‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 18 sur 74 · EN AUDIENCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

EN AUDIENCE PUBLIQUE

d'esprit et je le plains trop de vivre dans la compagnie de Bracke et de Henaudel. C'est la Finette chez les butors. Il sait bien au fond que je ne suis pas le conservateur haineux, le courtisan de salons riches, l'écrivain mondain et furibard que chargent d'iniquités ses absurdes copains. J'aime trop mon plaisir et mon repos pour fréquenter les salons. La souffrance d'autrui m'est intolérable quand je no puis la soulager. Enfin je porte aux pauvres bougres de toute opinion et de toute détresse la même amitié spontanée que leur portait mon brave homme de père, et Sembat, au fond, doit s'en douter.

J'ajoute, pour être complet, que je dus, comme on le verra, répondre publiquement et pertinem ment — ces deux adverbes joints... — à quelques questions saugrenues des sénateurs Bepmale et Debierre sur l'origine de mes dossiers. Ces messieurs, collés sous bande, n'insistèrent pas.

Bien entendu, au cours de ma déposition, des deux huis clos, de ma confrontation, j'omis un certain nombre de points importants et de ripostes faciles. C'est inévitable. Il en est de ces oublis comme des fautes qu'on se remémore, avec navrement, aux sorties du concours général ou du concours pour l'internat des hôpitaux. D'autres passages auraient du être traités plus à fond, présentés autrement. L'accusé a, sur le témoin, l'avantage d'avoir devant lui ses dossiers ouverts, de pouvoir les compulser. S'il oublie quelque chose d'essentiel, ses avocats sont là pour le lui rappeler. Notez que je n'eu\ ie pas le sort deMalvy, il n'en est pas de plus abject. Mais le fait est que sa défense fut, sur certains points, d'une rare mollesse, sur d'autres complètement inexistante, au résumé pileuse et vague... « Je le nie

formellement... Je ne l'ai jamais vu... Je ne sai pas de quoi il s'agit... J'oppose ma dénégation absolue, monsieur le président. »

Silencieuse et déserte pendant les séances, la grande cour du Sénat reprenait toute son animation au sortir de celles-ci. Je retrouvais mon collaborateur Leroy-Fournier — un des meilleurs journalistes de ce temps et qui connaît son Paris politique sur le bout du doigt, — Maurice Talmeyr, chargé de portraiturer la Haute- Cour dans l'Action Française — il s'en acquitta magistralement, comme à son habitude, — des confrères de toutes opinions. Us m'assurèrent que l'impression était satisfaisante et que Malvy, malgré une campagne acharnée faite en sa faveur, serait certainement condamné.

A l'horizon passaient, la mine lasse, les caillautisteset les malvystes. Je vois encore Téry, directeur de l'Œuvre — qui jadis fulminait contre « le régime abject » et aujourd'hui malvynait avec fureur, — remontant lourdement dans sa limousine, qu'il remplissait toute de son lard perfide et sournois, puis mettant tristement ses doigts dans son nez. Il n'y décrochera pas l'estime de ses pairs.

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