‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 71 sur 74 · LE DISPENSE DE L'INTERDICTION ÉDIC- TÉE PAR L'ARTICLE 19 DE LA LOI DU · texte numérisé non relu

LE DISPENSE DE L'INTERDICTION ÉDIC- TÉE PAR L'ARTICLE 19 DE LA LOI DU

27 MAI i885;

LE CONDAMNE AUX FRAIS ENVERS L'ÉTAT LIQUIDÉS à 1 535 fr. 65 CENTIMES PLUS 39 FRANCS POUR DROITS DE POSTE;

| FIXE AU MINIMUM LA DURÉE DE LA CONTRAINTE PAR CORPS S'IL Y A LIEU DE L'EXERCER;

ORDONNE QUE LE PRÉSENT ARRÊT SERA IMPRIMÉ, PUBLIÉ, AFFICHÉ PARTOUT OU BESOIN SERA;

ORDONNE QUTL SERA NOTIFIÉ SANS DÉLAI A L'ACCUSÉ PAR LE GREFFIER DE LA COUR.

CONCLUSION

' Une puissante leçon se dégage du procès Malvy, comme de celui du Bonnet Roam et de Bolo, comme lie l'inculpation et de l'arrestation de Caillaux, comme de toutes les affaires similaires. Cette leçon apparaît, si l'on considère parallèlement la suite des événements militaires, depuis le 3 août 191 \ jusqu'à maintenant, dune part, et, de l'autre, la suite des événements politiques en France pendant la même période. J'ai appelé cette leçon : synchronisme des deux branches de la guerre totale (guerre à l'Allemand, guerre à ses auxiliaires à l'intérieur). En voici le très simple schéma :

Début de la guerre : Yiviani, ami de Malvy, soufflé par le clan Caillaux et les socialistes, cède à l'ennemi 8 kilomètres de territoire sans combat. Période trouble et marche des Allemands sur Paris. La capitale est menacée.

Première partie de la guerre : du 26 août 191 [\ au mois de janvier 1910. Le clan allemand, c'est-à-dire Caillaux, Malvy, Almereyda, surpris par le sursaut national devant l'agression allemande, rentre sous terre. Caillaux revêt un uniforme de trésorier aux armées; Malw l'ait la noce à Bordeaux, ayant installé à Arcachon sa maîtresse, la ûlle Béryl; Umercyda, pris

de peur, a mis une sourdine à son anti patriotisme à base de « rapprochement franco-allemand ». L'État est représenté par le Président Foincaré, le Gouverneur Gailieni et le nouveau ministre de la Guerre Millerand, qui font tranquillement et fermement ce qu'ils ont à faire. Les généraux ont les mains libres. Pas de Chambre pour brouiller les cartes. Résultat : la victoire de la Marne, coopération magnifique de Joffre, de Foch, de Gailieni et de Maunoury. Avec de faibles moyens industriels, des prodiges sont réalisés dans le domaine de l'armement.

Deuxième partie de la guerre : de janvier 1916 au 22 juillet 19 17. Le clan Caillaux-Malvy-Almereyda, le clan allemand, a repris ses intrigues et manœuvres criminelles. Les divers gouvernements qui se succèdent, Viviani, Briand, Ribot, Painlevé, moitié par aveuglement, moitié par débilité d'esprit et peur du chantage, n'osent pas empêcher les agissements du sinistre trio, qui dispose d'un quotidien, le Bonnet Rouge, cherche à acquérir le Journal, et mène, dans les Chambres revenues, une véritable campagne d'intimidation. On connaîtra un jour les dessous de cette campagne, sur laquelle champignonnent les Turmel, les Loustalot, les Bolo pacha, les Landau, les Duval, les Guillaume Desouches et quelques autres qui ne sont pas encore sous les verrous. Almereyda est le véritable préfet de police de Paris. Les espions et les agents de l'ennemi pullulent. Les fonctionnaires patriotes sont brimés à tous les niveaux de l'administration. Le président Monier, personnage indigne, trifouille les séquestres au gré du caillautisme, du malvysme et de l'almereydisme. Cette période est le paradis .des agents boches, qui ont leurs entrées partout, obtiennent la suppression du deuxième bureau de la place de Paris, le départ de l'admirable générai Clergcrie, de ses fidèles auxiliaires le commandant Baudier, le colonel Bourdeau, leur remplacement par un incapable, le colonel Goubet, et un individu louche, le boursier capitaine Ladoux. Les

services de la Sûreté générale et de la prélecture de police sont à la merci de deux misérables, embochés jusqu'à la garde, Ley marie et Maunoury.

Aussi, pendant cette période, quels que soient les talents des chefs militaires et la valeur des combattants, nos offensives n'aboutissent pas, la guerre traîne, la Russie se disloque, puis s'effondre, les Alliés n'arrivent pas à faire converger leurs efforts. La Chambre, incompétente et turbulente, entasse comités secrets sur comités secrets. A mesure, les agents de Caillaux, de Malvy et d'Almereyda communiquent à l'ennemi le compte rendu de ses séances, prétendues secrètes. Guilbeaux travaille peur les Boches en Suiss •. Routier en Espagne. Zucco, Rabbat, Du val, Marion, Landau, Turmel, Goldsehild font la navette entre la place Beauvau et les consulats allemands en pays neutre. Un grand soldat, devenu ministre de la Guerre, le général Lyauley, est contraint de donner sa démission, remplacé par l'incapable Painlevé, jouet de salons suspects et soumis à Caillaux. C'est la sarabande du défaitisme, du bolchevikisme et de la trahison, aboutissant à l'échec combiné de l'offensive d'avril 191 7 et aux mutineries militaires, bientôt à la trahison russe. Le général Nivelle, le général Mangin sont mis au rancart. L'alliance anglaise est sapée savamment. Le pays court à sa perte.

Troisième partie de la guerre : du 22 juillet 191 7, date du discours historique de Clemenceau à maintenant. Arrestation d'Almereyda, disparition du Doniift Rouge, chute du cabinet Painlevé, Malvy s'envoie luimême en Haute-Cour, après une série de débats parlementaires, où le ridicule le dispute à l'odieux.

Clemenceau prend le pouvoir dans des circonstances tragiques. Il va, le premier, pratiquer la guerre totale. Inculpation puis arrestation de Caillaux et de Charles Humbert, sénateur, vice-président de la commission de l'armée. Procès et condamnation à mort de Bolo. Procès du Bonnet Rouge et condamnation d« Leymarie,

de Landau, etc., condamnation à mort de Duval. Procès de Paix-Séailles, condamné à un an de prison avec sursis. Inculpation du « capitaine » Ladoux. Pendant ce temps la trahison russe a permis le renforcement des armées allemandes, débarrassées du front oriental par la paix allemande de Brest-Litovslv. Offensive Ludendorff du 21 mars. Poche de Picardie. Unité de commandement Accordée par l'intelligence et la générosité britanniques. Clemenceau nomme Foch généralissime, rend son commandement à Mangin, répare de son mieux les fautes effroyables et les crimes de son prédécesseur. Offensive Ludendorff du 27 mai. Poche de la Marne. Gela, c'est le reliquat inévitable de trois années de crimes, d'erreurs, de trois années de cailiautisme et de malvysme.

Le 1 1 juin, le général Mangin arrête l'offensive ennemie sur le plateau de Méry-Courcelles. C'est le début du relèvement, magistral et soudain, de la situation.

Le 16 juillet, le procès Malvy vient devant la Haute- Cour et le procureur général Mérillon inculpe Malvy de complicité de trahison. Le 19 juillet, pendant l'interrogatoire de l'accusé, la nouvelle parvient de la victoire française, qui commence le dégagement de Paris et inaugure l'ère des offensives de libération. LA CONDAMNATION DE MALVY POUR FORFAITURE A CINQ ANS DE BANNISSEMENT COÏNCIDE AINSI AVEC LA SECONDE VICTOIRE DE LA MARNE. Il y a là mieux qu'un hasard. Il est d'ailieurs facile de comprendre que les armées allemandes, privées de leur appui Caillaux-Malvy à l'intérieur et combattues par des armées désen travées de la trahison, que vient renforcer l'effort américain, n'ont plus les mêmes avantages qu'en 191 7.

Du i3 juillet aux derniers jours d'octobre, le synchronisme continue, au grand navrement des caiilaumalvystes qui escomptaient la défaite des Alliés, la chute du cabinet Clemenceau, l'acquittement de Malvy et la

niiao i n liberté de Caillaux. La préférence accordée aux créatures de l'Allemagne amène Logiquement à préférer 1* Allemagne à La France.

Il nous faut examiner maintenant plus en détail quelques compartiments de ce sch 'm i .

L'aveuglement des conducteurs politiques de la

France quant à la pénétration allemande chez nous :, a la veille de la guerre, aussi complet en rqi'i qu'en 1870. Le parallèle enlre l'année 1869 et l'année 191 3 serait, à ce point de vue, bien curieux. s( en mars i9i3 que j'ai publié à la Nouvelle Librairie Nationale de notre éminent ami, le lieutenant Valois, mon ouvrage Y Avant-Guerre \ synthèse des articles parus sur ce sujet dans l'Action Française depuis le 21 septembre 191 1. A l'exception du seul Rappel, tous les journaux républicains on! traité ce volume — simple recueil de chiures et de précisions — d'invention romanesque et de pamphlet.

C'est qu'à ce moment-là l'homme le plus agissant et le plus intrigant de la majorité parlementaire était Joseph Caillaux. Il est bien entendu que d'autres nommes politiques réagissaient contre celte

tendance au « rapprochement franco-allemand »

sous les injures et les menaces du gouvernement impérial — et contre cet aveuglement systématique. Mais ils n'étaient guère écoutés. On les traitait de a badernes » et de « Déroulède ».

Caillaux avait plusieurs lieutenants, au premier rang desquels Malvy. Il entretenait au moment de la déclaration de guerre, au moment de . de sa

femme (laquelle venait d'assassiner Calmelt* directeur du Figaro), une bande d'hommes do main et

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d'escarpes, parmi lesquels Almereyda. Il y a des indices que, dès cette époque, Almereyda était vendu à l'Allemagne par l'intermédiaire d'agents allemands, établis à la frontière espagnole et qu'il fréquentait sous un faux nom.

La déclaration de guerre surprit Gaillaux et ses amis comme elle surprit les socialistes. Edmond Laskine a raconté l'ambassade à Paris, au ier août 191 [\, du député au Reichstag Mùller, lequel vint affirmer aux camarades de l'Humanité que la sozialdemokratie allemande ne voterait pas les crédits de guerre. Il prononça textuellement la phrase suivante : « Dâss mann fur die kriegskredite stimmt, halte ich fur ausgeschlossen. » Ce qui signifie : Je considère comme exclue l'hypothèse du vote des crédits de guerre. On sait ce qu'il en résulta. Viviani, perdant la tête et cédant aux suggestions de Jaurès et de son groupe, influencés eux-mêmes par les kamarades allemands, se laissa entraîner à donner à l'Allemagne et au monde cette preuve de non agressivité bien dangereuse, qui est consignée au Livre Jaune : l'abandon, par nos troupes de couverture, d'une bande de territoire de huit kilomètres, sur toute l'étendue de la frontière. Nul doute que le grand État-Major allemand avait soufflé cette preuve de non agressivité, cette funeste mesure, au socialisme allemand et que Mûller venait en contrôler l'exécution. Nous devions apprendre, à nos dépens, que la guerre n'est pas une démonstration sentimentale et se prête mal aux mouvements chevaleresques. On peut dire que l'erreur initiale de Viviani nous faisait amorcer, de nos propres mains, l'occupation et la dévastation du pays.

Quoi qu'il en soit, la victoire de la Marne fut, pour

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Ulemands et leurs créatures, une désagréable surprise. Les uns et les autres n'avaient plus qu'une chance de salut : la stagnation de la guerre, qui leur permettrait d'essayer un décollement des alliés, en commençant par le point jugé le plus faible, moralement pariant : la Russie. Mais, pendant qu'on procédait à la dissociation intérieure de l'empire des tsars, rien n'empêcherait de commencer, contre le moral français, une campagne intérieure du même genre, soutenue par la presse et la finance, ces deux leviers de l'opinion.

L'Allemagne acheta d'abord le Bonnet Rouge, puis le Journal. Elle acheta le Bonnet Ronge et ses succédanés la Tranchée Républicaine, l'Agence Républicain*', l'Agence Primo, par Marx de Mannheim et Ratibor, ambassadeur allemand à Madrid. Elle acheta le Journal, d'abord par Lenoir et Desouches, puis par Bolo-pacha.

L'Allemagne tenait Caillaux, lequel maniait Malvy, lequel subventionnait Almereyda et Sébastien Faure et était tenu par Almereyda. C'est ce qu'on a appelé fort justement « la chaîne ». Consortium redoutable et qui a pesé d'un poids terrible sur les trois premières années de la guerre. L'historien de l'avenir devra en tenir compte largement, s'il veut dépasser les molles apparences, dont se satisfait un Hanotaux par exemple, et atteindre les dures réalités. Les coquins complets, même en temps de guerre, sont encore assez rares. En revanche les peureux sont légion à l'arrière, étant donné que les meilleurs et les plus courageux sont aux armées. Le moyen de terrorisation employé par la bande (parla maffia, disait avec justesse notre vaillant confrère Berlhoulat, directeur de la Liberté) était le chantage. Je n'ou-

blierai jamais l'expression de visage effrayée du monumental Charles Humbert, lors de l'unique conversation que nous eûmes ensemble au Journal en 1916, quand il me demandait : « Comment failesvous pour secouer tous ces insectes malfaisants!' » Je lui répondis : « Je prends un plumeau et je tape dessus. » J'appris depuis qu'il subventionnait de temps en temps Àlmereyda et Landau. C'est qu'il était mêlé à trop d'affaires ténébreuses pour se moquer de leurs menaces. Les are! ives du ministère de l'Intérieur et de la Préfecture de police leur étaient ouvertes et ils y puisaient comme ils voulaient.

Charles Paix-Séailles, directeur du Courrier Ea-t ropéen-**— (tout dévoué à Caillaux et où l'on insultait Y État-Major français à la veille de la guerre) — a été condamné à un an de prison avec sursis, pour avoir livré, à son ancien secrétaire de rédaction Àlmereyda, des documents secrets concernant l'armée de Salonique. Mais le directeur du Bonnet Rouge, familier du ministère de l'Intérieur et de la Sûreté générale, eut certainement dans les mains — et livra aux Boches contre argent comptant — bien d'autres pièces confidentielles, intéressant grandement la Défense Nationale. Celles-ci traînaient dans le bureau de Marion, dans les poches de Landau et de Duval. Rien de plus honteusement comique que l'indignation des groupes caillautistc et socialiste de la Chambre, quand le général Lyautcy exprima, en termes trop modérés, sa juste méfiance des comités secrets. Le sauveur du Maroc dut donner sa démission, à la grande satisfaction du gouvernement allemand, et j'imagine que les vertueux indignés durent bien rire entre eux de leur feinte colère. Je pourrais citer pi us

d'un caboulot de Paris et de la banlieue, où Lecture était faite, tous volets fermes, de telle séance de comité secret... de Polichinelle. Gela non pas une fois, mais trois fois !

Un des grands arguments que l'on m'a oppOf quand j'ai parlé de la Livraison à l'ennemi du plan d'ofïensive du Chemin des Dames, a été celui-ci : i 11 n'y a pas de secret, ni de surprise militaire dans la guerre actuelle ». Les événement» du printemps et du commencement de l'été de 1918 ont prouvé depuis que le secret et la surprise étaient au contraire les deux ::»oyens importants de l'offensive allemande» On s'en doutait, mais, pour qu'il n \ eût pas de trahison, il fallait qu'il n'y eût pas de secret, ni de surprise. C'est pourquoi les défenseurs de Caillaux, de Malvy et d'Almereyda, avaient l'une et l'autre de l'art militaire.

Je ne sais rien de plus trafique que l'exposé des menées par lesquelles furent éliminés le général Clergerie et son second le commandant Baudier. Avec des moyens ridiculement petits, ces deux hommes, au commencement de la guerre et dans le courant de !Ql5, avaient littéralement traqué l'espionnage ennemi. Tellement que l'Allemagne s'émut et donna la consigne à ses agents de détruire cette surveillance à tout prix. Les débats de la Haute-Cour ont relaté cette longue lutte entre les officiers sans peur el sans reproche et les auxiliaires du gouvernement allemand. Je m'en doutais de longue <: d'abord par la lecture du Bonnet Rouge, ensuite par quelques paroles échappées au comédien directeur Lugue Poe, que je rencontrais quelquefois, et qui rendait au deuxième bureau, par patriotisme, de réels services. Le pauvre garçon était

en butte à toutes sortes de menaces et de persécutions de la part de la bande. Sa présence gênait bien des combinaisons. Je tiens à lui rendre ici cet hommage public.

Du jour où le général Clergerie eut mis la main au collet de Dcsclaux, ancien chef de cabinet de Caillaux, sa perte fut résolue par la maffia. Le commandant Baudier avait osé rédiger un rapport sur la société Maggi Kub, défavorable à cette société, et traquer la Victoria zu Berlin. Quels crimes! Le surprenant, c'est que le gouvernement d'alors n'opposa pas son veto aux manœuvres de Caillaux, de Malvy et de leurs hommes. Il s'inclina devant leur volonté « d'avoir la peau du général Clergerie et du commandant Baudier », comme on disait place Beauvau. Oui, mais les misérables avaient en même temps la peau de beaucoup de soldats français, poignardés dans le dos par les Lombard, les" Sébastien Faure, les Garfunkel, les Rabbat et autres protégés du ministère de l'Intérieur. Si les choses avaient continué ainsi, ils auraient eu la peau de la France.

La police de la trahison eût dû être faite avec d'autant plus de zèle que la guerre, devenue chronique, et menée, hélas! sur notre territoire, mettait en communication, par les voies les plus diverses, les civils de l'arrière et les combattants de la zone des armées. Cette situation n'échappait pas à l'Allemagne, qui n'eut qu'un plan après sa première défaite de la Marne : corrompre l'avant par l'arrière. Je ne reviens pas sur le processus de cette corruption, que j'ai longuement étudié dans la Guerre totale. Les deux dépositions du lieutenant Bruyant prouvent qu'au Grand Quartier général on

se rendait compte du danger et qu'on cherchait à y parer. Mais comment réagir, quand le point de ut de la pourriture est au centre de ce qui devrait être l'antisepsie!

J'ai écrit dans ['Action Française, de janvier ioi5 à juillet 19 [7, une centaine d'articles sur le thème suivant : Nos alliés n'auront la victoire que le jour où le gouvernement se décidera à poursuivre et châtier F Inexplicable... c'est-à-dire l'influence allemande s exerçant, en France et en Russie, par les créatures des Allemands. En France, l'Inexplicable s'appelait Caillaux et Malvy. Il s'appelait, en Russie, Sturmer et Protopopoff. La malheureuse Russie n'a pas trouvé son Clemenceau. Voilà toute l'histoire. Il faut, pour gagner la guerre, que ceux qui conduisent la guerre soient à la hauteur des événements de la guerre. Une lutte de géants ne saurait être victorieusement menée par des nains. Les élections de 191 \ avaient peuplé la Chambre de tels nains. C'est le Sénat qui a réagi.

J'ai toujours pensé qu'il réagirait, d'après l'accueil en somme sympathique, qu'il avait fait aux cuisantes révélations de M. Gaudin de Villaine, et à son discours de 19 16. M. Gaudin de Villaine est un homme âgé et soulTreteux, qui a un grand nez, une figure ravinée, des yeux perçants, sur lesquels il passe fréquemment une longue main nerveuse. C'est un brave, chez qui l'âge n'a point diminué la flamme patriotique et doué de cette vertu politique : l'obstination. Il lui revient le rare mérite d'avoir porté, le premier, le fer rouge dans la plaie purulente. Le sénateur Riou lui aussi, dès avant la guerre, s'était préoccupé de l'influence allemande et de l'espionnage allemand en France. Le suffrage

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restreint est plus perspicace que le suffrage universel. Seuls à la Chambre, Jules Delahaye et Maurice Barrés ont compris l'importance Je la guerre totale.

Alors qu'est-il arrivé? Ceci que, de janvier iqid à novembre 191 7, l'Allemagne nous a fait une guerre de voyante à aveugles. Elle connaissait nos desseins par ses agents. Nous ne connaissions pas les siens. Elle savait nos points faibles, militairement, politiquement, et où il fallait appuyer. Nous ne découvrions les siens que très lentement et à tâtons. Quand un de nos officiers supérieurs la gênait par son initiative, ou son habileté, ou son ascendant, ou sa réputation, elle le faisait saper, à Paris, dans les salons à sa dévotion, dans les feuilles soumises à son influence, dans les officines à sa solde. Ainsi de Clergerie, de Lyautey, de Nivelle, de Mangin.

Les conséquences s'enchaînent, dans cette immense crise, avec une rigueur quasi mathématique. L'Allemagne viole la neutralité belge; conséquence : l'entrée en guerre de l'Angleterre. Cette entrée en guerre de F Angleterre accule l'Allemagne au blocus. Pour réagir contre cette terrible menace du blocus, l'Allemagne fait la guerre sous-marine. Le déchaînement de la guerre sous-marine sans restrictions amène nécessairement l'entrée en lice de l'Amérique. C'est une des perspectives de la lutte,

Une autre perspective, et qui nous intéresse directement, est le synchronisme de la guerre totale. Première phase : influence allemande, à l'intérieur, assoupie ou dominée ; socialisme parlementaire contraint au silence ; Caillaux hors d'état de nuire, Malvy absent de Paris, Poincaré, Joffre et Millerand

menani \ ictoiredcla Marne. — Deuxième

phase : Caiilruix, ministre de l'intérieur sous !c nom de Malvy, président du Conseil et Garde Sceaux sous Le nom de Yiviani, ministre de la Guerre sous le nom de L)ainlev< >de de stagna-

tion et de déboires militaires. L'Allemagne reprend courage, détache la Uuss l'Entente par la Ré-

volution et semble toute pro :;trr la partie.

— Troisième phase : Ministère Clemenceau, Cad laux boudé, Malvy condamné et exilé, b'och généralissime des années alliées. Victoire sur toute la ligne. Refoulement de l'ennemi. L'Allemagne passe de L'offensive à la défensive et de la confiance au désespoir. C'est concluant.

Bien des gens légers, ou avant leurs raisons pour ne pas aller au fond des choses, se sont imaginé d'abord que ce bronisme (Hait une vue de

l'esprit, une fantaisie de romancier, une chimère. La lecture des journaux allemands et de la très significative Gazette des Ardâmes aurait du les détromper. Car ces feuilles boches n'ont cessé de manifester une rage et une préoccupation croissantes devant les preuves que l'Action Française apportait quotidiennement d'une concordance si exemplaire entre les hauts et les bas de la courbe de trahison et de l'espionnage, et les hauts et les bas des opérations militaires. C'est donc que l'ennemi attachait une importance considérable à cette constatation et qu'il eût préféré qu'elle ne fût pas faite. Il nous dictait notre devoir, qui était d'insister, contre vents et marée, jusqu'à ce que fut obtenu un retournement complet de la situation.

Sans doute, il n'est pas agréable de se dire qu'un certain nombre de politiciens français, allacht

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l'Allemagne, pour diverses raisons, avant la guerre, ont continué, pendant la guerre, à servir les intérêts de l'Allemagne et contribué ainsi au massacre de leurs concitoyens et à la dévastation de leur pays. Mais ce sont là, en somme, de monstrueuses exceptions, dues à quarante ans d'affaissement moral et de pénétration ennemie, que rachètent, et au delà. les sacrifices inouïs de tant de héros.

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