LE DÉPUTÉ MAGINOT
Le député Maginot succède à Painlevé.
On sait que ce député a été glorieusement blessé au début de la guerre. Il entre en s'appuyant sur une canne, et fait sa déposition brièvement, par saccades, sans phrases, mais avec émotion.
M. Maginot. — M. Léon Daudet, directeur de l'Action Française est venu me rendre visite au ministère des Colonies le 26 juin de l'année dernière (1917) pour me dire que mon collègue de l'Intérieur était un traître et qu'il profitait de ses fonctions pour commettre les actes qui lui sont reprochés aujourd'hui.
Voici dans quelles conditions j'ai été amené à recevoir M. Léon Daudet.
Quelques jours auparavant, j'avais rencontré un de mes compatriotes, M. Bainville, rédacteur à V Action Française. Dans les conversations que nous eûmes ensemble nous parlâmes de la campagne de M. Léon Daudet contre M. Malvy. Je dis à M. Bainville : « On peut penser ce que Ton veut de la politique de M. Malvy, j'ai été parfois personnellement en désaccord avec lui, je n'ai pas toujours été un admirateur de ses méthodes, mais tout de même, j'estime que rien ne permet de le faire passer pour un traître.
« Si Malvy était capable d'une pareille attitude, s'il pouvait être considéré comme traître, j'espère que vous faites assez crédit à mont patriotisme pour être assuré
LES DÉBATS. >8l
que je ne resterais pas à côté de lui une minute de plus sur les bancs du Gouvernement. Je serais le premier à réclamer contre lui un châtiment. »
Sur la demande de M. Bainville, je reçus ML. Léon Daudet, le 26 juin 191 7 .
M. Léon Daudet commenta par me déclarer que M. Walv\ était un traître, qu'il pouvait être comparé à Stiïrmcr. Je lui demandai d'appuyer cette accusation sur des preuves certaines. M. Daudet me parla successivement des gens du Bonnet Rouge et de faits dont il a été parlé depuis un certain temps dans l'Action française et sur lesquels, je dois le reconnaître, les événements lui ont donné raison.
Il me parla aussi de Margulies, de Routier comme étant des agents de l'ennemi. Quant à M. Malvy, il le considérait comme le chef et le protecteur de tous ces gens-là qui n'étaient que des comparses. M. Daudet formulait ces accusations avec le plus grand calme et avec un accent de conviction qui me stupéfiait. Mais il ne put néanmoins forcer ma conviction. Je reste donc persuadé que ML Malvy n'a pas livré le Chemin dos Dames. Pour ce qui est des mutineries militaires, j'estime qu'elles sont dues à l'échec de l'offensive du 16 avril 19 17.
Je ne prétends pas que la propagande criminelle n'ait exercé aucune influence sur les malheureux événements qui se sont déroulés alors, mais je crois que le mouvement d'opinion qui s'est déchaîné à cette époque au moment de l'offensive du 16 avril contre cette offensive et contre les chefs qui l'avaient commandée est un mouvement dont le moins que l'on puisse dire aujourd'hui est qu'il était excessif.