‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 65 sur 74 · DÉPOSITION DU GÉNÉRAL CLERGEIUE · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DU GÉNÉRAL CLERGEIUE

Le général Glergerie rappelle qu'au début de la guerre il était chef d'état-major du Gouvernement militaire de Paris (G. M. P.) et il expose comment la suppression du 2P Bureau fut camouflée sous une transformation en bureau de renseignements.

L'affaire Desclaux fut bien la cause initiale des dissentiments entre le G. M. P. et la Préfecture de police.

Le témoin arrive à l'affaire Garfunkel, et fait en substance les déclarations suivantes :

Garfunkel se livrait au trafic des réformes. Il avait des relations avec MM. Dumas et Mouton. On nous donna l'ordre de passer cette affaire à la Préfecture de police sur l'intervention du ministre de l'Intérieur. Un inspecteur prit notre dossier, l'examina et fit un rapport où il déclarait « impondérables » les accusations portées contre Garfunkel) ajoutant qu'il n'v avait pas lieu de suivre.

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Garfunkcl put donc filer en Suisse et c'est lorsque j'eus déclaré que, si on ne l'arrêtait, je m'en chargerais moi-même, que Garfunkel fut arrêté.

Il y eut d'autres manœuvres pour sauver Garfunkel : entrefilets de presse, intervention de M. Maunoury auprès du lieutenant Depret, auquel il dit « qu'il aurait la peau du commandant Baudier ». Informes je dis : a II faudra avant avoir ma peau à moi. »

Enfin je reçus une lettre de M. Matter, directeur de la justice militaire, signalant qu'un député demandait si on ne pouvait pas supprimer le troisième conseil de guerre (lequel était chargé de l'affaire Garfunkel). C'était un moyen dilatoire pour sauver Garfunkel.

Le député, M. Paul-Meunier, n'avait pas caché son but à M. Matter.

Quant à la Kowacz, cette femme était rentrée à Paris et avait reçu un permis de séjour temporaire sur l'ordre du ministre de l'Intérieur. Je protestai. Alors on accorda à cette personne un permis permanent.

Qui m'avait renseigné sur le retour de M"6 Kowacz à Paris? G'étak M. Mouton. Je rapprochai cette affaire de l'affaire Garfunkel. M. Mouton s'intéressait à Garfunkel, M. Malvy à Mlle Kowacz.

Il y avait là de louches intrigues, des résistances suspectes.

— Même intervention personnelle de M. Malvy en faveur de Sébastien Faure, déclare le général Glergerie.

Pour avoir un prétexte pour supprimer le 2e bureau, on m'accusa d'être réactionnaire, fils de réactionnaire, mais lui, M. Malvy, le farouche anticlérical, ne descend-il pas directement de Basile?

On juge de l'agitation que provoqua cette déclaration. Gris, trépignements des Debierre, Bepmale et consorts.

En réalité, continue le témoin; on ne put jamais relever contre le G. M. P. un fait d'immixtion abusive

dans la politique. Le 3i janvier 19 16 une décision ministérielle remplaçait le 2* bureau par un bureau central de renseignements. On a dit que le général Gallieni avait signé cette déclaration. Je suis sûr qu'il a été trempé dans la circonstance, car il n'aurait jamais commis sciemment une illégalité.

Mais M. Malvy exigea en outre le départ du personnel. Interrogé sur cette suppression à la Commission du Budget par M. Klolz qui savait la vérité', M. Malvy ne put fournir aucune précision.

M. Ceccaldi, continue le témoin, appuya les critiques de M. Malvy y auxquelles M. Briand sembla toujours n ajouter aucune importance. Mais M. Malvy voulait ma tête. Il lui fallait d'abord celle du général Maunoury. Si le général Gallieni avait encore été ministre, peut-être aurait-il résisté ; on demanda an général Maunoury sa démission, le général Maunoury refusa; le lendemain, le Journal Officiel annonçait que, « sur sa demande », il avait été relevé de ses fonctions.

Quels étaient les griefs contre moi? J'avais fait condamner un voleur, Desclaux, et j'avais exigé l'application de la loi aux Austro-Allemands.

Quels sont nos accusateurs?

Landau, aujourd'hui au bagne;

Leymarie, condamné;

Maunoury, inculpé ;

Malvy, qui est aujourd'hui devant vous.

M. Malvy a donné notre peau, qu'on lui demandait. Nous avons toujours fait notre devoir.

Je dépose sans haine, sans passion et sans crainte, comme le veulent ma conscience et la loi.

Malvy veut le prendre de haut, mais ses insolences sont vaines. Il réédite ses explications invraisemblables sur l'affaire Kowacz, sur les étrangers, sur la suppression du a" burçau.

Sï6 LE POIGNARD DANS LE DOS.

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