CHAPITRE IV
De l'importance séméiologique du poids physiologique
Le poids physiologique est donc fixe. Un sujet peut perdre pendant quelques jours son poids physiologique s’il ne le récupère pas rapidement son cas relève de la pathologie. |
Nulle part peut-être mieux qu’au régiment on n’a la preuve de ce fait. Il existe en effet dans chaque régiment des pesées bimensuelles. En même temps qu'on pèse chaque individu on a sous les yeux le poids de l'incorporation et des pesées antérieures, poids qui est ordinairement le poids physiologique. Un soldat a-t-il perdu 2 ou 3 kilogrammes, on l’examine. Toujours on retrouve la cause de l’amaigrissement. Dans les casles plus fréquents il est dû à une lésion pulmonaire. L’auscultation décèle aux sommets une respiration suspecte, ou bien des râles de bronchite aux bases. Il arrive même que des soldats courageux méconnaissent leur état. La diminution de leur poids seule l’indique au médecin.
Allons plus loin. Prenonsles cartons où sont les fiches sanitaires. On voit que de nombreux soldats sont entrés à l’infirmerie pour bronchite, d’autres sont allés à l'hôpital. À ce moment la courbe qui indique leur poids a baissé. Nous reproduisons ici quelques exemples de
ces fiches prises au hasard par notre collègue Bréger.
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Tout sujet qui maigrit sans cause apparente et qui tombe au-dessous de son poids physiologique doit donc être considéré comme suspect. Il faut admettre que chez ce sujet l’état pathologique a déréglé le système régulateur du poids qui a son centre dans le système nerveux. |
Mais jusqu'où peut aller cet amaigrissement ? On peut admettre dans la pratique courante qu’à un état pathologique avancé correspond un amaigrissement en rapport. Qui n’a pas vu de ces bacillaires à la troisième période dont l’état squelettique indiquait la gravité des lésions et faisait faire le diagnos!is à distance ?
Cependant il est des cas où l’amaigrissement prend des proportions fantastiques. C’est quand le système régulateur du poids est atieint directement, ce qui * paraît se produire en particulier chez les malades atteints d’anorexie mentale. Nous avons vu et lu plusieurs observations de ces cas dans le service du Professeur Dejerine à la Salpétrière et dans celui du D' Babinski. Nous avons encore présente à la mémoire l'observation d’une malade du Professeur Dejerine dont le poids physiologique était de 65 kilogrammnes environ. A la suite de chagrins, elle fut atteinte d’anorexie mentale. Six mois après elle était arrivée au poids curieux de 28 kilos si notre mémoire est bien fidèle. Ce n’était plus qu'un squelette. Les os semblaient percer la peau transparente. Et cependant tous les organes étaient intacts. On fit la rééducation de la malade. Elle reprit environ 15 kilogrammes en trois mois. Dans la suite elle récu-
péra son poids physiologique. Elle eut une rechute et
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guérit à nouveau. Seul le centre nerveux qui commande le système régulateur du poids paraît être touché dans ces cas. |
Et c’est un grand nombre d'observations de ce genre que nous pourrions citer. Il nous suffirait de glaner des observations à la clinique Charcot à la Salpètrière.
Nous rapportons à la fin de notre thèse l'observation d’un malade qui malgré la suralimentation, malgré le repos au lit a maigri de 20 kilos en six mois. Ce malade avait une telle asthénie qu’il ne pouvait tenir debout. Il faut dire qu’il était neurasthénique et dyspeptique, et ces deux éléments associés ont abouti à un amaigrissement remarquable.
Worthmigton rapporte d’après Wadt l’histoire d’un officier sorti vivant du trou noir où des cipayes révoltés à Calcutta l’avaient jeté pour qu'il y mourut de faim. Cet officier devenu obèse attribuait son engraissement au terrible événement dont il avait failli être victime.
La dernière preuve de l'influence du système nerveux sur l’accumulation de la graisse est fournie par une curieuse observation de Weiïir Mitchell. Elle concerne une fille de 12 ans chez qui le tissu adipeux faisait com- . plètement défaut dans la moitié supérieure du corps, alors qu’il était normal dans toutes les autres régions. D’après Weir Mitchell, l'intégrité de la peau, des masses musculaires et du squelette semblerait démontrer la possibilité de centres nerveux distincts, capables d’empêcher la formation de la graisse. IL propose même de les localiser dans le segment postérieur de la moelle à
cause des zones d’anesthésie que l'enfant présentait au niveau des deux bras.
A l'hypothèse de W. Mitchell admettant que le tissu graisseux peut disparaître sous l’influence d’un centre nerveux spécial, se rattache l'hypothèse de l’accumulation de la graisse sous l'influence de ce même centre.
II. — Tout individu qui tombe au-dessous de son poids physiologique est un malade. Nous dirons également que tout sujet qui engraisse et qui dépasse son poids physiologique est un malade. Nous allons ainsi plus loin que le Professeur Bouchard qui fait exception pour 20 obèses sur 1.000. S
Nous n’étudierons pas toutes les causes de l’obésité. Elles ont été très bien classées dans l'excellent livre des
D” Castaigne et Rathery (page 240).
Mais avec le D' Sabourin d’une part, nous insisterons
sur ce fait que si l’obésité n’est pas fonction de la tuberculose, elle constitue pour celle-ci un terrain très propice et nuit à son traitement. Elle entretien un état pathologique. ; #
D'autre part avec le D' Leven nous montreront que beaucoup d’obèses ne sont que des dyspeptiques parfois inconscients.
Beaucoup de tuberculeux par phobie de la rechute font de la suralimentation permanente et exagérée. Ils considèrent l’engraissement comme nécessaire à la guérison de la phtisie. Ils continuent à engraisser. Les lé-
-sions tuberculeuses réapparaissent. ; Le D’ Sabourin publie l'observation suivante dans le
journal des praticiens (février 191%).