LES TÉMOINS
I' A l : L- l> R l DENT P A l> LEVÉ
Après ma déposition, que mes lecteurs ont pu lire dans un précédent chapitre, M. Dubost ordonna d'introduire Paul-Prudent Painlevé.
L'ancien ministre de la Guerre est à la barre.
Talmeyr nous a dit qu'à une suspension d'audience, il entendit quelqu'un dire derrière lui en parlant de Painlevé : « Il a l'air d'un professeur de septième, que ses élèves ont l'habitude de chahuter. »
M. Painlevé a dû avouer qu'on lui laissait ignorer bien des choses.
a C'est comme Président du Conseil, dit il, ayant « M. Steeg comme Ministre de l'Intérieur, que j'ai < été saisi des accusations portées par M. Léon u Daudet contre M. Maivy.
« Je voudrais très brièvement dire au Sénat quel « fut mon rôle dans ces circonstances. »
Il donne alors lecture de ma lettre au Président
de la République et raconte l'entrevue que nous eûmes avec lui, Maurras et moi, au ministère de la Guerre. /
De l'enquête qu'il fit alors, il ne devait rien résulter, car il n'y avait rien, mais rien du tout, du moins c'est Painlevé qui le déclare.
Scrutant le caractère inexplicable de la présence de Malvy dans le Comité de guerre il en donne les raisons suivantes :
u Malvy ne s'est pas introduit au Comité de Guerre. On l'y a introduit. On a considéré que sa présence était indispensable et qu'il y avait des raisons sérieuses pour qu'il en fît partie. Le parti radical et radical socialiste, qui représente le groupe le plus important de la Chambre, déclara qu'un Comité de Défense de cette importance devait comprendre des représentants de tous les partis... »
Cette explication saugrenue suscite naturellement des protestations indignées.
— 11%'y a pas de partis, il y a la Défense nationale.
— C'est la France qui nous intéresse, ce n'est pas le parti radical socialiste I
Painlevé est d'ailleurs convaincu que Malvy n'a aucune responsabilité dans les mutineries militaires, qui se sont produites en mai et juin 191 7. Il tient à ie déclarer hautement, car il n'est pas de ceux, dit il, que fait taire la peur de la calomnie.
Le témoin estime qu'une des causes des mutineries militaires est la déconvenue de l'offensive du 16 avril.
Paul-Prudent, empêtré dans ses phrases comme dans les fils de fer barbelés, est de plus en plus hésitant et imprécis.
Voici le compte rendu officieux de L'incident relatif au rapport publié à la suite de l'enquête administrative (|ue Painlevé, avec une insigne fourberie, a présentée comme une enquête judiciaire.
En résumé, une enquête avait été ouverte sur les accusations de M. Léon Daudet. Cette enquête eut lieu, elle montra que les accusations n'avaient aucun fondement.
Alors, il parut impossible à l'unanimité du gouvernement, ministres et sous-secrétaires d'État, de laisser l'opinion sous le coup de soupçons aussi atroces et démoralisants; alors, nous décidâmes de communiquer à la presse le résultat de notre enquête.
Plusieurs membres de la Cour demandent la lecture du communiqué fait à ce moment à la presse.
M. Painlevé passe la pièce au greffier, nui en donne lecture.
Painlevé continue par des explications sur les grèves, l'action syndicaliste, l'attitude des instituteurs.
M. le Procureur général. — Avez- vous connu, lorsque vous étiez collègue de M. Malvy, tous les faits que je lui reproebe et qui figurent dans l'acte d'accusation touchant Almereyda, le Bonnet Rouge, Sébastien Faure?
M. Painlevé. — Je n'ai jamais entendu parler de Sébastien Faure avant d'avoir lu le rapport de M. Pérès et les réquisitions de M. le Procureur général.
Pour ce qui est du Bonnet Rouge, j'ignorais complètement les relations de M. Malvy avec ce journal.
En 191a, on m'a demandé mon nom pour un journal républicain, je l'ai donné, ce fut ma seule collaboration. Ce journal était le Bonnet Rouge. Je ne l'ai connu ensuite que pour le supprimer. Je n'ai jamais connu
28o LE POIGNARD DANS LE DOS.
Almcreyda. Dans ma correspondance avec le général en chef, il n'a jamais été question du Bonnet Rouge. Le général en chef m'a dit qu'il y avait quatre grands journaux à surveiller au sujet de certaines réclamations dont ils se faisaient trop facilement l'écho. Peut-être, une fois, en vrac, me signalant certains journaux socialiste-, a-t-il cité le Bonnet Rouge, mais je n'en suis pas sûr.