DÉPOSITION DU COMMANDANT BAUDI^R
Nommé au G. M. P. le ier septembre 191 /j, il a pris la direction du 2 e bureau à la fin de 191/i. Ce bureau avait dans ses attributions la recherche de renseignements sur l'ennemi et le service du contreespionnage. Le commandant établit, preuves à l'appui, quels résultats importants furent obtenus par son service de recherche des renseignements et par son| service de contre- espionnage.
Il y avait un officier de liaison entrtë le G, M. P. et la Préfecture de police, le lieutenant Depret, du 20 bureau. Mais, pour que cette liaison portât ses fruits, il fallait une collaboration de tous les instants et une entente complète entre l'autorité civile et l'autorité militaire. C'est justement cette collaboration qui fit défaut.
Le commandant Baudier s'explique alors sur les affaires Desclaux, Garfunkel, sur la question des permis de séjour, que des lettres signalaient comme accordés par la Préfecture à tort, sur la simple production de certificats de nationalité et sans la moindre enquête.
Pendant toute l'année 191 5 le G. M. P. ne cessa de réclamer la revision des permis de séjour. Malvy a déclaré qu'il avait institué une commission de revision de ces permis. Oui, mais après combien de demandes du 2e bureau, sous la pression de l'opinion publique et la menace d'interpellations à la Chambre !
Cette commission s'étant présentée au ministère de l'Intérieur ^ on lui remit des permis de séjour, mais lorsqu'elle commit l'indiscrétion de demander à voir ceux délivrés aux Autrichiens et aux Allemands, on lui répondit : « Non, il ri y a pas de permis de séjour
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pour eux et du reste le ministre a prescrit qu'on vous présentât les permis de séjour de tous les étrangers sauf ceux des Autrichiens et des Allemands. » Mais la commission menaça et on lui communiqua ces permis de séjour, car il y en avait, contrairement aux déclarations qui lui avaient été faites. Il y avait notamment celui délivré à l'Allemand Latt et à sa maîtresse, rédacteur au Bonnet Rouge, celui délivré à la femme Kowacz par le ministre de l'Intérieur. C'est une des raisons pour lesquelles cette affaire suscita des colères contre le 2e bureau.
Le témoin s'expliqua encore, avec force détails et précisions, sur l'alFaire de la Victoria de Berlin (Victoria Bank).
C'est une société considérable, qui avait, au moment de la guerre, pour 1 36 000 000 de primes et 43 succursales en France. On eut la preuve qu'elle intriguait en faveur de l'Allemagne, en Russie et en France.
Outre les employés sédentaires professionnels presque tous Français, il y avait des employés bénévoles qui faisaient partie de ce qu'on appelait le (1 spécial bureau ».
Ces employés étaient tous Allemands, officiers de réserve dans l'armée allemande, et certains furent signalés espionnant à Rouen et à Paris.
Le Directeur était un nommé Astmann, non pas Roumain comme on l'a fait croire, mais Autrichien, né à Bucarest de parents autrichiens.
Je le considérais comme suspect, dit le commandant Baudier, et je poursuivis sa dénaturalisation. Je n'obtins 1 ien. Astmann est toujours à Paris, où avec Du val, du Bonnet Rouge, aujourd'hui fusilla, il a fondé un* banque, rue Boudrcau.
3x8 LE POIGNARD DANS LE DOS.
A propos des articles publiés dans le Journal par M. Georges Prade sur les Boches à Paris, le commandant raconte la savoureuse anecdote que voici sur la façon dont la campagne fut arrêtée :
La veille du jour où le quatrième article allait paraître, M. Malvy dînait chez Charles Humbert avec Georges Prade. Gh. Humbert dit à M. Malvy en jouant au poker : « Tu sais, le quatrième article va paraître. » a Ah! non, répondit M. Malvy, tu sais que tu m'as promis d'arrêter la campagne. »
— Il était trop tard, ajoute alors le commandant Baudier, pour arrêter le quatrième article; il parut, mais on n'en publia plus d'autres.
Ainsi la campagne fut arrêtée sur la demande de M. Malvy.
La Victoria méritait donc d'être surveillée.
Le commandant Baudier donne des détails sur la nationalité du sous-directeur de la Victoria, le nommé Rappoport, également Autrichien, qu'on voulut faire passer pour Polonais et qui put venir à Paris et y séjourner sans que le G. M. P. ait été prévenu.
L'affaire du libraire Eschwig est non mcins instructive. C'était un Autrichien qui se disait Tchèque. Le commandant Baudier demanda vainement son internement dans un camp de concentration. « Rien à faire, lui répondit-on, le ministre ne veut pas. »
La lutte était donc continuelle entre le 2e bureau et les organisations de police derrière lesquelles était le ministre de l'Intérieur. Le témoin cite les cas typiques de Mayer, agent de l'ambassade allemande, chef du service allemand de renseignements à Genève, Levy, Max-Ehrlo et du fameux Spitzer.
Les lecteurs de l'Action Française se souviennent certainement de mes articles et de ceux de mes collaborateurs relatifs à cet agent de l'Allemagne. Puis
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c'est le cas du banquier Gans, d'un autre Boclic, un avocat, nommé Horn, que l'ordre des avocats raya du barreau.
Quand le 2° bureau fut supprimé, continue le commandant Baudier, je passai au 8" bureau. Je fus alors l'objet d'attaques venant du Bonnet Rouge et de Landau dans son agence Primo. On m'annonçait qu'on aurait ma peau de « chaudronnier » et celle du général Clergeric. Je résolus de me défendre. J'avais dans mon service M. Georges Prado, collaborateur du Journal; sur son conseil, j'allai voir M. Charles Humbert, sénateur, qui en était Le directeur. M. Humbert me dit : a Je vous ferai convoquer par Malvy. Allcz-y, et eng...-le. »
Gomme il fallait s'y attendre, Malvy nie, mais le commandant Baudier maintient avec force toutes ses déclarations et répète notamment que ses efforts ont été entravés par la Préfecture de police et l'Intérieur.
M. Maunoury était le véritable chef de la police et avait été placé là par M. Malvy. Tous les gens que j'ai voulu poursuivre étaient fortunés. Je n'ai jamais attaqué les ouvriers que j'aime et avec lesquels j'ai vécu et travaillé. M. Malvy na pas le monopole de la sympathie pour la classe ouvrière.