LA. QUESTION DU CHEMIN DES DAMES
J'arrive à la deuxième partie de mon accusation contre M. Malvy.
Les journaux qui soutenaient M. Malvy se sont naturellement précipités sur ces deux chefs d'accusation précis dont l'un paraissait à ce moment assez hasardé pour ceux qui n'étaient pas au courant des faits.
Je crois qu'à l'heure actuelle, dans vos esprits, la liaison des mutinerie:, militaires avec ce qui se passait au ministère de l'Intérieur est beaucoup moins chimérique qu'elle ne paraissait à ce moment. Je suis persuadé que lorsque vous aurez examiné à fond l'affaire du Chemin des Dames vous arriverez à une opinion voisine de la mienne.
La question du Chemin des Dames, je vous l'ai dit, est pour moi liée a celle des documents d'Orient. C'est ainsi que j'en arrive à m'expliquer sur l'affaire des documents d'Orient, qui a été amorcée psr moi dans ma déposition devant le capitaine Bouchardon.
J'avais été prévenu depuis longtemps, par les bavardages de la bande du Bonnet Bouge, de l'existence de cette affaire. Je vous ai dit que cette bande composée de morphinomanes, d'avorteurs et autres gaillards du même acabit, se réunissait souvent. Dos individus de cette sorte ne gardent pas généralement pour eux des secrets importants. Ils sont dans l'intimité de personnages politiques, ils le disent, ils s'en vantent même quand ils n'y sont pas auioi
J'avais donc su que la maîtresse d'Almereyda, Kmilienne Brévannes, déclarait dans les milieux qu'elle fréquentait, c'est-à-dire dans les bars de Montmartre : « On veut créer des ennuis à Miguel (c'était an moment où il était question de l'arrestation d'Almerevda); soit, Miguel sera fusillé, mais il y en a quelques autres qui seront
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fusilles avec lui, Malvy, Leymarie et peut-être un troisième, Paix-Séailies. »
- propos ont attiré mon attention. Je ne comprenais pas d'abord pourquoi Paix-Séailles, qui était directeur du (lonj'rîer Èurçpéen était englobé dans cette affaire de documents d'Orient. Je m'informai et j'appris alors l'histoire que vous conu ii»<v. aujourd'hui. Dos documents avaient été livrés. Dans celte opérât ion étaient, mêlés Malv>, Le\ marie, ainsi qu'Almçreyda.. Je cherchai ce que signiliaient les propos d'Lmilienne Brévannes. L'affaire en est venue à se préciser à ce point que la responsabilité de Paix-Séaillcs était complète, puisqu'il a été condamné à deux ans de prison avec sursis.
J'ai donc déposé sur L'affaire des documents d'Orient devant ta capitaine Boucbardon. Je n'avais pas sorti cette affaire de mon imaginatîou de romancier. 11 n'était pas du tout question de l'affaire Lcnoir-Desouches, et alors je n'ai pas hésité à accuser Lenoir et Desouches de complicité avec le ministre de l'Intérieur, c'est-à-dire Leymarie et Malv), devant le capitaine Boucbardon. L'alfaire Lenoir-Desouches n'est pas encore venu.' devant la justice, elle sortira à un moment donné, on entendra Leymarie, le capitaine Ladoux. Charles Ilumbert, et nous verrons si la responsabilité de Malvy sera éliminée aussi facilement qu'elle l'a été «ans l'atlaire Paix-Séailles.
Je savais, d'autre part, par un agent secret dont je n'ai pas à dire le nom. niais qui est un personnage extraordinaire, qui a accompli des actes étonnants et qui a été complètement méconnu, qu'un certain nombre de personnages se rendaient en Allemagne, où ils faisaient des voyages e\l reniement fructueux. Au cours des voyages qu'il a laits en Allemagne, cet agent secret que vous pourrez peut-être interroger dans le huis clos, a obtenu des renseignenumts extrêmement curieux.
Lors deson deuxième voyage en Allemagne, cet agent, qui était en relations avec les chefs de l'espionnage et du contre-espionnage allemand, et notamment a\e< un.
homme fort intelligent qui a vécu longtemps à Paris, comme tous les Allemands qui font.de l'espionnage chez. nous, et que l'on appelle le lieutenant Gebsattcl, cet agent reçut de la bouche du lieutenant Gebsattel la confidence suivante : « Mon ami, vous nous avez rendu service... » Il croyait en effet que cet agent français avait rendu service à l'Allemagne... «... Vous nous avez rendu service. Maintenant, nous allons vous confier une mission de conliance auprès d'un homme qui est à nous en France et au Gouvernement depuis le commencement de la guerre. »
Dans la pensée de cet agent, cet homme était M. Caillaux. Mais je lui fis observer que M. Gaillaux n'était pas au Gouvernement depuis le commencement de la guerre. Au contraire, dans mon esprit, étant donné ce que je savais des relations de Malvy et du Bonnet Rouye, je conclus que cet agent ne pouvait être que M. Malvy. Telles ont été mes déductions au sujet de cette révélation.
L'agent en question me fit ensuite d'autres révélations au moins singulières, sur lesquelles il m'est impossible de m'étendre publiquement, mais qui sont alors des révélations positives, concernant le rôle d'espions de l'Allemagne.
M. Malvy étant accroché à Almereydaet à sa mémoire — et comment! — il est très important de savoir par la bouche même dw Gouvernement allemand qu'Almereyda est un agent allemand. Or, nous savons qu'Almereyda est un agent allemand et nous le savons par le Gouvernement allemand lui-même. M. Malvy a été en mesure de le savoir. Je ne sais pas si le fait a été rapporté, je sais que pour Routier, il lui a été rapporté, mais je ne sais pas que pour Almereyda il le lui ait été. Cependant il aurait dû lui être rapporté... Je m'explique d'une façon un peu sibylline... Si vous voulez bien m'accorder cinq minutes de huis clos, je vous dirai ce que signifient précisément mes paroles.
Gomme la question se pose bien de savoir à l'heure
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actuelle si Almereyda esl au service de L'Allemagne... Plusieurs sénateurs demandent le buis clos.)
M le Procureur général. — Monsieur Daudet, vous
déclare/ (jue vous ave/, dans votre déposition, à donner des détails qui vous paraissent nécessiter le huis clos?
M. Léon Daudet. — Oui, Monsieur le Procureur général.
1/. le Procureur général. — Ce n'est pas vous qui pouvez demander le buis clos. Je suis disposé à le demander, mais je vous prie de me faire savoir si vous voulez que je le demande de suite ou si vous pensez qu'il vaille mieux réserver cette partie de vos déclarations pour la lin de votre déposition*
.1/. Léon Daudet. — Oui, pour la tin de ma déposition, cela ne demandera que quelques minutes.
M. le Président. — Lorsque vous aurez terminé votre déposition, vous nous le ferez savoir et M. le Procureur général demandera le huis clofi. Veuillez continuer votre déposition.
M. Léon Daudet. — Messieurs, je vous ai parlé de Guilbeanx, de la protection qui était accordée à cet agent. Je vous ai dit quel était le rôle funeste qu'il avait joué en Suisse. Il a eu dans ce pays un rôle tellement funeste que vous avez pu voir tout dernièrement dans les journaux qu'à point nommé il est poursuivi par le gouvernement suisse pour avoir fomenté les émeutes de Bienne en Suisse. La situation de Guillieaux est donc la suivante. Il est poursuivi par le gouvernement suisse pour avoir fomenté des émeutes et il est inculpé par le gouvernement français d'intelligences avec l'ennemi. Il n'est pas douteux que si jamais Gu il beaux comme Routier tombaient entre les mains de la magistrature militaire, il irait rejoindre Duval et Bolo à Vincennes très rapidement, car son rôle a été encore plus complet, plus funeste que celui de ces deux exécutés. Ces troubles de Bienne ont été organisés par Guilbeanx. à la suite d'une conférence d'un pasteur antimilitariste qui s'appelle HumbertDroz. Ce nom avait plusieurs fois frappé
mes oreilles. J'ai reçu à un moment donné une lettre qui figure au rapoort de M. Pérès, lettre d'un infirmier nommé Bornât, qui accompagnait un malade en Suisse et qui avait entendu dire à la Chaux-de-Vonds d abord que le pasteur Droz était un agent de l'Allemagne, ce que nous savions tous, et, en outre, que celait a cet agent que Malvy avait fait passer les renseignements sur notre offensive du Chemin des Dames.
Je rapprochai de cette indication ces deux laits, d'abord, que Malvy, qui n'avait aucune espèce de raison pour y figurer, avait été appelé au Comité de Guerre, et cela sur la réclamation du Bonnet Ronge, qui avait déclaré qu'une place au Comité de guerre devait être laite au ministre de l'Intérieur.
En même temps, j'apprenais par M. \barnegaray, député des Landes, que, s'entretenant un jour avec 1 amiral Lacaze, alors membre du Gouvernement, sur la situation militaire, en lui faisant remarquer que la situalion ne lui paraissait pas aussi bonne qu en 191b, l'amiral Lacaze répondit à M- Ybarnegaray : « *ous ne pouvons rien y faire, Malvy trahit. »
Cette affirmation, jointe à ce que je savais par ailleurs, continua à attirer mon attention. Je connaissais d'autre part les innombrables navettes faites entre la France et la Suisse par des gens munis de passeports soit par M. Hudelo, soit par Leymarie, dans les conditions que je vous ai dites au commencement de ma déposition de ce matin .
\ ce moment parut un numéro du journal espagnol VA B C qui n'est pas complètement germanophile, car da,s ce journal, il y a des articles qui sont favorables à la France, qui paraissent sous la signature de M Martinez Uuia sous le pseudonyme de « Azonn ». Ce journal a une partie francophile et une partie germano-
V pîng ce journal VA B G, un rédacteur qui élail attaché au Grand Quartier Général allemand, racontait. avec des erreurs de plume considérables, que le gouve*.-