‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 15 sur 55 · VIGO, DIT ALMEREYDA ET SA BANDE. I · texte numérisé non relu

VIGO, DIT ALMEREYDA ET SA BANDE. I

Voilà ce que j'ai appris à ce moment et ce qui avait été vérifié par un rapport émanant du ministre de l'Intérieur.

Il m'a paru étonnant que M. ^lalvy n'ait pas eu connaissance d'un tel rapport.

D'autre part, M. Malvy a déclaré qu'il] avait fait Ja connaissance de .Mig4iel Almereyda seulement au moment de la déclaration de guerre.

Or, en 191 1, un de nos amis, détenu à la prison de la Santé, Lucien Lacour, qui est prêt à apporter devant vous son témoignage, qui a été au front où il â été blessé, qui est aujourd'hui en congé temporaire, m'a fait cette déclaration : Au mois de février ou de mars 191 1 (il pourra préciser la date, ce que quant à moi je ne peux faire), Almerevda dit à Lacour : a Mon vieux, il y a du bon î j'ai mon copain Malvy qui va être sous-secrétaire d'État. Nous allons passer au u politique ». Lacour pourra vous dire que, quelques jours après, M. Malvy étant devenu sous-secrétaire d'État, vingt-quatre heures après, Almereyda fut mis au régime politique et, comme on ne pouvait pas faire autrement, Lucien Lacour fut placé sous le même régime.

En réalité, je vous l'ai dit, ce nouveau journal le Bonnet Rouge, sous la forme où il se présentait, était certainement un organe, dès ce moment, allemand. U fallait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte, notamment à la veille de la guerre, dans les derniers mois de 191 3 et les premiers mois de iQi^i.

.Nous avons des circulaires de Miguel Almerevda déclarant qu'il est partisan du rapprochement francoallemand. Nous en avons d'autres déclarant qu'il va faire une campagne ou continuer une campagne du Courrier Européen contre l'État-Major français, notamment contre les généraux d'état-major et le général de Castelnau, qu'il va faire une autre campagne contre le Creusot en particulier.

A ce moment-là, Almereyda et sa bande, car vous allez voir que c'est une bande extrêmement bien orga-

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nisée, prennent ouvertement la défense de Caillaux à l'occasion du procès de sa femme, à la suite de l'assassinat de Gaston Calmelte.

A cette époque, Almereyda publie donc son journal, dans lequel est prôné le rapprochement franco-allemand, la haine des généraux dits de Jésuitières et où est préconisé le désarmement. On y trouve également la campagne qui est faite contre le Creusot. Tous ces textes absolument patents sont à la disposition de chacun.

Je vous dirai que c'est à partir de ce moment-là que tous les jours et la plume à la main, j'ai pris soin de lire le Bonnet Rouge. Laissez-moi vous dire que si les hommes politiques qui ont collaboré à cette feuille avaient pris la même précaution que celle que j'ai prise moi-même, ils se seraient bien vite aperçus que ce journal suivait complètement les inspirations de l'Allemagne. Cela était vrai avant la guerre, bien entendu, et dès les premières semaines des hostilités.

C'est une plaisanterie de prétendre qu'Almcrcyda a eu une bonne attitude dans les premiers mois de la guerre. Almereyda, comme je le démontrerai devant vous, a simplement eu peur. Trois jours avant la déclaration de guerre, il se promenait sur les boulevards en criant : « A bas l'armée ! A bas la France ! » A la tête de ses compagnons, il criait : « Vive l'Allemagne! »

Un Sénateur. — On l'aurait arrêté.

il/. Léon Daudet. — Monsieur le Sénateur, le fait a été rapporté dans tous les journaux de l'époque.

Almereyda n'a pas été arrêté parce qu'il avait derrière lui la confiance de Caillaux et l'amitié de Malvy. C'est pour cette raison que pendant tant de mois Aimereyda a pu continuer sa besogne sans être arrêté ni inquiété en aucune façon.

En 1914, M. Sancerme, récemment encore directeur de la Voix Nationale, qui a écrit un livre documenté sur le Bonnet Rouge et intitulé : Les serviteurs de l'ennemi, est allé au ministère de l'Intérieur. Il y a rencontré Almereyda qui parlait en maître des élections, qu

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avait l'attitude d'un homme qui était déjà dans l'intimité de la maison.

La guerre commence et pendant quelque temps h Bonnet Rouge se tient tranquille ; puis très rapidement, il commence à faire campagne contre la conscription anglaise. Il a commencé une campagne, évidemment inspirée, contre le Deuxième Bureau du Service des Renseignements de Paris.

J'insiste sur cette campagne du Bonnet Rouge parce que, je vous le^répète, en lisant attentivement ce journal, vous y trouverez jour par jour la corrélation d'une part avec un autre journal qui parut bientôt et qui eut un assez fort tirage malheureusement, journal qui est l'organe de l'empire allemand dans les pays occupés et qui s'appelle la Gazette des Ardennes, et d'autre part avec les mesures qu'allaient prendre à l'Intérieur M. Malvy et ses services. Il y a une corrélation directe mais bizarre entre la campagne menée par le Bonnet Rouge contre le Deuxième Bureau des Renseignements et les mesures qui vont être bientôt prises contre le Deuxième Bureau, et d'autre part les articles de la Gazette des Ardennes où des patriotes (je ne parle pas de nous, Action française, seulement) mais où d'excellents Français, des personnes des plus honorables étaient traînées dans la boue quotidiennement par la Gazette des Ardennes, journal qui n'était publié que pour affaiblir et déprécier ce que l'on a appelé l'armée française de l'arrière.

Le Bonnet Rouge faisait exactement ici la même besogne. C'est à ce moment que Malvy le subventionne.

D'après ce que j'ai cru comprendre dans l«s explications d'ailleurs fort variables de M. Malvy, celuici aurait subventionné le Bonnet Rouge jusqu'à la fin de 191 5, et, à partir de cette époque, il aurait cessé sa subvention. Il se défend, d'autre part, d'avoir eu avec Almereyda aucune espèce de relations autre que celle du ministre de l'Intérieur à journaliste stipendié.

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Je VOUS répète que, même en admettant cette hypothèse, il n'y a qu'à prendre la collection du Bonne/ Rouge pour voir qu'il voulait dissuader nos amis Anglais de lever chez eux des troupes pour combattre avec nous. Ce journal faisait une campagne en faveur des Boches et de leurs agents à Paris.

Il y a un fait qui nous montre que Malvy était avec Almereyda dans d'autres termes que ceux qu'il prétend avoir existé entre eux .

Pendant que Malvy était à Bordeaux, son appartement du 23, avenue de l'Observatoire, fut cambriolé. Les cambrioleurs s'appelaient, autant qu'il m'en souvient, Gilard et Paulet. C'étaient des fds de fonctionnaires très subalternes de la Préfecture de police. Ils étaient déjà allés cambrioler dans diverses autres maisons. Dans le cambriolage opéré chez Malvy, ils emportèrent des objets et divers documents. Là où le fait commença à paraître singulier, c'est lorsque la censure défendit complètement de parler des cambrioleurs de Malvy. Pour notre part, à V Action française, quoique nous eussions des lueurs sur cette alîaire, nous reçûmes l'ordre de résumer cette histoire en trois ou quatre lignes.

Or, à ce propos, il fut dit que l'on avait cambriolé chez Malvy un dossier dit des Roses d'Agadir. Le fait fut nié, puis recouvert, puis caché par la censure, mais en réalité, d'après l'avocat d'un des condamnés, maître Georges Desbons (les deux personnages et la femme qui les accompagnait furent condamnés), ce dossier des Roses d'Agadir avait été dérobé chez M. Malvy.

Comment M. Malvy avait-il chez lui un dossier concernant l'affaire d'Agadir, qui appartenait aux Affaires Étrangères? C'est ce qu'il ne m'appartient pas de déterminer.

Ce qui est certain, c'est que M. Malvy fit venir Almereyda et lui dicta une note dans laquelle il énumérait les pièces du dossier d'Agadir qu'il était important pour lui de récupérer immédiatement. Cette note a été remise par Almereyda à M® Desbons qui m'en a parlé

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et qui est allé ensuite la remettre au capitaine Bouchardon. Je pense que cette note doit figurer au dossier du chèque Duvaî ou dans le dossier de l'affaire Malvy puisque j'ai parlé moi-même de cette note à la Commission d'instruction.

Vous voyez donc, Messieurs, que, dès ce moment-là, Almereyda était considéré par M. Malvy comme une sorte de préfet de police particulier. ,

Malvy ayant des craintes sur un certain point, à qu s'adrcsse-t-il pour retrouver les pièces du dossier qui lui manque ? Il ne s'adresse pas à la police régulière, il ne s'adresse pas à son ami Laurent, préfet de police : il fait venir un chef de bande qu'il sait être un voleur, un fabricant d'explosifs, un homme condamné pour outrages et mjures à l'armée et il dit à ce voleur, à ce fabricant d'explosifs, à cet apache lui-même chef d'apaches : c II arrive une chose très embêtante pour moi et pour Caillaux : des cambrioleurs ont dérobé chez moi un dossier concernant l'affaire d'Agadir. Il faut me retrouver ce dossier à tout prix. Je vais te dicter la liste des pièces et ensuite, toi et ces camarades^ qui êtes vraiment des maîtres de la basse pègre, vous allez me retrouver les pièces de mon dossier, vous me les rapporterez et vous aurez une bonne rétribution. »

Il est évident que lorsque Malvy vient vous dire que c'était le prolétariat qu'il sauvegardait dans la personne d'Almereyda, il vous trompe singulièrement. Il mettait Almereyda au courant de ses affaires dans la mesure où celles-ci lui paraissaient être le plus aventurées et le plus compromettantes.

De longue date, la Préfecture de police et la Sûreté générale s'étaient, je dois le dire, mises en garde contre le rapprochement franco-allemand ; elles se méfiaient de Caillaux, malgré sa grande influence, aussi de son agent M. Malvy, car le résultat de mes études (et quand j'aurai fini de vous en parler, j'espère que vous partagerez ma conviction), c'est qu'il y avait, pendant la guerre, un professeur général de rapprochement franco-allemand

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(vous savez ce que cela veut dire en bon français) et que ce personnage était M. Joseph Caillaux. Il y a eu un exécuteur des manœuvres administratives tendant à favoriser ce rapprochement franco-allemand, c'était Malvy. Enfin, il y a eu des agents transmetteurs de documents qui se sont appelés Miguel Almereyda, Marion, Duval, Landau, Guilbeaux, Routier et Goldsky.

La situation se présente donc de la façon que je viens d'indiquer.

MINISTÈRE DE l'iNTÉUIEUR ET POLICE

Les fonctionnaires de la Préfecture de police et de la Sûreté générale, qui sont évidemment des fonctionnaires républicains qui font leur devoir, connaissent les affaires auxquelles Malvy et Caillaux sont mêlés. Ces fonctionnaires assistent à des actes de camaraderie et de compromission, puis, la durée de la guerre augmentant, ils^assistent à des actes de complicité qui les révoltent et devant lesquels ils cherchent une soupape de sûreté. Ils veulent trouver une échappatoire et alors ils s'adressent non pas au directeur de l Action française dont ils ne partagent pas les idées, mais à l'auteur de L'Avant-Guerre. Je n'ai d'ailleurs pas beaucoup de mérite à avoir fait ce travail, car je n'exagérais pas et je ne faisais que dire ce que tout le monde pouvait voir, c'est-à-dire l'action de l'Allemagne en France à la veille de la guerre- Ces agents m'ont fait parvenir une série de dossiers. De ces dossiers, j'en ai remis quelques-uns à la Commission d'instruction au cours de la déposition que j'ai faite devant elle. Ils m'ont remis également un certain nombre de documents prouvant, comme l'a dit le lieutenant Mornet, qu' Almereyda, pendant les deux premières années de la guerre au moins, était le véritable préfet de police, et, disons-le aussi, le véritable ministre de l'Intérieur de Paris.

On vous a déjà dit ce que sont ces documents.

En réalité, les permis de séjour se donnaient sur la

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recommandation d'Almereyda et les levées d'arrêté d'expulsion se délivraient également sur la recommandation du même personnage. Il suffisait qu'Ai mereyda commandât pour que ses ordres tussent exécutés. Almereydaet sa bande n'avaient rien de commun avec des ouvriers, c'est une mauvaise plaisanterie que de le soutenir. Ces gens-là n'avaient rien à voir avec la classe ouvrière. Napoléon Poggiale n'est pas du tout un ouvrier; Goldsky n'est pas non plus un ouvrier; ce sont des cambrioleurs, des marchands de morphine,» des marchands de cartes transparentes, c'est le rebut de la société et, en les qualifiant ainsi, je vous assure que je suis encore au-dessous de la vérité.

Si la police avait fait son devoir dans les premières semaines de la guerre, si on avait coCré tous ces gens-là, que Malvy feint de prendre pour des chefs du prolétariat, tout ce qui s'est produit n'aurait pas eu lieu ; mais au contraire Malvy leur donnait un blanc-^ing, il faisait sortir tous ces individus de prison et les faisait réformer par l'intermédiaire des docteurs Lombard et Laborde et il leur donnait en réalité l'autorité dont il disposait luimême dans tous les milieux.

C'est ce spectacle inouï, historiquement incroyable, qui avait transporté d'indigna4;ion et de méfiance les fonctionnaires dont je vous parle et qui se disaient que, la guerre se prolongeant, le fait de voir cette assimilation entre les brigands et ceux qui devraient arrêter de pareilles canailles, était de nature à créer un véritable danger.

La saite a bien fait voir ce qu'était ce terrible danger.

Pour en revenir à Almereyda lui-même, M. Malvy avait îovy ni à cet ami une subvention sur laquelle je reviendrai

L^L^ij-u'il prétend qu'à ce moment il ne connaissait de lui que son casier judiciaire, je réponds que Malvv a eu dans ses bureaux, je peux dire dans les mains, car j'ai eu moi-même entre les mains des pièces qui étaient dans ses bureaux, peut-être douze ou quatorze dossiers, con-

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cernant les agissements des gens qui composaient la bande du Bonnet Rouge. Ces dossiers étaient explicites. J'en ai même encore un en ce moment dans ma poche qui concerne Duval et dont je parlerai.

Dans ces dossiers, il est spécifié avec les dates, les chifi'res et toutes les précisions à l'appui que ces gens-là vont en Suisse lorsqu'ils le veulent, qu'ils emportent des documents, qu'ils sont en rapport avec Rosenberg, avec Bettelheim, avec Margulies, avec tous les agents boches en Suisse et en Espagne.

M. Malvy a tous ces dossiers-là dans son cabinet, il peut les compulser tous les jours.

Eh bien ! c'est à ce moment-là qu'il confie des missions à l'étranger à de pareils bandits, c'est sur la demande d'Almereyda qu'il loTe des airètés d'expulsion, alors que toute cette bande lui est signalée par ses propres services.

Il est donc impossible à M. Malvy d'arguer de son ignorance. Pour moi, j'étais instruit de ce qui se passait en ce qui concernait la bande du Bonnet Rouge par drs pièces qui portaient l'en-téte du Ministère de l'Intérieur, de la Préfecture de Police, etc., pièces dont aucune n'a été frappée de suspicion par les personnes à qui je les ai présentées et dont aucune en effet ne pouvait être suspecte au point de vue de son authenticité.

C'est, Messieurs, lorsque j'ai vu que le mal en était arrivé à ce point que je me suis décidé à agir.

l'action FRAJNÇAISE ET l' UNION SACRÉE

Croyez bien, Messieurs, que ce n'est pas du tout parce que M. Malvy était un ministre républicain que j'ai agi comme je l'ai fait. Voici sur ce point ce que j'ai à vous faire observer, non pas pour m'excuser, mais parce que je veux vous faire un exposé fidèle des faits.

A l Action française, journal royaliste, nous avons précisément, parce que royalistes, défendu tous les ministres en fonction à partir du moment où ils ont exercé leurs fonctions jusqu'au moment où ils les ont quittées, et

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cela quel que fût le parti auquel ils appartenaient, parce que nous pensions qu'en temps de guerre il fallait cesser toute polémique. S'agissant même de ministres que nous avions attaqués autrefois violemment, nous pensions que ce n'était pas le moment de les rabaisser devant l'ennemi, et plus nous les avions attaqués, plus nous les soutenions pendant la guerre. C'est ainsi que M. Millerand, ministre de la Guerre, contre lequel j'aurais pu avoir <{uelques préventions^ puisqu'il avait plaidé contre moi l'affaire de la Maggi-Kub, a été soutenu mordicus par V Action française, au moment même où, dans le journal de M. Malvy, M. Millerand était traité de « cancer national ') avec approbation de la censure qui laissait ainsi passer ces articles contenant de pareilles attaques contre le ministre de la Guerre.

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