et répugnent à nos sentiments. Mais nous serions injustes de refuser à Stace le bénéfice des circonstances atténuantes. J'ai dit quelle était la situation des hommes de lettres à Rome sous l'Empire. Stace dut se plier aux nécessités de cette situation. Il courtisa les grands et l'empereur, non par bassesse de cœur ni par esprit de lucre, mais parce qu'il ne pouvait se passer de leur appui moral et matériel pour se consacrer tout entier à la poésie et fonder sa réputation. Certes, il encensa Domitien, et son encens est bien grossier. Le lendemain du jour où il a été admis à la table impériale, il s'écrie que « jusqu'à ce moment il n'avait coulé que de stériles années, que de ce jour-là seu lement a commencé sa vie véritable (2) ! » Domitien est un être surhumain, un dieu sur la terre, un Jupiter présent et visible. Il a toutes les qualités, toutes les vertus : il est beau, grand et fort; il est doux, clément, pieux, modeste, sage, libéral et magnifique ; il est la terreur des ennemis de Rome et l'idole de son peuple, etc. On peut rire de ces flagorneries : faut-il s'en indigner? La plupart des auteurs anciens nous dépeignent Domitien comme un monstre; mais ce jugement, dicté par la passion, ne doit pas être accepté les yeux fermés. Si le « Néron chauve » a commis des crimes, persécuté l'aristocratie, abusé de son pouvoir, célébré de faux triomphes, il a aussi signalé son règne par plus d'une mesure utile et salutaire (2). Les
{i)Sih.,y, 5,passm.
(2) Silv., IV, 2, 12 — 13 : Stériles transmis imus annos : Haecan'i mi hi prima dits, hic limina vitae.
Ï3) Voy. S. GsELL, Essai sur h règne de l'empereur Domitien. Paris, i8g3.
formules de flatterie à l'égard des empereurs étaient devenues monnaie courante ; les poètes de cour, comme Stace, étaient bien forcés de renchérir sur leurs prédécesseurs. Avec cela, Stace est un optimiste que sa bienveillance porte à ne voir que le beau côté des choses ; c'est un naïf qui se laisse éblouir par la pompe qui environne la majesté impériale, par la magnificence des jeux, des spectacles, des cortèges et des monuments; il est dans sa nature de crier partout et toujours bravo et vivat. — Chez ses protecteurs, il ne loue guère que ce qui est louable : l'usage intelligent qu'ils font de leur fortune, leur bon goût, leur amour des arts, des lettres et de la philosophie, leurs talents poétiques, les services qu'ils ont rendus à l'État, l'aménité de leurs mœurs, l'agrément de leur commerce, la noblesse de leurs sentiments, surtout leurs vertus de famille. Ces éloges peuvent être exagérés : ce ne sont pas assurément de purs mensonges.
Stace et Martial, le spirituel épigrammatiste, faisaient le même métier : tous deux essayaient de vivre de la libéralité du prince et des gens riches ; mais la comparaison est à l'avantage de Stace. « Martial, » dit M. Boissier(i\ « apporte à ce métier une sorte d'ingénuité, quelquefois même une franchise un peu brutale. Ces compliments qu'il distribue, il trouve tout naturel qu'on les lui paie, et si le salaire se fait attendre, ou lui semble trop maigre, il se plaint ou se fâche... Stace n'a pas la même attitude ; en réalité, il est prêt à faire tout ce qu'on lui demande, comme Martial ; si son protecteur le désire, il pleurera, avec la même émotion, la mort de sa femme, de son mignon ou de son perroquet ; mais en apparence au moins il y met plus de façon. Il se garde bien de laisser entendre qu'il compte tirer quelque profit de sa complaisance ; il voudrait nous faire croire que les personnes auxquelles il s'adresse sont des amis, que c'est uniquement pour sa satisfaction personnelle qu'il chante leurs douleurs ou leurs joies, qu'il vit dans leur familiarité. S'il détaille les beautés de leur villa, c'est qu'on l'y a retenu, un jour qu'il passait pour aller ailleurs. Il vante les objets d'art qu'on admire chez eux, parce qu'il les a vus dans un dîner où
(i) Oitvr. àti, p. 308-309.
,:Ji':.
on l'avait convié. Une fois même, il semble dire qu'il ne fait pas des vers pour tout le monde, et qu'il faut en être digne et en comprendre le prix. C'est qu'il a un grand sentiment de lui-même et qu'il respecte en lui la poésie épique, dont il est fier d'être un des plus nobles représentants. »
Stace est une âme douce et inofFensive, aimant le calme et la paix. L'épithète de placidus est celle qu'il donne le plus volontiers à ses amis; les mots/a;i;, quies, etc., reviennent à chaque instant dans ses vers. Il n'a rien de l'irritabilité proverbiale des poètes. Il a eu des ennemis et des envieux : il en parle sans amertume et à mots couverts. Martial, son rival et son concurrent, paraît s'être permis à son égard quelques allusions malignes : Stace n'y répondit que par un froid silence. — Autant son style est affecté, ampoulé, hyperbolique, autant, dans la vie ordinaire, il appréciait la mesure et la simplicité. Une gravité sereine, une gaieté modérée, une réserve tempérée par la bonne grâce, voilà ce qu'il loue chez son père, chez Vopiscus, chez Atedius Melior, chez Pollia, chez Priscilla, chez Crispinus. — Un parfum d'honnêteté s'exhale de ses poésies légères : pas un trait licencieux, pas une peinture graveleuse, alors qiie des hommes très rangés, comme Pline le Jeune, se croyaient autorisés par les lois du genre à risquer des vers fort lestes. — Mais le plus beau côté du caractère de Stace, c'est la profondeur et la sincérité de ses sentiments de famille. La piété filiale, l'amour conjugal, la tendresse paternelle, lui ont inspiré des accents émus. Il était né pour être le poète de la vie domestique : quel dommage qu'il se soit noyé dans une Thébaîde!
Dans l'esprit de beaucoup de personnes, même instruites, l'histoire de l'Empire romain apparaît comme une suite de forfaits révoltants, de débauches monstrueuses et d'orgies efifrénées. Une étude plus attentive des sources a montré combien cette peinture était fausse parce qu'elle était incomplète (0. A côté des folies et des crimes, stigmatisés par les historiens et les satiriques, plus tard par les polémistes chrétiens, intéressés à dénigrer la civilisation païenne, elle nous a révélé des
(i) Voy. notamment la b«lle Histoire dts Romains de V. Duruy.
vertus humbles et cachées, des existences obscures et dignes de respect, dédaignées par le pinceau des Tacite et des Juvénal. En vous présentant cette esquisse de la vie de Stace, je n'ai eu d'autre but que d'attirer votre attention sur cet aspect trop ignoré de la société romaine. Je n'ai point voulu faire de panégyrique, je n'ai pas dissimulé les défauts et les faiblesses de mon héros. Mais je me plais à croire que vous avez conçu pour lui quelque sympathie et qu'à travers dix-huit siècles vous avez senti vibrer quelque chose de la vivante humanité.
Mesdames, Messieurs,
Si la mort a épargné cette année le corps professoral, elle a frappé sans pitié notre jeunesse universitaire.
Un affreux accident nous a enlevé le 9 mai 1904 un des élèves les plus distingués de la faculté de médecine, M. Jules Doorme. M. Doorme était un de ces travailleurs d'élite qui ne se bornent pas à acquérir les connaissances nécessaires pour passer de bons examens, mais qui, animés de l'amour de la science, réservent une part de leur temps et de leurs forces aux recherches personnelles. Il eût sans doute compté parmi les lauréats dont notre université s'enorgueillit à juste titre, et eût brillamment parcouru la carrière médicale. Tant d'espérances, hélas ! ont été brisées par une tragique fatalité.
Deux autres étudiants, estimés de leurs maîtres et aimés de leurs condisciples, MM. Hubert Van de Perre, élève de la candidature en notariat, et Léon Van der Poorten, élève de I™ année de l'École du Génie civil, sont décédés dans le courant du mois de juin.
L'université tout entière s'associe au deuil des familles si cruellement éprouvées.
Nous devons mentionner encore la mort prématurée de M. Henri Bekaert, préparateur de i" classe au laboratoire de chimie générale. C'était un estimable fonctionnaire, qui remplissait sa tâche avec la plus grande ponctualité.
M. Ernest Dubois, professeur ordinaire à la faculté de droit, a quitté notre université pour prendre la direction de
l'Institut supérieur de commerce d'Anvers. Nous conserverons le meilleur souvenir de cet aimable et savant collègue.
M. Théodore Swarts, professeur ordinaire à la faculté des sciences, et M. Richard Boddaert, professeur ordinaire à la faculté de médecine, ont été, sur leur demande, admis à l'éméritat.
Pendant trente-six ans, M. Swarts a enseigné la chimie à l'université avec un talent hors ligne. Il avait au suprême degré l'art de rendre cette science vivante et attrayante. Ici, un trait spirituel, là, une anecdote agréablement contée, reposaient l'esprit des auditeurs, quand l'aridité des formules était sur le point de le rebuter. Par des rapprochements inattendus et des images pittoresques, l'habile proTesseur illuminait la théorie des atomes et de leurs combinaisons. Et qu'on ne s'imagine point que le charme de l'exposition nuisît le moins du monde ■ à la profondeur et à la solidité de la doctrine ; loin de là : M. Swarts a formé une foule de disciples qui n'oublieront jamais ce qu'ils doivent à ses excellentes leçons. De touchantes manifestations, lors de sa promotion au grade d'officier de l'Ordre de Léopold et après qu'il eut pris son éméritat, ont prouvé combien il est aimé de tous, professeurs et élèves. Cette popularité de bon aloi, il l'a conquise par son dévouement sans bornes aux étudiants, par sa bienveillance, sa franche cordialité, son esprit plein de verve et d'entrain. C'est avec un vif regret que nous nous séparons de notre sympathique et éminent collègue. En quittant cette université qui lui était si chère, M. Swarts a fait don au laboratoire de chimie de plusieurs ouvrages importants et d'une grande balance de démonstration. Qu'il reçoive l'expression de notre gratitude.
La retraite de M. Boddaert laisse un grand vide parmi nous. Nous avons encore présente à la mémoire l'imposante manifestation du 19 mai 1900. M. Boddaert venait d'être promu au grade de commandeur de l'Ordre de Léopold, en récompense de ses éclatants services. Des voix éloquentes retracèrent la belle carrière et signalèrent les rares mérites de "ce maître vénéré. M. Boddaert a occupé successivement les chaires de zoologie, d'anatomie générale, d'anatomie pathologique, de pathologie interne, de physiologie humaine, et enûn
'^'tf-'iik' l'i- '• -■•.«■■■'*"'.' '
de clinique interne. Ses leçons étaient des modèles de science, de précision et de clarté. C'est surtout dans son cours de cHnique interne, ce couronnement des études médicales, qu'il a déployé toutes ses précieuses quailités. Appliquant à l'étude des maladies des méthodes rigoureusement scientifiques, puisant dans ses vastes connaissances les moyens d'élucider les problèmes les plus difficiles, procédant en toute occasion avec urie extrême prudence et une remarquable justesse de coup d'œil, il a été pour nos jeunes médecins un guide incomparable. Nul ne jouissait d'une plus grande autorité ; nul n'en fut plus digne. Parlerai-je de l'intérêt qu'il n'a cessé de porter à ses élèves? Je me contenterai de rappeler que le désir d'encourager les fortes études lui a inspiré la noble et généreuse pensée de fonder un prix en faveur des étudiants en médecine. Après un labeur universitaire de près d'un demi-siècle, M. Boddaert a le droit de contempler avec fierté l'œuvre qu'il a accomplie. Je serai l'interprète des sentiments de tous en lui rendant ici un solennel hommage de respect, d'admiration et de reconnaissance.
Plusieurs de nos collègues ont obtenu des distinctions honorifiques et scientifiques. Je me fais l'organe du corps académique en leur présentant mes chaleureuses félicitations.
Je félicite aussi le lauréat du concours universitaire, M. Octave Dauwe, qui a vaillamment contribué à maintenir la réputation de notre université, ainsi que M. Honoré Lams, à qui la faculté de médecine a décerné pour la première fois le prix Boddaert. îîbus espérons que ces jeunes travailleurs tiendront toutes les promesses que nous donnent leurs succès académiques.
Messieurs les Étudiants,
Que l'exemple de vos condisciples appelés en cette séance à recevoir la récompense de leurs efforts stimule votre zèle et excite votre émulation.
En Belgique, à la différence de ce qui se passe en Allema^e, il est assez rare que l'étudiant aille d'université eti
université : il termine généralement ses études là où il les a commencées. Si la tradition allemande a ses avantages, la tradition belge a aussi les siens : elle établit une sorte de solidarité entre les élèves d'une même université, et donne à celle-ci non seulement une physionomie distincte, mais encore un caractère pour ainsi dire familial.
Soyez donc attachés à votre Aima mater; appliquez-vous à lui faire honneur par votre travail et votre bonne conduite ; et, malgré la divergence de vos opinions, malgré l'ardeur juvénile que vous mettez à les défendre, et que je ne puis désapprouver, conservez les uns à l'égard des autres des sentiments de sincère confraternité.
De toutes les prérogatives rectorales, une des moins contestées est le droit de police; c'est aussi celle que j'aimerais le moins à exercer. Permettez-moi d'espérer que, pour cette partie du moins de mes attributions, mon rectorat sera une sinécure.
Messieurs,
Au nom de l'université, je vous remercie d'avoir bien voulu vous rendre à mon invitation. Votre présence à cette cérémonie est pour nous un honneur et une marque d'intérêt dont nous sentons tout le prix.
Je déclare ouverte l'année académique 1904- igoS.
-Ij-'^ -y- .■
.Ti •- ■>•■<.. -^.-j.. .-•/;-■-- v'-^'"-* ■ - "- '>■ - k-- " ■- 3,'i- *'ïfc^>-^.!l;-: ■■•'^ "^-i-A^î-.r- -*î?¥''*«:?^ ^
:vk^