‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 19 sur 55 · LA DISSOCIATION INTERIEURE. 19I · texte numérisé non relu

LA DISSOCIATION INTERIEURE. 19I

Or, au moment de l'offensive de Verdun, c'est-à-dire quelques semaines avant l'offensive, puis en pleine offensive, alors qu'il était impossible à aucune femme d'officier de se rendre dans la zone des armées, M"* Clairo- Almereyda d'une part et ÉmilienneBrévannesde l'autre, obtiennent de pénétrer dans la citadelle. C'est vous dire quelle était l'influence de ces bandits. Ces deux femmes pénètrent ainsi dans la citadelle de Verdun pour aller distribuer leur abominable canard dans un des moments les plus tragiques de la guerre.

Ce même chauffeur, Edouard Rlisser, a déposé, sous la foi du serment, de l 'intimité d'Almereyda et de M. Maivy, Il a raconté notamment qu'au moment du changement de cabinet, alors qu'il était question que M. Malvy quittât l'Intérieur pour passer aux Colonies, Malvy et Almercyda ?e promenaient en voiture découverte et qu'il entendait leur conversation. Malvy disait à Almereyda : (( Il faut absolument que tu ailles parler à Briand. Tu sais toi-même combien il est important pour vous tous que je reste au ministère de l'Intérieur. » D'après Klisser, Almereyda se fit conduire chez M. Briand, puis il redescendit de chez lui au bout d'une vingtaine de minutes. Almereyda dit à Malvy : « Mon vieux, j'ri enlevé l'affaire, tu restes au ministère de l'Intérieur. »

D'ailleurs, chaque fois qu'il était question que M. Malvy quittât le ministère de l'Intérieur, le Bonnet Rouge poussait des cris et élevait des protestations indignées comme s'il s'agissait d'assassiner la France. Il apparaissait au Bonnet Rouge que M. Malvy était indispensable au bonheur de la France. ^

On peut dire que, pendant les trois premières années de la guerre, l'inamovibilité de Malvy seul dans les différents ministères était garantie par ce journal qui était d'une part par Malvy lui-même, et d'autre part par l'argent allemand, subventionné dans les proportions que je vous ai dites.

Le Bonnet Rouge n'était pas seul dans ce cas ; il était le plus important, mais il y avait à côte de lui un journal

intitulé Ce qu* il faut dire, qui n'était pas quotidien, journal appartenant à Sébastien Faiire, autre protégé de Malvy; il y avait aussi le journal la Tranchée Républicaine, dirigé par Goldschild dit Goldsky qui avait lui-même ses petites et grandes entrées au ministère de l'Intérieur et qui vient d'être condamné dans les conditions que vous connaissez maintenant par le troisième Conseil de guerre. Il y avait également un nommé Jacques Landau qui vient d'être condamné à huit ans de travaux forcés (à mon avis il méritait bien davantage) qui était familier aussi du ministère de l'Intérieur et sur le même pied qu'Almereyda dans l'intimité de Malvy.

J'arrive au procès dont je vous parlais tout à l'heure, qui cette fois nous fut fait par Almereyda. Il nous poursuivit en diffamation parce que nous l'avions accusé de trahison. Ce procès se déroula en avril 1917 C'était M. de Monzie, ami de Malvy, et ami aussi d' Almereyda, qui était l'avocat du Bonnet Rouge. Or, M. Malvy nous a dit qu'à la lin de 191 5 il avait retiré toute sa confiance à Almereyda, qu'il l'avait même sermonné en plusieurs occasions. Je crois savoir comment se passèrent ces sermons entre le bandit et l'employeur de bandits.

Toujours est-il que notre procès vint devant la 5^ Chambre du Tribunal correctionnel, et fut plaidé par M® de Monzie. L'avocat du Bonnet Rouge dit ceci dans sa plaidoirie : a Messieurs Daudet et Maurras accusent le Bonnet Rouge d'être un succédané de la Gazette des Ardennes, et ils déclarent que Duval et Marion sont des agents de l'ennemi. » C'était en effet en propres termes ce que nous avions dit. J'ajoute que, comme vous le verrez par la déposition de M. le contrôleur Moreau, c'étaient ces attaques qui avaient déterminé la partie saine du ministère de l'Intérieur et de la Préfecture de Police à adresser au ministre un rapport sur les missions en Espagne et en Suisse des gens du Bonnet Rouge.

Je ne me rappelle pas quels ont été les termes cm-

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