LA LETTRE AU PRESIDENT
Je ne suis pas assez fort légiste pour savoir ce qui pouvait être le plus légal en la circonstance, et je me suis laissé taire comme un enfant. On m'a dit : « Voua èiesau courant de l'affaire du chèque Duval, votre accusation peut porter sur cette affaire. »
C'est ainsi que pour l'affaire du chèque Duval, je fus convoqué pour m 'expliquer devant le capitaine Bouchardon. Les premiers mots du capitaine Bouchardon turent ceux-ci : « Monsieur Daudet, je vais vous entendre, iniis je vous préviens qu'en ce moment je ne suis pas mandaté dans celte affaire Malvy. Je m'occupe du Bonne! Rouge et de ses annexes. Vous me dites que l'affaire Malvy est \\\)c annexe de l'affaire du Bonnet Rouge. Je vais vous écouter sur cette annexe, mais pour les mesures à prendre ensuite, je ne peux rien faire. Néanmoins, je vais vous entendre. »
C'est ainsi que, pendant six jours, j'ai déposé devant le capitaine Bouchardon sur l'affaire du Bonnet Rouge. Je lui remis notamment un document dont je vous ai parlé, et qui montre Aimereyda comme étant en fait le Préfet de police de Paris.
Le temps se passe, les événements que vous savez se succèdent et, finalement, M. Malvy se trouve placé dans l'alternative ou de ne pas me poursuivre ou de me poui'suivre devant la Cour d'assises. En effet, je ne voulais pas me retrancher derrière le fait que j'avais écrit ma lettre au Président de la République et j'avais eu le soin de renouveler mes accusations dans V Action Françt précisément pour donner à M. Malvy la possibilité de me poursuivre devant la Cour d'assises. Je vous indique ceci pour vous montrer quelle était ma bonne foi et Dour que vous sachiez bien que je oe voulais me retrancher derrière aucune argutie juridique. Après avoir porté une accusation de cette taille, j'entendais au contraire prendre la responsabilité complète de cette accusation.
M. Malvy pouvait donc me poursuivre normalement devant la Cour d'assises. Au lieu de cela il a préféré
tvoir recours à votre haute juridiction, devant laqucH" ï'ai déposé pendant trois jours.